Réflexion sur la liberté de conscience

La liberté de conscience est issue du protestantisme et elle constitue une réponse philosophique à des conditions historiques bien particulières. C’est en effet dans une Europe dévastée par les conflits religieux entre les catholiques et les protestants, où ces derniers sont persécutés, pourchassés et massacrés en tant qu’hérétiques, que le respect de la liberté de conscience est apparu comme la solution pouvant mettre fin à ces rivalités religieuses.

En 1598 la promulgation de l’édit de Nantes par Henri IV, protestant converti au catholicisme afin d’accéder au trône de France, va reconnaître la liberté de culte aux protestants et mettre un terme aux guerres religieuses. Un siècle plus tard, en 1685, Louis XIV, fort de son pouvoir et voulant unifier son royaume, va révoquer l’édit de Nantes par celui de Fontainebleau, forçant à nouveau les protestants aux persécutions et à l’exil.

Un an plus tard, en 1686, le philosophe anglais John Locke, lui-même protestant, publiera sa fameuse Lettre sur la tolérance dans laquelle il défendra la séparation de l’Église et de l’État comme garantie de la liberté de conscience et formulera les principes fondateurs de la laïcité qu’il présente comme la solution politique définitive pouvant évincer l’arbitraire royal et venir à bout des rivalités religieuses. Un siècle plus tard, la proposition de Locke trouvera son expression politique dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789.

À l’origine, la tolérance lockéenne excluait les catholiques et les athées, la liberté de conscience ayant d’abord été l’argument des protestants pour qu’ils puissent retrouver leur liberté religieuse. Elle visait à les protéger de l’autoritarisme de l’Église catholique et de son bras armé, l’Inquisition.

Non seulement l’idée de la liberté de conscience tire son origine du protestantisme mais elle se fonde tout comme lui sur une conception libérale qui conteste les prérogatives de l’État et fait de l’individu le seul dépositaire du souverain bien. La liberté individuelle étant au centre de tout, il n’est donc pas étonnant que l’invitation kantienne à «penser par soi-même» puisse encore aujourd’hui déboucher sur le «croire» ou sur le «ne pas croire» et que le rationalisme cohabite dans un tranquille relativisme aux côtés de l’irrationalisme, tout cela au nom du respect de la liberté de conscience.

On insiste beaucoup sur le fait que cette liberté de conscience s’appuie sur l’autonomie de la raison mais on se méprend en pensant que ceci suffira à faire reculer la superstition. Une raison libre n’est pas forcément une raison éclairée, c’est une raison qui choisit librement de croire ou de ne pas croire. Dans l’idée d’une liberté de conscience, il y a la conscience bien sûr, mais il y a aussi la liberté que l’on aurait tort de sous-estimer.

Ce préjugé encore trop bien ancré voulant que la liberté de conscience nous affranchisse de l’aliénation religieuse s’appuie sur une temporalité linéaire de l’histoire, qui nous vient des penseurs des Lumières, tel Hegel et qui sera reprise par Marx au siècle suivant, une conception de l’histoire qui va du mythe vers la rationalité et où le progrès va finalement triompher de l’obscurantisme.

En protégeant la liberté de croire, la liberté de conscience rompt avec cette conception de l’histoire et cet optimisme des Lumières en ce qu’elle pose une limite à la rationalité et garantit du même coup l’ouverture sur l’irrationalité.

Bien qu’issue des Lumières, la liberté de conscience est aussi porteuse des anti-Lumières et il semble bien que c’est le prix à payer pour demeurer libre. Comment en effet expliquer cette persistance du sacré et cet entêtement de certains à vouloir Dieu malgré le développement des connaissances et l’accès de plus en plus grand au savoir ? L’incapacité de l’homme d’assumer sa propre mort constitue peut-être le fondement existentiel le plus sûr et le plus tenace à cette liberté de croire ou de ne pas croire.

 

 

 

 

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MAILLOUX IS BACK !

Les faits 

Le 7 mai dernier, suite à mon passage en commission parlementaire sur le projet de loi n°21, le réseau CTV et le journal The Gazette ont publié chacun un article dans lesquels ils tronquent et déforment deux de mes écrits, datant de 2011 et de 2012, dans le but exprès de salir ma réputation et de me discréditer auprès de leur lectorat.

Voici textuellement ce qu’ils ont publié en date du 8 mai 2019 à mon sujet :

CTV :

« Mailloux has said that baptism is a form of rape and apologized after repeatedly stating the falsehood that kosher food is used to fund religious wars. »

https://montreal.ctvnews.ca/bill-21-hearings-mnas-say-ban-on-religious-symbols-is-needed-1.4412014

Et voici ce qu’a écrit le journaliste Martin Patriquin du journal The Gazette :

« Louise Mailloux, whose rather noxious pro-secular pensées include equating circumcision with rape and the professed belief that unnamed rabbis use the proceeds from the sale of kosher food to wage religious wars. »

https://montrealgazette.com/opinion/columnists/martin-patriquin-legault-seems-to-need-a-bill-21-echo-chamber

Voici maintenant deux extraits de ce que j’ai réellement écrit à cette époque concernant ces sujets :

Commençons par le premier sujet, le baptême et la circoncision comme étant un viol.

Quelques mots d’abord sur le contexte dans lequel mon article a été écrit :

Il y a quelques années, des représentants des cultes rendaient visite aux enfants dans les garderies publiques. C’est alors que la ministre libérale de la Famille de l’époque, Yolande James, a fait adopter un règlement pour interdire ces visites.

Suite à cela, j’ai écrit un article en juin 2011 dénonçant la présence de représentants des cultes dans les garderies publiques parce que je considère que cela va à l’encontre du respect de LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE des enfants. C’est en ce sens que j’ai parlé du baptême et de la circoncision comme un viol non pas physique mais un viol DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE des enfants.

Voici l’extrait, tiré de mon article Le Commerce des petites âmes, publié dans mon livre La laïcité, ça s’impose ( 2011 ) :

« Les croyants sont exemplaires lorsqu’il s’agit de liberté religieuse, mais ils font semblant d’oublier qu’il est une liberté encore plus fondamentale que la liberté religieuse, ET C’EST LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. UNE LIBERTÉ QUI EST CELLE D’AVOIR OU NON UNE RELIGION, D’EN CHANGER OU D’Y RENONCER. C’EST LA LIBERTÉ PRÉALABLE, CELLE QUI REND POSSIBLE TOUTES LES AUTRES CAR, AVANT DE RÉCLAMER LA LIBERTÉ RELIGIEUSE, IL FAUT POUVOIR CHOISIR SI ON VEUT OU NON UNE RELIGION ET, SI OUI, LAQUELLE ?

Alors dites-moi ce que font les religions dans les garderies avec des enfants encore trop jeunes pour la maternelle ?…… Mais des petits catholiques, juifs et musulmans qui portent encore la couche, cela existe dans nos garderies. Baptisez-les tous ! Circoncisez-les tous ! Pour que Dieu les reconnaisse. On appelle cela du viol.

Les religions, sauf quelques exceptions chez certaines dénominations protestantes, ont toujours bafoué LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE, une stratégie trop risquée pour le marketing des âmes. Pie IX avait compris cela lorsqu’il promulgua en 1864 par un Syllabus des erreurs modernesl’anathème contre LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE …… »

https://louisemailloux.wordpress.com/2011/06/13/le-commerce-des-petites-ames/

Voilà ce que j’ai réellement écrit.

