Loi 62, ne touchez pas à l’islam!

La loi 62 n’a pas été aussitôt votée par la majorité libérale qu’elle mécontente tout le monde pour des raisons différentes. Le PQ et la CAQ trouvent qu’elle ne va pas assez loin. Les municipalités et les sociétés de transport la jugent inapplicable et donc refusent de s’y conformer.

Du côté du Canada anglais, tous les partis fédéralistes s’y opposent et menacent de contester cette loi devant les tribunaux alors que dans les médias anglophones, le Québec bashing bat son plein, que l’on parle d’une loi raciste qui, sans nommer ce qu’elle interdit, cible les femmes musulmanes. Et c’est sans compter les multiples bourdes de la ministre Vallée qui n’en finit plus de nous prouver son incompétence. Un joyeux bordel, vous ne trouvez pas?

Si les libéraux voulaient se débarrasser d’une patate chaude que sont les questions de laïcité avant les élections, on peut dire ici qu’ils ont été d’une formidable maladresse et qu’ils n’ont finalement fait que réchauffer davantage la patate!

Par simples calculs électoraux, ils ont probablement pensé qu’il était beaucoup moins risqué d’interdire le niqab que le hijab comme le proposait la Charte des valeurs. D’abord parce que cela concerne un moins grand nombre de femmes musulmanes et aussi parce que l’interdiction d’avoir le visage découvert pour donner et recevoir des services publics fait l’objet d’un large consensus au sein de la population.

De cette façon, les libéraux espéraient satisfaire la majorité francophone qui demande une législation depuis le rapport Bouchard-Taylor sans trop égratigner leur clientèle électorale parmi laquelle on retrouve les minorités religieuses.

Mais les choses ne se sont pas passées ainsi et, à leur grand étonnement, les libéraux se sont retrouvés aux prises avec la même opposition que le PQ en 2013 avec son projet de loi 60. De quoi déculpabiliser les péquistes d’être des vilains racistes.

Mais si c’était des femmes catholiques plutôt que des musulmanes qui portaient le niqab, l’opposition aurait-elle été la même? Sûrement pas! Les politiciens fédéralistes se seraient mêlés de leurs affaires en respectant l’autonomie du Québec dans ce champ de compétences. C’est d’ailleurs ce qu’ils ont toujours fait lorsqu’un gouvernement du Québec a légiféré sur des questions de laïcité face aux chrétiens. Quant aux accusations de racisme, elles n’auraient plus aucune raison d’être.

Pourquoi alors lorsqu’il s’agit de légiférer face à l’islam, les partis fédéralistes vient-il s’ingérer effrontément dans nos décisions politiques et menacer d’amener le gouvernement du Québec devant les tribunaux? C’est ce qu’ils ont fait en 2013 avec la Charte des valeurs et il récidive aujourd’hui avec la loi 62.

Parce qu’en Occident, l’islam incarne l’Autre, qu’il en est l’essence la plus significative et qu’à ce titre, il jouit d’une protection dont le christianisme sera toujours privé; celle de pouvoir s’adosser au multiculturalisme pour s’opposer à la laïcité et mettre de la religion partout, comme dans les pays musulmans.

Voilà pourquoi le manque d’ouverture, la peur de l’Autre, les accusations de racisme et d’islamophobie sont brandis aussitôt que l’on tente d’endiguer la pénétration de l’islam dans nos institutions publiques.

Ceux qui en ressortent gagnants, ce sont bien sûr les islamistes qui jouent sur notre culpabilité et le manque de courage de notre classe politique pour faire avancer leur agenda.

L’impuissance de nos gouvernements à légiférer sur ces questions de laïcité face à l’islam est manifeste. Depuis le rapport Bouchard-Taylor en 2008, tous les gouvernements du Québec qui ont tenté de légiférer face à l’islam, ont échoué à le faire et l’épisode de la Charte des valeurs de même que celui plus récent de la loi 62, nous apprend que peu importe le parti, qu’il soit fédéraliste, souverainiste, nationaliste, vert, végétarien ou bleu tomate, la défense de la laïcité face à l’islam demeure et demeurera toujours un combat rude, coûteux, exigeant et difficile. Ceci est vrai pour le Québec comme pour tous les autres pays occidentaux et même pour les pays musulmans.

Mais pire encore, le clientélisme religieux pratiqué par tous les partis politiques risque de faire du niqab un enjeu incontournable pour les élections de 2018. Devra-t-on l’interdire ou non dans tout l’espace public comme cela se fait en Norvège, au Danemark, en Belgique, en France, aux Pays-Bas, en Autriche et même au Maroc?

Ni la CAQ, ni le PQ, qui considèrent pourtant que la loi 62 ne va pas assez loin, n’osent pour l’instant se prononcer sur cette délicate question. Le PQ propose même de mettre sur pied un comité d’experts. Mais pour savoir quoi de plus que l’on ne sait déjà?

Quant aux partis fédéralistes, n’oubliant pas la déconfiture qu’a connu le NPD aux dernières élections quand Thomas Mulcair s’était porté à la défense du niqab, ils deviennent plus prudents, voulant protéger leur députation et admettent du bout des lèvres que, même s’ils sont contre ce projet de loi, cela revient au gouvernement du Québec à décider.

Le niqab réduit la femme musulmane à n’être qu’un objet sexuel appartenant aux hommes de leur communauté, un corps qu’il faut cacher dans l’espace public, niant à la femme son droit à l’existence. Il symbolise la mort sociale, la perte d’identité qui est liée au principe de dignité de tout être humain et il signifie ostensiblement à toutes les femmes, musulmanes ou non, que l’espace public n’est pas leur place et que pour s’y aventurer, elles doivent masquer leur identité et disparaître sous un linceul.

Comment expliquer que les politiciens se soient empressés ces derniers jours de condamner unanimement le harcèlement et les agressions sexuelles dont les femmes sont victimes et lorsque confrontés au niqab, ils sont dans le déni et refusent d’en reconnaître le sexisme?

Alors qu’il faudrait des positions claires et fermes pour interdire le niqab dans tout l’espace public, les partis politiques rivalisent entre eux, calculent leur coup et comptabilisent les votes tel un joueur d’échecs. À ce jeu, il y a fort à parier que l’islamisme a encore de très beaux jours devant lui.

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