Vous aurez compris que je parle de LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE DES ENFANTS et donc, lorsque je parle du baptême et de la circoncision comme étant un viol, il s’agit bien évidemment d’un VIOL DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE DES ENFANTS ET NON D’UN VIOL PHYSIQUE, comme veulent le faire croire ces deux médias anglophones. Imposer une religion, que ce soit par le baptême ou la circoncision, SANS LE CONSENTEMENT DE L’INDIVIDU EST EFFECTIVEMENT UN VIOL DE LA CONSCIENCE.

Certains diront que l’emploi du mot « viol » est peut-être exagéré, trop fort, trop radical, voire inapproprié pour parler du baptême et de la circoncision chez les enfants.

Permettez-moi de vous soumettre un extraitd’une Lettre pastorale sur la liberté de conscience et de religion, publiée en avril 2012, par le Conseil permanent de la conférence des évêques catholiques du Canada (Les majuscules sont de moi) :

http://www.cccb.ca/site/images/stories/pdf/Liberte_de_conscience_et_de_religion.pdf

Proposer, ne rien imposer
6. L’Église catholique revendique le droit à la liberté religieuse afin de remplir sa mission spécifique. Soucieuse d’obéir au commandement du Christ (cf. Mt 28, 19-20), elle pro- pose l’Évangile au monde entier, comme c’est son devoir de le faire étant donné que Jésus Christ est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Toute évangélisation est une proposition pour amener la liberté religieuse de l’auditeur à désirer et à embrasser la vérité salvifique de l’Évangile (cf. Mc 16, 15-16).

Nous ne devons jamais imposer aux autres nos convictions religieuses, il faut respecter les personnes et les cultures en s’arrêtant devant l’autel de la conscience15. La dignité de la personne humaine exige le respect de la conscience, « le centre le plus secret de la per- sonne, le sanctuaire où elle est seule avec Dieu et où Sa voix se fait entendre. »

C’EST VIOLER LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE QUE D’ESSAYER D’IMPOSER À AUTRUI SA CONCEPTION DE LA VÉRITÉ. Il faut constamment défendre et revendiquer le droit de professer la vérité, mais jamais sans le moindre mépris pour ceux et celles qui pensent autrement. « NIER À UNE PERSONNE LA PLEINE LIBERTÉ DE CONSCIENCE, ET NOTAMMENT LA LIBERTÉ DE CHERCHER LA VÉRITÉ, OU TENTER DE LUI IMPOSER UNE FAÇON PARTICULIÈRE DE COMPRENDRE LA VÉRITÉ, CELA VA CONTRE SON DROIT LE PLUS INTIME. »

NUL INDIVIDU, NULLE COLLECTIVITÉ ET NUL ÉTAT NE SAURAIENT OUBLIER QUE LA VÉRITÉ NE S’IM- POSE JAMAIS PAR LA VIOLENCE, MAIS SEULEMENT « PAR LA FORCE DE LA VÉRITÉ ELLE-MÊME. » PAR CONSÉQUENT, AUCUNE RELIGION NE PEUT ÊTRE IMPOSÉE DE L’EXTÉRIEUR; ELLE DOIT ÊTRE ADOPTÉE PAR LA PERSONNE « UNIQUEMENT À TRAVERS LE PROCESSUS DE LA CONVICTION. »

Si le Conseil des évêques de la conférence catholique du Canada peut parler DE VIOL DE LA CONSCIENCE, en s’appuyant sur les écrits de certains papes, sans que cela n’attire la hargne et pas même l’attention de CTV et de Martin Patriquin de The Gazette, pourquoi Mailloux ne pourrait-elle pas reprendre la même expression ? Et surtout pourquoi Mailloux, quant elle en fait usage, devient-elle l’objet de pareilles calomnies ?

Vous en voulez une autre, chers médias anglophones ?

Allons voir maintenant ce qui est écrit à l’entrée du mot VIOL dans Le Petit Robert :

« 1. Acte de violence par lequel un homme (violeur) impose des relations sexuelles avec pénétration à une autre personne contre sa volonté…… 2. FIG. Viol de conscience : non-respect des opinions, convictions et croyances d’autrui. »

Alors si un dictionnaire français tout aussi respectable que Le Petit Robert parle de viol de consciencecomme étant la définition d’un viol au sens figuré sans que cela n’attire la hargne et pas même l’attention de CTV et de Martin Patriquin de The Gazette, pourquoi Mailloux ne pourrait-elle pas reprendre la même expression ? Et surtout pourquoi Mailloux, quand elle en fait usage, devient-elle pour ces médias anglophones l’objet des pires bassesses ?

Ou ces journalistes sont d’incroyables incultes qui ne savent pas distinguer un viol physique d’un viol de conscience ou ce sont des individus sans aucun scrupule, qui n’hésitent pas à tronquer et à déformer mes propos dans le but de salir ma réputation et de me disqualifier du débat public sur la laïcité. Dans un cas comme dans l’autre, ces pratiques douteuses et malhonnêtes sont déloyales et n’honorent sûrement pas leur profession journalistique.

J’en arrive maintenant au second sujet, à savoir que j’aurais AFFIRMÉ que des rabbins utilisent l’argent de la vente des produits casher pour financer des guerres religieuses. CELA EST FAUX! Je n’ai pas dit cela !

Voici l’extrait, tiré de mon article Le poulet sacré,publié dans mon livre Une Charte pour la nation ( 2013 ) dans lequel j’aborde ce sujet :

« L’on se trompe en pensant que ce marché du casher et de l’halal n’est qu’une simple activité commerciale. Parce que contrairement aux autres produits, ceux-ci contiennent une « plus-value » à forte teneur politique, si bien que la question importante à se poser est : Où va l’argent remis aux imams et aux rabbins en échange de leur certification divine ? Et à quoi sert-il précisément ? Pour les Juifs à financer la colonisation d’Israël en territoires palestiniens ? Et pour les musulmans, à financer les Frères musulmans, ces islamistes qui veulent imposer l’Islam partout dans le monde ? »

https://louisemailloux.wordpress.com/2012/03/19/le-poulet-sacre/

Voilà ce que j’ai réellement écrit.

Que penser alors de journalistes qui ne savent pas distinguer entre une question et une affirmation ? Et que penser surtout de journalistes qui transforment les questions en affirmations afin de changer le sens de ce qui est écrit ? Est-ce cela la rigueur

intellectuelle à laquelle nous sommes en droit de nous attendre de la part de ces journalistes ?

Pourquoi de telles attaques aussi perfides et déloyales vis-à-vis mes écrits ? Serait-ce que ces questions autour du casher et du halal ( parce que je parlais aussi du halal ) ne seraient pas les bienvenues au Québec ? Serait-ce que de suggérer une quelconque piste de réflexion ou d’enquête sur ces sujets tabous serait interdit en démocratie ? Ah bon ? Ou veut-on envoyer le message que quiconque s’engage sur ce terrain risque l’exécution publique?

Des excuses ?

La première journalistem’ayant attaquée sur ces questions de baptême, de circoncision et de casher a été Lise Ravary, durant la campagne électorale d’avril 2014, alors que je me portais candidate pour le Parti québécois dans la circonscription de Gouin. Quatre articles en rafale de Ravary en trois semaines sur son blogue du Journal de Montréal et de Québec, dont le premier paraissait comme par hasard au lendemain de l’annonce de ma candidature. Un matraquage en règle alors qu’elle avait une tribune de choix pour faire la sale job.

Personne au Parti québécois ne s’est porté à ma défense pour rétablir les faits, préciser que l’on avait déformé mes écrits en les décontextualisant. Personne. Pauline Marois se contentant de dire que maintenant, j’étais au Parti québécois et que je suis d’accord avec la charte des valeurs. Personne également dans le milieu journalistique. Aucun journaliste, ni aucun chroniqueur ne s’est porté à ma défense. Silence radio.

J’ai alors voulu rétablir les faits moi-même pour défendre ma réputation et expliquer que l’on avait déformé mes propos mais le Parti québécois a refusé que je m’adresse aux médias, préférant plutôt m’éloigner de ceux-ci et me confiner à une campagne, dorénavant «locale». La direction du Parti m’a alors proposé de présenter des excuses publiques pour calmer le jeu. Ce que j’ai accepté, bien à contre-cœur.

Lors de mon passage en commission parlementaire le 7 mai dernier, j’ai défendu l’adoption du projet de loi n° 21 en insistant sur l’importance de la laïcité scolaire et celle d’interdire aux enseignants le port de signes religieux. Et ces journalistes des médias anglophones, au lieu de faire leur travail et d’informer leurs lecteurs sur les idées et les arguments que j’ai avancés sur cette question en commission parlementaire, ont délibérément choisi de ramener les vieilles calomnies pour me discréditer une fois de plus, Martin Patriquin allant même jusqu’à dire que je suis une militante laïque aux idées «infectes». Une perle d’objectivité journalistique ! Une honte pour la profession.

En terminant, j’aimerais dire à ces journalistes des médias anglophones qui se servent sans vergogne de leur tribune pour détruire ma réputation, que ça suffit le salissage à mon endroit et que vous n’avez pas fini de me lire et de m’entendre à propos de la laïcité, because MAILLOUX IS BACK !

Mai 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le CCIEL en commission parlementaire

Voici le lien vers la présentation faite par Djemila Benhabib et moi-même au nom du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité, le 7 mai en commission parlementaire sur le projet de loi 21

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La clause dérogatoire, un geste d’affirmation politique

En invoquant la clause dérogatoire à titre préventif, le gouvernement a agi de façon fort avisée, permettant ainsi au projet de loi 21 de demeurer dans le périmètre du politique, plutôt que de prendre, comme à l’habitude, le chemin des tribunaux. Protéger la souveraineté parlementaire au lieu d’abandonner son pouvoir à la Cour suprême pour décider du cadre laïque au Québec, voilà une attitude courageuse et responsable que nous devons saluer.

La judiciarisation du politique

Consacrant la primauté du droit individuel sur la démocratie parlementaire et la suprématie du juridique sur le politique, la Charte canadienne qui, faut-il le rappeler, n’a jamais été entérinée par aucun gouvernement, a ainsi fait barrage à l’autonomie de l’État québécois dans sa volonté de définir son cadre laïque. Pensons, par exemple, aux nombreuses contestations devant les tribunaux dont les questions religieuses ont fait l’objet ces dernières années et pour lesquelles la Cour suprême a toujours eu le dernier mot.

En 1985, la Cour suprême a reconnu la notion d’accommodement raisonnable. Ce concept, qui est une invention du monde juridique, s’est par la suite progressivement imposé dans la sphère politique sans jamais y avoir été discuté.

En 2004, au sujet de l’installation des souccahs juives sur des balcons de condos, la Cour suprême a rejeté le témoignage d’experts et fait de la sincérité de la croyance un critère suffisant pour être protégé par la charte. En 2006, la Cour suprême autorise le port du kirpan pour un élève sikh dans une école publique de Montréal.

En 2012, une décision de la Cour suprême confirme le caractère obligatoire du cours d’ECR, alors que des parents en demandait l’exemption pour leurs enfants. Également en 2012, la Cour suprême n’interdit pas de témoigner en Cour avec un niqab dans le cas de causes criminelles.

En 2015, la Cour suprême dit non à la prière au conseil municipal de Saguenay. Toujours en 2015, la Cour d’appel fédérale autorise le port du niqab lors des cérémonies d’assermentation de citoyenneté.

En 2017, trois semaines seulement après l’adoption de la loi 62, une demande visant à faire suspendre l’article 10 de la loi qui prévoit que les services publics doivent être donnés et reçus à visage découvert, a été déposée devant la Cour supérieure du Québec. Le 1erdécembre, la Cour supérieure ordonne de suspendre l’article 10 alors qu’un jugement subséquent maintiendra la suspension de celui-ci.

Voilà comment depuis 1982, avec l’enchâssement de la charte des droits et libertés dans la constitution canadienne, la démocratie parlementaire a été constamment mise en tutelle et inféodée aux décisions des tribunaux en matière de religion, donnant ainsi à la Cour suprême du Canada un pouvoir politique sans précédent. C’est ce que l’on appelle la judiciarisation du politique.

Ce qu’il faut retenir de tous ces jugements, c’est que la définition du cadre politique et juridique des rapports entre l’État et les religions a toujours échappé à nos élus et qu’ils ne peuvent retrouver cette prérogative qu’en invoquant la clause dérogatoire leur permettant de se soustraire à l’omnipotence des tribunaux.

L’autonomie politique : un droit fondamental

S’il est un droit qui soit fondamental entre tous, c’est bien le droit pour un État de pouvoir assumer tous les pouvoirs nécessaires permettant de garantir l’avenir de la nation et de protéger les droits de tous les citoyens, y compris ceux en matière de laïcité.

Le recours à la clause dérogatoire dans le cadre du projet de loi 21 n’est pas une admission de la part du gouvernement que ce projet de loi viole les chartes mais bien le geste politique réfléchi d’un gouvernement qui assume ses responsabilités plutôt que de s’en remettre aux chartes et aux tribunaux comme l’ont toujours fait les libéraux depuis quinze ans.

S’il est une chose à laquelle s’attaque ce projet de loi, ce ne sont pas les droits fondamentaux inscrits dans les chartes mais bien au pouvoir extraordinaire et démesuré des tribunaux et de la Cour suprême pour définir le cadre laïque au Québec.

Pour le dire très simplement, cette clause dérogatoire fait en sorte que la question laïque, celle de l’indispensable séparation de l’État et des religions, ne soit pas confisquée par les avocats et les juges de la Cour suprême mais bien débattue et tranchée par les députés, ceux que nous avons démocratiquement élus à l’Assemblée nationale le 1eroctobre dernier.

 

 

 

 

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Le droit acquis, un question de principe

Le gouvernement va-t-il devoir congédier les enseignants qui refuseront de se soumettre à la loi interdisant le port de signes religieux ou leur accordera-t-il un droit acquis comme le souhaite le Parti québécois? Voilà la question à mille piastres que François Legault devra trancher prochainement, lui qui affirme qu’il faut demeurer ferme sur les principes tout en étant souple sur les modalités d’application. Or le droit acquis est beaucoup plus qu’un simple mode opératoire parce qu’il renie des principes qui sont fondamentaux et dont on ne peut faire l’économie.

Le droit acquis contredit le principe de séparation de l’État et de l’Église

Dans sa Lettre sur la tolérance, le philosophe John Locke a posé les premiers jalons de la laïcité en distinguant l’État de l’Église, quant à leur nature, leurs moyens et leur finalité, insistant sur la nécessité de bien délimiter chaque juridiction afin d’éviter que l’une ne vienne s’immiscer dans l’autre. D’où découle le fameux principe de séparation entre l’État et les religions.

Or on entend souvent dire que l’État doit être neutre face aux religions et qu’en conséquence, il ne peut donc interdire le port de signes religieux puisque ce serait alors s’ingérer dans le religieux. Cette interprétation est erronée. Dans les institutions publiques, l’État est chez lui, comme disait Hugo. Dans les écoles publiques, l’État est chez lui et le voile des enseignantes, c’est le religieux qui s’impose dans l’État et non l’inverse. Pourquoi croyez-vous que l’on ait déconfessionnalisé nos écoles publiques ? Parce que la religion était dans l’État.

Bien évidemment, l’État n’a pas à commander aux Églises mais dans les institutions publiques, l’État est chez lui et il est donc parfaitement en droit de légiférer face à la religion. Accorder un droit acquis aux enseignants serait reconnaître la légitimité du religieux dans l’État tout en contredisant le principe de séparation en vertu duquel on s’apprête à interdire le port de signes religieux.

Le droit acquis, une entorse à l’universalité de la loi

Locke souligne aussi qu’il est de la compétence de l’État d’établir des lois qui sont contraignantes pour tous et qui obligent tous les citoyens, indépendamment de leur religion, distinguant ainsi le caractère universel de la loi civile du caractère particulier de la loi religieuse qui ne concerne que les croyants.

D’accorder un droit acquis à certains enseignants serait leur accorder des droits différenciés et contredire l’universalité de la loi et son caractère contraignant, ruinant du même coup le fondement même de l’existence de l’État et de sa légitimité. Il suppose également qu’un individu peut se soustraire à la loi civile en vertu de sa religion et ainsi réduire à néant toute possibilité de faire société.

Or, en aucun cas, la liberté religieuse ne devrait annuler l’obéissance à la loi civile. Ce serait alors accepter que dans les institutions publiques, la loi religieuse puisse primer sur la loi civile et garantir quelques privilèges aux croyants mais surtout, ce serait renoncer à une prérogative essentielle de l’État, celle voulant que l’État fasse la loi dans l’État.

Et le crucifix à l’Assemblée nationale ?

Comme un caillou dans la chaussure, ce crucifix revient nous hanter à chaque fois que l’on parle de laïcité et pour cause. Oui il est historique, oui il est patrimonial mais son lieu et son environnement sont éminemment politiques et c’est envoyer un bien mauvais message de dire que la séparation du religieux d’avec le politique ne vaut que pour les autres religions mais pas pour les catholiques. Cela en est même gênant.

Il est temps de se comporter avec maturité, en citoyens plutôt qu’en croyants et de comprendre que la laïcité, c’est pour tout le monde. C’est une grave erreur de ne voir ce crucifix qu’à travers la seule lorgnette du passé. Il faut avoir une vision plus large qui englobe aussi le futur parce que ce qui nous pend au bout du nez, c’est la possibilité de se retrouver d’ici quelques années avec des députés qui portent des signes religieux à l’Assemblée nationale. N’oublions pas que Québec solidaire a présenté une candidate voilée aux dernières élections et qu’elle a terminé bonne deuxième dans la circonscription de Mont-Royal-Outremont.

Voulons-nous que le crucifix de l’Assemblée nationale serve d’argument et de porte d’entrée à tout ce qui est religieux? Il est plus que temps de regarder vers l’avenir, de retirer ce crucifix du Salon bleu et de modifier la loi sur l’Assemblée nationale pour s’assurer que dorénavant, l’enceinte de celle-ci soit exempte de tout symbole religieux, incluant les signes religieux que pourraient porter certains élus. Ce serait alors un test des valeurs pour tout le monde!

Quant à accorder le droit acquis aux enseignants, c’est bien davantage une question de principe qu’une question pragmatique et il est à espérer que le Parti québécois ne fasse pas baisser la mise, lui, qui dans sa charte des valeurs n’accordait pas de droit acquis, mais qu’il appuie plutôt le gouvernement dans son intention de ne pas céder sur cette épineuse question.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une autre montée de lait sur la laïcité

« M. Drainville, quelles sont les études sur lesquelles vous vous appuyez ? Vous prétendez légiférer sur un terrain que vous ne connaissez pas. Vous vous êtes lancés dans cette opération dans une ignorance de la situation. »

C’était le 23 septembre 2013, à l’émission Tout le monde en parle, où on a pu assister à une confrontation sur la charte des valeurs entre le ministre Bernard Drainville et Gérard Bouchard, alors que ce dernier se faisait particulièrement insistant sur la question des études, voulant par-là embarrasser le ministre et montrer que sa démarche n’était aucunement fondée.

Et voilà maintenant que le gouvernement a provoqué une commotion en demandant à trois commissions scolaires s’ils avaient des statistiques concernant les employés qui portent des signes religieux. Si le gouvernement n’a aucune donnée, on va le lui reprocher et s’il cherche à obtenir des données, les libéraux l’accuse de profilage racial et la présidente de la CSDM de faire une chasse aux sorcières. Faudrait peut-être savoir ce que l’on veut!

Dans le fond, ce que l’on veut, c’est donner du fil à retordre au gouvernement pour l’empêcher de légiférer. Et si le gouvernement n’a rien appris sur le nombre d’employés portant des signes religieux, il aura néanmoins beaucoup appris sur l’opposition qui l’attend concernant son futur projet de loi sur la laïcité.

Les adversaires seront nombreux et ne lui feront pas de cadeau. À commencer par la CSDM et la Fédération des commissions scolaires que la CAQ se propose d’abolir. Les syndicats d’enseignants ; FNEEQ, CSN, FAE, Alliance des professeurs, partageant sans surprise la même position que Québec solidaire, voulant que ce soit l’État qui doit être neutre, non pas les individus, et que de toute façon, il y a bien d’autres priorités dans l’éducation que celle de vouloir interdire le port de signes religieux aux enseignants.

Bref, ces syndicats sont en faveur de la laïcité uniquement lorsqu’il s’agit des catholiques et des évangéliques alors qu’au nom de l’anti-impérialisme et de l’Occident colonialiste, ils se sont trouvé un nouveau prolétariat à défendre et à sauver chez les musulmans.

Partisanerie politique

Les réactions mesquines des partis d’opposition, par suite de la demande de statistiques, révèlent qu’aucun parti n’a l’intention d’appuyer le gouvernement dans sa volonté de légiférer sur l’interdiction des signes religieux. Bien au contraire, ils semblent décidés à jouer la carte de la partisannerie politique en faisant de l’obstruction systématique sur la moindre virgule du futur projet de loi. L’absence d’appui et les réserves pointilleuses du Parti québécois sont particulièrement déplorables et lamentables, lui qui, il n’y a pas si longtemps, avait présenté un ambitieux projet pour garantir la laïcité au Québec.

Nous ignorons pour l’instant si le gouvernement va ou non céder sur le droit acquis ou s’il va congédier les enseignants qui refuseront d’enlever leurs signes religieux, mais on croit comprendre qu’il jongle avec l’idée de réaffecter les récalcitrants dans des tâches à l’extérieur de la salle de cours. Cette solution est intéressante et vaut la peine d’être examinée sérieusement.

D’abord parce qu’en matière de principes, elle est cohérente avec les fondements de la laïcité, à savoir de garantir avant tout la liberté de conscience des élèves. Ce qui doit être l’un des devoirs primordiaux d’une école véritablement laïque. La laïcité scolaire n’est pas faite pour garantir les emplois des enseignants, mais bien pour protéger la liberté de conscience des élèves.

Également parce que d’assurer que tous les enseignants ne portent pas de signes religieux en classe, c’est reconnaître le caractère prosélyte du signe. Non pas l’incompétence de l’enseignant dans sa matière, comme certains voudraient nous le faire croire, mais de reconnaître que le signe religieux, d’un point de vue sémiologique est, comme l’affirmait Roland Barthes, un fait de communication. D’ailleurs, si les journalistes ont parlé pendant trois semaines des Doc Martens de la députée Dorion qu’elle exhibe si fièrement, c’est justement parce que cela signifie quelque chose. Alors ne venez pas me dire que le voile islamique est insignifiant!

Il n’y en aura pas de faciles, mais le gouvernement semble bien déterminé à aller de l’avant dans ce dossier. Il en a les moyens et la population est derrière lui. Malgré toute l’opposition qu’il rencontrera, jamais la conjoncture n’aura été aussi favorable pour sortir le Québec de l’impuissance institutionnelle qui le paralyse depuis de nombreuses années face à l’interdiction des signes religieux, particulièrement le voile islamique.

Qu’il demeure ferme sur ses convictions et confiant, et qu’il se rappelle ce proverbe arabe : « Les chiens aboient et la caravane passe.»

 

 

 

 

 

 

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Voici mon entrevue d’hier à l’émission de Richard Martineau

https://omny.fm/shows/politiquement-incorrect/les-ouvrages-de-louise-mailloux-sur-la-la-cit#description 

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L’État québécois, raciste vous dites?

Le texte suivant est une réplique à celui d’Amel Zaazaa que Le Devoir a choisi de ne pas publier.

Dans une lettre ouverte au premier ministre du Québec, publiée dans Le Devoir du 28 décembre dernier, Amel Zaazaa, d’origine tunisienne, ayant choisi d’émigrer au Québec il y a cinq ans, accuse l’État québécois de ne pas être neutre et de pratiquer un racisme systémique à l’égard des minorités. Selon elle, ce racisme serait à ce point ancré dans les rouages de l’État québécois que l’on peut tout naturellement en conclure à un racisme d’État. Sa conclusion? Une loi sur la laïcité qui interdirait le port de signes religieux stigmatiserait les femmes voilées et ne ferait qu’ajouter à ce racisme d’État. Rien de moins!

Il y a racisme d’État lorsqu’une inégalité est inscrite dans la loi, n’accordant pas à tous les mêmes droits et les mêmes devoirs, sur la base de l’origine ethnique ou encore de l’appartenance religieuse, pour ne nommer que ceux-là. Aucune législation québécoise ne consacre de telles inégalités, mais peut-on en dire autant concernant les législations en Tunisie, au Maroc et en Algérie ?

Dans la Constitution de chacun de ces pays, on proclame que «l’Islam est la religion de l’État ». Tunisie (art. 1), Algérie (art.2), Maroc (art.3). Tout le contraire de la neutralité. Imaginez un peu si on proclamait qu’au Québec, le catholicisme est la religion de l’État.

Il s’ensuit que le chef de l’État doit obligatoirement être de confession musulmane. L’article 74 de la Constitution tunisienne le stipule clairement de même que l’article 73 de la Constitution algérienne. Le Maroc étant une monarchie, le pouvoir se transmet de manière héréditaire, le chef de l’État est donc forcément musulman. Imaginez si au Québec, nous disions que le premier ministre doit être de confession catholique.

Concernant le droit familial, en Algérie et au Maroc, une femme musulmane ne peut épouser un non-musulman alors qu’en Tunisie, cela est permis depuis la nouvelle Constitution de 2014. En Algérie, l’article 30 du Code de la famille interdit le mariage d’une musulmane avec un non-musulman. Même interdiction au Maroc (l’article 39 du Code de la famille) en plus d’interdire le mariage d’un musulman avec une non-musulmane, sauf si elle appartient aux gens du Livre (juive ou chrétienne), à l’exclusion des païennes (polythéistes et athées). Imaginez si on disait qu’au Québec une femme catholique ne peut épouser un non-catholique. Ils seraient nombreux à crier et hurler au racisme et à la discrimination religieuse. Avec raison d’ailleurs! Mais poursuivons…

Au chapitre de la liberté religieuse, afin de contrer le zèle des chrétiens évangéliques, particulièrement actifs en Kabylie, le Parlement algérien a adopté en 2006 une loi (l’ordonnance n° 06-03) qui prévoit des dispositions pénales qui criminalisent le prosélytisme religieux. L’article 11 indique qu’est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ou qui utilise des moyens qui visent à ébranler la foi d’un musulman. Vous avez bien lu, on parle ici d’emprisonnement.

L’article 14 de cette même loi ajoute qu’une fois la peine purgée, les autorités peuvent expulser le contrevenant de manière définitive de l’Algérie. Quant au Maroc, convertir un marocain est aussi considéré dans le Code pénal (article 220) comme un délit puni de six mois à trois ans d’emprisonnement.

On comprend mieux pourquoi le gouvernement canadien informe les voyageurs à destination du Maroc « qu’il est illégal d’importer sans autorisation des bibles ou d’autre matériel religieux non islamique, sauf pour usage personnel. Le prosélytisme est également interdit ». Et pour la Tunisie, on précise aussi que « le prosélytisme religieux y est interdit ».

Alors madame Zaazaa, raciste l’État québécois? Raciste parce qu’il veut interdire le voile islamique pour certaines catégories d’employés de l’État? Vous n’êtes pourtant pas sans savoir que le voile islamique a été interdit dans les écoles en Tunisie par le Président Bourguiba dès 1957 et que cette interdiction s’est vue réactivée de 1981 à 1991 et même élargie jusque dans l’administration publique, les écoles et les universités mais aussi les espaces publics. Diriez-vous que la Tunisie est un État raciste parce qu’il interdit le voile? Bien sûr que non mais alors pourquoi le dire du gouvernement du Québec qui veut l’interdire pour certaines catégories d’employés, incluant les enseignants des écoles publiques?

La vérité, c’est que ce n’est pas la lutte contre le racisme qui vous motive mais bien d’imposer aux Québécois une logique anticolonialiste dans laquelle il vous faut mettre en échec la majorité blanche supposément dominatrice et raciste à l’endroit des minorités. Mettre en échec le féminisme parce qu’il est blanc, occidental, particulier, impérialiste et que son universalisme n’est pour vous que du colonialisme déguisé. Mettre en échec l’État national parce qu’il est blanc, occidental, particulier, impérialiste et que son universalisme n’est que du colonialisme déguisé. Par la défense du voile et les accusations de racisme que vous y liées, mettre en échec la séparation des Églises et de l’État, au fondement même de la laïcité, parce que cette laïcité est blanche, occidentale, particulière, impérialiste et que son universalisme n’est pour vous que du colonialisme déguisé.

Comme le dit l’adage populaire, quand on se compare, on se console. En termes de liberté religieuse, le Québec est un modèle et nous devons le dire haut et fort et en être fiers. Justement parce que nous avons fait le choix de vivre dans un Québec laïque où il n’y a pas de religion d’État avec toutes les discriminations qui en découlent. La laïcité, c’est l’égalité de tous les citoyens, quel que soit leur religion. Ceux qui ont choisi de venir vivre avec nous sont des privilégiés et non des victimes. Et nous ne devons plus nous laisser intimider et insulter par des accusations de racisme.

Les Québécois veulent poursuivre leur avancée vers davantage de laïcité. Consacrer par la loi ce qui l’est déjà par notre histoire. Le Québec est grand, le Québec est blanc, majoritairement blanc et on aura compris ici que je ne parle pas de l’hiver! Nous n’avons surtout pas à rougir de cela!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Quel avenir pour la laïcité ?

J’aimerais ici revenir sur la problématique soulevée dans mon article Pas de laïcité sans indépendance qui a été publié dans le dossier pré-électoral Le Tournant de l’Action nationale, pour examiner comment celle-ci pourrait évoluer à la lumière des résultats des élections du 1eroctobre.

Rappelons d’abord les principaux points que j’avais développés. J’insistais sur la judiciarisation du politique qui caractérise la situation du Québec depuis 1982 dans le contexte canadien et qui correspond à la mise en tutelle de la démocratie parlementaire au profit d’un gouvernement des juges. Cet élément est crucial pour bien comprendre les difficultés qui se présentent chaque fois qu’un gouvernement veut légiférer sur la laïcité.

Je montrais comment la politique des droits, inscrits dans l’ADN de la charte canadienne, assujettit les décisions de l’Assemblée nationale à celle des juges de la Cour suprême, sous prétexte que les lois de la majorité ne sont pas neutres et qu’elles sont donc susceptibles d’être discriminatoires à l’endroit des minorités et que seule la charte canadienne serait en mesure de garantir ces droits fondamentaux.

J’exposais également comment le rapport Bouchard-Taylor privilégie cette politique des droits pour contourner l’État national et ouvrir les institutions publiques à l’intrusion du religieux sur la base des droits individuels consacrés dans les chartes. Et je désignais la notion d’accommodement religieux comme étant la pierre angulaire de cette ouverture aux religions qui a été reconnue dans la loi 62.

Je soulignais aussi la difficulté de l’État à légiférer face aux religions, particulièrement l’islam pour qui la séparation du religieux d’avec le politique demeure une hérésie, ajoutant que les lobbys politico-religieux n’hésitent pas à instrumentaliser les chartes et les tribunaux pour imposer leurs vues et contester différentes mesures visant à garantir la laïcité.

Dans un tel contexte, je concluais en pressant les politiciens de dévoiler leurs intentions quant au carcan constitutionnel canadien qui limite le pouvoir du Québec et restreint son autonomie en matière de laïcité. Deux alternatives s’offrent alors, soit celle d’invoquer la clause dérogatoire, renouvelable aux cinq ans, pour se soustraire à l’application de la charte canadienne ou mieux de réaliser l’indépendance du Québec.

Le 1eroctobre, les Québécois ont élu un gouvernement majoritaire de la CAQ. À quoi peut-on s’attendre maintenant dans le dossier de la laïcité? Bien que ce thème ait été quasi-absent de la campagne électorale, il n’a pas tardé à rebondir à l’avant-scène, deux jours à peine après les élections.

En effet, le 3 octobre, la presse anglophone braque le nouveau gouvernement, en publiant en première page du Globe and Mail, un article intitulé « Legault to use notwithstanding clause to ban religious symbols for civil servants » ( Legault veut utiliser la clause nonobstant pour interdire le port de signes religieux chez les fonctionnaires ).

En conférence de presse, Geneviève Guilbault et Simon Jolin-Barrette, questionnés par les journalistes, rappelleront la position de la CAQ sur le port de signes religieux pour les personnes en autorité, incluant les enseignants et de l’intention du gouvernement de recourir à la clause dérogatoire, si nécessaire.

Le même jour, Justin Trudeau sert une mise en garde au nouveau gouvernement, disant qu’il faut faire très attention lorsqu’on utilise la clause dérogatoire pour supprimer ou éviter de défendre des droits fondamentaux.

Le soir même, à l’émission 24/60 de Radio-Canada, le professeur de droit constitutionnel Stéphane Beaulac est questionné sur la clause dérogatoire. Voici ce qu’il en dit :« Le recours à la clause dérogatoire se fait avec un prix politique à payer et il serait plus difficile pour M. Legault, comme il l’a fait aujourd’hui, de se dissocier d’un gouvernement de droite populiste comme Mme Le Pen en France, si dans ses premières mesures législatives, il adoptait une mesure qui passe outre les libertés fondamentales », ajoutant même que le recours à cette clause est un fait rarissime au Canada, ce qui a été démenti par la suite par un groupe de juristes et que :« c’est une mesure exceptionnelle qui devrait le demeurer, comme l’a dit M. Trudeau ».

Le lendemain, 4 octobre, en conférence de presse, des groupes prétendument antiracistes lançaient un appel à manifester contre la proposition de la CAQ, le 7 octobre dans les rues de Montréal alors que l’Association des juristes progressistes (AJP), déjà impliquée dans le recours contestant la constitutionnalité de la loi 62, publiait un communiqué annonçant qu’elle contesterait le futur projet de loi de la CAQ devant les tribunaux.

Voilà les hostilités étaient lancées et les adversaires déjà passés en mode attaque. Au cœur de l’affrontement, la proposition phare de la CAQ de vouloir interdire le port de signes religieux au personnel en position d’autorité, incluant les enseignants mais surtout, de l’intention du gouvernement de recourir à la disposition de dérogation de la Charte canadienne des droits et libertés, si nécessaire.

Il n’en fallait pas plus pour affoler les multiculturalistes et les adversaires de la laïcité qui, sans surprise, se sont précipités pour condamner le recours à la clause dérogatoire et contester le fait que cette interdiction puisse s’étendre aux enseignants.

La semaine suivante, ce fut au tour des quotidiens de La Presse et du Devoir à se prononcer unanimement contre le fait d’étendre l’interdiction du port de signes religieux aux enseignants, disant que l’on devrait plutôt s’en tenir à la proposition de Bouchard-Taylor qui fait davantage consensus. Est-il nécessaire de souligner l’habituel « Quebec bashing » du Globe and Mail à l’endroit du nouveau gouvernement?

On a eu aussi droit à l’amical mépris de Charles Taylor qui a traité le premier ministre de malhonnête, lui disant que sa proposition n’était pas celle du rapport. La réponse de François Legault a été cinglante, disant que lui, contrairement à M. Taylor, il n’avait pas changé d’idée!

Le 18 octobre, jour de l’assermentation du Conseil des ministres, François Legault déclara que son gouvernement va respecter son engagement en matière de laïcité et présenter un projet de loi sur l’interdiction des signes religieux.

Le dépôt du projet de loi, d’abord annoncé pour l’automne, a été remis au printemps 2019. Certains y ont vu un recul ou à tout le moins une hésitation de la part de la CAQ. Il se pourrait que ce soit davantage une question de stratégie. N’oublions pas que le printemps va nous rapprocher des élections fédérales, ce qui va obliger les partis politiques fédéraux à davantage de prudence et de réserve à s’immiscer dans les affaires du Québec. On devine déjà l’argument du PCC et du NPD : « On n’est pas d’accord avec le projet de loi mais nous respectons le fait que c’est au gouvernement du Québec à décider».

Du côté des partis provinciaux, ni les libéraux, ni les péquistes ne se sont prononcés jusqu’à maintenant, préférant probablement attendre le dépôt du projet de loi. Chez Québec solidaire, ils ont annoncé vouloir revisiter ce qui faisait l’objet d’un compromis depuis 2008. Étant tout aussi multiculturaliste que le parti libéral, on devine facilement qu’ils s’opposeront à toute interdiction du port de signes religieux.

Des contestations juridiques sont annoncées, qui obligeront le gouvernement à utiliser la clause dérogatoire. Bien que le recours à celle-ci ait été maintes fois utilisé dans le passé, un tel geste, dans le contexte actuel, aurait une portée politique inestimable parce qu’il signifierait que la volonté politique de l’Assemblée nationale est première et souveraine et qu’il lui revient donc à elle, et non à la Cour suprême, de décider du cadre laïque au Québec.

On ne peut que saluer une telle volonté d’affirmation nationale. En voulant garantir au Québec davantage d’autonomie face à Ottawa, ce gouvernement va contribuer à repolitiser la question nationale à travers la défense de la laïcité et faire la preuve, bien malgré lui, de la nécessité de l’indépendance.

Il faut espérer que le gouvernement Legault résiste à la pression et que sa proposition ne soit pas diluée en écartant les enseignants ou encore en leur accordant un droit acquis, tenté qu’il serait d’établir un consensus avec les autres partis.

Il sera aussi intéressant de voir comment la question des accommodements religieux va être traitée. N’oublions pas que la CAQ souhaite régionaliser l’immigration et la tentation sera grande de devenir très accommodant afin de rendre l’offre la plus alléchante possible.

La CAQ va retrouver sur son chemin les mêmes adversaires que le Parti Québécois en 2013 avec la différence, que cette fois-ci, le recours à la clause dérogatoire va faire monter les enchères et forcer les adversaires à trouver d’autres stratégies, puisqu’ils seront privés d’un de leurs moyens les plus sûrs, à savoir la contestation devant les tribunaux.

Il y a fort à parier que cette stratégie sera celle de la désobéissance civile. Et la résistance viendra probablement des syndicats d’enseignants eux-mêmes…

Pas sortie de l’auberge? La France qui dispose depuis 1905 d’une loi sur la laïcité et dont l’esprit républicain est solidement ancré chez la plupart de ses citoyens, aura mis 15 ans (de 1989 à 2004) pour interdire le voile islamique chez les élèves des lycées. Pas facile de faire respecter la laïcité face à l’islam.

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Laïcité et identité : les occasions manquées

Voici le texte de la conférence que j’ai prononcée au colloque de l’Institut de recherche sur le Québec qui s’est tenu à Montréal le 3 novembre 2018.

J’aimerais revenir avec vous sur quelques occasions manquées dans la dernière décennie quant à l’affirmation de notre identité en lien avec la défense de la laïcité.

D’entrée de jeu, je tiens à préciser que la laïcité n’est pas une question identitaire. La laïcité concerne la séparation de l’Église et de l’État, la liberté de conscience qui reconnaît à chacun le droit de croire ou non, et l’égalité de toutes les options. Voilà les principes constitutifs de la laïcité qui ont guidé depuis toujours le combat laïque depuis les Lumières jusqu’à aujourd’hui et orienté toute l’histoire de la laïcité québécoise.

Bien que ces principes aient une valeur universelle et soient transposables dans toute démocratie, il n’en demeure pas moins que la laïcité n’est pas une simple posture abstraite, totalement désincarnée, qui flotterait au-dessus de l’histoire. La laïcité se réalise toujours dans l’histoire et c’est dans l’histoire qu’elle va trouver ses acteurs, ses alliés, ses adversaires et mener ses combats. En ce sens, la laïcité québécoise est partie prenante de notre identité, de notre histoire à nous qui n’a pas son pareil ailleurs dans le monde.

En 2005, le Québec complète la déconfessionnalisation de son système scolaire en mettant fin à l’enseignement religieux dans les écoles publiques. L’année suivante, la Cour suprême du Canada renverse un jugement de la Cour d’appel du Québec et autorise le port du kirpan pour un élève sikh dans une école publique de Montréal.

Alors que l’on venait tout juste de décrocher les crucifix des murs de nos écoles, voilà que les signes religieux de religions minoritaires nous sont imposés par un jugement de la Cour suprême. Les Québécois ont vécu cet épisode comme un affront face aux efforts consentis pour laïciser leurs écoles.

Et c’était sans compter les demandes d’accommodements pour motifs religieux qui devenaient un phénomène de plus en plus répandu à Montréal et dont l’ADQ de Mario Dumont a su tirer profit. Tout ceci a eu pour effet de propulser la question de l’identité au cœur de la laïcité.

Les protestations sont venues de citoyens d’un petit village en Mauricie; Hérouxville. Nous étions le 27 janvier 2007 lorsque le code de vie d’Hérouxville a été rendu public. Pour ceux qui se sont donnés la peine de le lire, on y parlait d’identité, de notre façon de vivre, en insistant sur l’égalité des femmes et des hommes. La réaction fut immédiate. Une bombe dans le ciel médiatique. Des médias nationaux et internationaux ont afflué vers Hérouxville. Douze jours après, soit le 8 février, pressé de mettre le couvercle sur la marmite, le premier ministre Jean Charest annonçait la création de la commission Bouchard-Taylor.

Trois jours après cette annonce, dans une opération médiatique des plus réussie, une délégation de musulmanes voilées se présentaient à Hérouxville avec des plateaux de baklavas. Qu’avait-on à craindre de gens qui mangent des baklavas? Mieux que nous, ces militantes pro-voile et anti-laïques, dont plusieurs sont devenues par la suite des actrices importantes dans la défense du voile, avaient compris que dorénavant l’identité des québécois passerait par la défense de la laïcité.

Pendant ce temps, les journalistes, au lieu de s’intéresser à ces femmes voilées sorties de nulle part, ont préféré humilier et ridiculiser les gens d’Hérouxville et son conseiller municipal André Drouin, en espérant à travers eux, faire taire tout un peuple. Parce qu’il ne fallait surtout pas que le peuple devienne un acteur politique.

Le 21 février, le gouvernement Charest déclenche des élections. Le 26 mars, le parti libéral sera élu à la tête d’un gouvernement minoritaire alors que l’ADQ de Mario Dumont surprend et forme l’opposition officielle.

L’annonce de la commission Bouchard-Taylor a été une stratégie payante pour le parti libéral. Deux universitaires, dignes représentants de la connaissance ont permis de départager le savoir de l’opinion publique, toujours suspecte, pour s’approprier le discours sur les accommodements, remettre la discussion à plus tard et enlever à Mario Dumont un thème qui faisait monter l’ADQ dans les sondages.

En mai 2008, les commissaires Bouchard et Taylor déposent leur rapport. Deux grandes intentions s’en dégagent : neutraliser l’affirmation nationale et contrer la laïcité.

Souscrivant à la logique du multiculturalisme, ce rapport repose sur une vision post-nationale qui conduit au recul et à l’effacement de l’État-nation pour le remplacer par la politique des droits. Les Québécois y sont décrits non pas tant comme une nation que comme un groupe francophone minoritaire à l’intérieur du Canada et au Québec, comme une majorité ethnoculturelle peu sûre d’elle-même et forcément tyrannique à l’égard de ses minorités.

Priver la nation québécoise de son statut politique et disqualifier la légitimité de son État en affirmant que ses lois ne sont pas neutres et qu’il vaut mieux s’en remettre aux chartes et à la Cour suprême plutôt qu’à l’Assemblée nationale pour garantir la démocratie et le respect des droits des minorités.

Cette suprématie du juridique sur le politique consacre la primauté du droit individuel sur la démocratie parlementaire et vise à limiter les prétentions d’un État national. Il s’agit ni plus ni moins d’exproprier l’institution politique de la nation au bénéfice d’un gouvernement des juges et ultimement de remplacer une culture nationale par une culture des droits.

Au chapitre de la laïcité, ce rapport peut se résumer à la formule suivante : c’est l’État qui doit être neutre, pas les individus. Bref, on décroche les crucifix et on ouvre toutes grandes les portes des institutions publiques à toutes les religions. Ça c’est Bouchard-Taylor.

Du libéralisme dans la plus pure tradition anglo-saxonne, où l’État ne doit pas contrarier l’individu mais bien l’accommoder en vertu des chartes. Un État désincarné, déraciné, sans peuple et sans nation avec pour seul emploi, celui de gérer les différences pour préserver la paix sociale.

On a souvent reproché aux politiciens d’avoir tabletté ce rapport comme s’il constituerait une avancée en matière de laïcité, comme s’il était depuis l’attentat à la mosquée de Québec, le lieu naturel du consensus politique.

Ce rapport n’est pas une occasion manquée comme certains le prétendent et il devrait demeurer tabletté. Nous n’avons pas besoin de ce rapport pour savoir qu’il faut interdire le port de signes religieux pour les personnes en autorité incluant les enseignants. Et nous n’avons pas non plus besoin de ce rapport pour savoir ce que représente le voile islamique. Nous le savons depuis longtemps! Non, mais a-t-on vraiment besoin de Charles Taylor pour nous dire quoi faire et quoi penser en matière de laïcité au Québec? On a déjà bien assez de Francine Pelletier!

Il faut se faire confiance et cesser de se référer à Bouchard-Taylor pour se donner un vernis de respectabilité, comme si cela pouvait nous protéger des accusations de racisme et d’islamophobie. Il faut cesser d’en faire une lecture fragmentaire et superficielle et considérer ce rapport pour ce qu’il est ; l’ouverture inconditionnelle aux religions, le mépris de ce que nous sommes et la volonté d’annihiler toute tentative d’affirmation nationale.

2013 marque un point tournant dans l’histoire de la laïcité au Québec avec le projet de charte des valeurs qui a provoqué le tollé que l’on connaît tout en recevant un fort appui chez les francophones. La proposition contestée : l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État.

Bien que s’adressant à toutes les religions, cette interdiction visait principalement à endiguer la prolifération du voile islamique dans les institutions publiques, particulièrement dans les écoles et les CPE. N’eut été de ce voile, cette interdiction n’aurait jamais été proposée.

Ce qu’il est important de retenir ici, c’est que pour la première fois de son histoire, le gouvernement du Québec voulait légiférer face à une religion qui n’était pas la nôtre, et pas n’importe laquelle ; l’islam pour qui la laïcité demeure une hérésie.

Parce qu’en Occident, l’islam incarne « l’Autre », l’altérité. Qu’il en est l’essence la plus significative et qu’à ce titre, il jouit d’une protection dont le christianisme sera toujours privé ; celle de pouvoir confortablement s’adosser au multiculturalisme pour s’opposer à la laïcité.

L’islam est porté par la puissante idéologie du multiculturalisme. Il est même la seule religion qui soit considérée comme une race. Imaginez! Un tel sophisme a pour effet de faire passer ceux qui défendent la laïcité pour des racistes, des islamophobes ou des identitaires d’extrême-droite. Aucune autre religion au Québec n’a le pouvoir de produire un tel effet réfrigérant. Tous ces ingrédients font en sorte que la question identitaire se conjugue une fois de plus avec la défense de la laïcité.

Mais il y a plus encore. La charte des valeurs va opérer un renversement de perspective par rapport à Bouchard-Taylor et ébranler les assises du multiculturalisme. En affirmant d’abord la primauté du politique sur le juridique puisqu’en proposant des orientations et des règles claires en matière de laïcité, le gouvernement assumait sa légitimité politique.

En faisant cela, ce gouvernement nous redonnait la confiance de pouvoir décider de notre avenir et transformait cette majorité historique en une nation qui se redécouvrait une fierté.

En mettant l’égalité des sexes au centre de son projet, le gouvernement péquiste rompait avec le relativisme des valeurs propre au multiculturalisme et nous proposait un horizon de valeurs communes dans lequel il y a des choses qui valent plus que d’autres et sur lesquels nous souhaitions bâtir l’avenir.

Ce projet de loi, qui a été jusqu’à maintenant la meilleure proposition en matière de laïcité, par sa charge politique allait bien au-delà de la laïcité. Il a ravivé la flamme identitaire au point où cette Charte des valeurs est devenue, bien malgré elle, le projet d’une Charte pour la nation. Doit-on s’étonner qu’elle ait suscité autant d’opposition ?

Au Québec, la question identitaire se profile dans la défense de la laïcité face à l’islam depuis une bonne dizaine d’années. Nous rencontrons ce même phénomène en Europe. D’ailleurs les accusations de racisme et d’islamophobie dont les défenseurs de la laïcité font aujourd’hui les frais ne font que confirmer ce lien conjoncturel entre laïcité et identité.

Je conclurais en disant que le nationalisme québécois n’est pas mort et que son avenir va assurément passer par la défense de la laïcité. Le gouvernement Legault a annoncé sa ferme intention de légiférer sur cette question et il a toute la légitimité pour le faire. On peut prédire sans trop se tromper qu’il devra faire face à des contestations juridiques et se heurter au carcan constitutionnel canadien. Il a indiqué la possibilité de recourir à la disposition de dérogation faisant ainsi, bien malgré lui, la preuve de la nécessité de l’indépendance.

Nous ne connaissons pas à ce jour la pièce législative que ce gouvernement va nous présenter mais il y a toutefois des annonces qui ont été faites, celle par exemple d’interdire le port de signes religieux pour les personnes en autorité, incluant les enseignants. Cette mesure est essentielle et nous devons l’appuyer mais n’allons pas croire que cette simple proposition règlera d’une manière définitive le dossier de la laïcité au Québec et qu’enfin nous pourrons passer à autre chose comme disent certains.

Il faut voir plus loin qu’Ottawa et même plus loin que l’indépendance et ne jamais perdre de vue que l’islam politique appuyé par la Ligue islamique mondiale et l’Organisation de la coopération islamique est animé d’un puissant dynamisme, d’une incroyable santé financière et qu’il n’a pas de frontière. Mettre de l’islam partout. Ça c’est le tsunami qui nous attend.

Au regard de cela, d’interdire le port de signes religieux à des policiers (pour l’instant Radio-Canada n’en a trouvé qu’une!) peut paraître quelque peu dérisoire mais politiquement parlant, cette étape, de pouvoir faire respecter la laïcité face à l’islam et aux autres religions qui l’appuient, est cruciale pour sortir de cette impuissance qui nous paralyse depuis la défunte charte des valeurs et j’ose espérer que cette fois-ci sera la bonne et que ce gouvernement réussira à franchir ce cap.

Lao-Tseu disait : « Les plus grands voyages commencent toujours par un premier pas. Le plus difficile, c’est le premier pas ».

Montréal 3 novembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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