Nomination d’Amira Elghawaby

Amira Elghawaby nommée par le gouvernement Trudeau représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l’islamophobie

En mars 2018, j’écrivais un article à propos du Comité permanent du patrimoine canadien qui a présenté à la Chambre des communes son rapport Agir contre le racisme systémique et la discrimination religieuse, y compris l’islamophobie, pour lequel il avait été mandaté en mars 2017, lors de l’adoption de la motion M-103 condamnant l’islamophobie.

Cette importante nomination d’Elghawaby n’est que le début de la mise en œuvre de ce rapport. 

Regardez bien ce qui nous attend : 

Quand les religions s’invitent à Ottawa (mars 2018)

Trois jours après les commémorations de l’attentat à la Grande mosquée de Québec, le Comité permanent du patrimoine canadien a présenté à la Chambre des communes son rapport Agir contre le racisme systémique et la discrimination religieuse, y compris l’islamophobie, pour lequel il avait été mandaté en mars 2017, lors de l’adoption de la motion M-103 condamnant l’islamophobie.

On a fait grand bruit à propos de l’instauration d’une Journée nationale contre l’islamophobie alors que ce rapport est pratiquement passé sous le radar. Nous aurions pourtant intérêt à y accorder la plus grande attention.

Ce rapport contient au total 30 recommandations visant à mettre en œuvre un plan d’action national pour lutter contre le racisme systémique et la discrimination religieuse au niveau fédéral.

Il constitue à ce jour, le projet le plus vaste et le plus ambitieux jamais présenté à un gouvernement, un projet précis et rigoureux, aux ramifications multiples, un projet où l’on se sert de la religion pour imposer le multiculturalisme.

Faire de la religion une race

La première recommandation propose de mettre à jour l’actuel Plan d’action canadien contre le racisme et d’en élargir la portée, afin de l’étendre à la discrimination religieuse. Ainsi la lutte contre le racisme envers les Noirs et les Autochtones inclurait dorénavant les juifs, les catholiques, les évangéliques, les hindous, les sikhs et les musulmans.

Même si nous savons qu’une religion n’est pas une race parce qu’on ne choisit pas notre race alors que l’on peut choisir notre religion, cette recommandation, en amalgamant race et religion, permet aux différents groupes religieux de détourner à leur avantage des programmes et des mesures proposés pour lutter contre le racisme. Comme opportunisme, on peut difficilement faire mieux!

Installer les religions au cœur du gouvernement central

La seconde recommandation serait à l’effet de créer une direction chargée de la réalisation de ce plan, au sein même du ministère du Patrimoine canadien.

Doit-on s’étonner que cette recommandation ait été proposée par le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), ceux-là même qui sont contre l’interdiction du niqab et contestent la loi 62 devant les tribunaux et qui demandent que le 29 janvier soit déclaré Journée nationale contre l’islamophobie ?

Une telle recommandation va permettre aux lobbys religieux les plus militants et les plus intégristes de franchir l’enceinte du Parlement, d’avoir accès à des moyens et à des ressources inespérés dans le but d’imposer leurs vues et leurs valeurs religieuses à l’ensemble des Canadiens et de profiter des leviers politiques nécessaires à la réalisation de leurs visées.

Ainsi concernant les politiques gouvernementales, il est proposé de concevoir un cadre d’évaluation antiraciste qui permettrait de prévoir et d’éliminer les préjugés inconscients dans les politiques, les programmes et les décisions proposés. Cela signifie que, sous couvert de lutte contre le racisme, on propose ici d’épurer les politiques fédérales actuelles pour les infléchir dans le sens d’une ouverture à la diversité religieuse.

Le dialogue interreligieux pour mieux faire de la politique

Les groupes religieux demandent que le gouvernement encourage, appuie et finance les initiatives entreprises partout au Canada pour amorcer un dialogue interreligieux. Ceci leur permettra de se constituer en groupes de pression auprès du gouvernement, de s’entendre sur des objectifs communs dans le but de faire valoir leurs intérêts et d’orienter les politiques fédérales.

Ces groupes demandent également de créer un mécanisme permettant d’échanger leurs pratiques exemplaires avec le gouvernement fédéral. En clair, d’avoir leur entrée au Parlement pour leur faciliter l’accès aux politiciens comme à ceux qui participent à l’élaboration des politiques. Sans surprise, ces recommandations sont portées par des groupes de chrétiens évangéliques qui ont l’habitude d’avoir leur entrée au Parlement.

Un programme éducatif d’envergure pour formater les esprits 

Pour que la diversité religieuse serve à faire la promotion du multiculturalisme, il faut impérativement mettre en œuvre un programme éducatif comportant des cibles précises.

On recommande donc une série de mesures telles, élaborer une campagne de sensibilisation auprès du public et promouvoir l’éducation aux médias, c’est-à-dire des séances de formation destinées aux journalistes afin qu’ils nous présentent une image plus positive des religions, particulièrement l’islam.

Également en collaboration avec les provinces et les territoires, élaborer pour les jeunes du matériel pédagogique sur les diverses pratiques religieuses et culturelles. Bref, un cours d’éthique et de culture religieuse à la puissance mille, dans chaque école, d’un océan à l’autre.

Instituer une formation en compétences culturelles pour un certain nombre de professions, notamment les travailleurs sociaux, les enseignants, les législateurs, les fonctionnaires, les avocats, les juges et les professionnels de la santé.

Offrir des subventions aux experts universitaires pour appuyer la création de projets de recherche sur l’islamophobie, le racisme et la discrimination religieuse systémique, qui pourraient servir à orienter les politiques publiques. Une manne pour le Conseil de recherches en sciences humaines, le Conseil des arts du Canada et tous les futurs doctorants.

Les policiers auront aussi droit à une formation de sensibilisation raciale et culturelle.

La dernière recommandation ? Que le 29 janvier soit déclaré Journée nationale de commémoration et d’activités concernant l’islamophobie et tout autre forme de discrimination religieuse.

Trudeau et l’ingénierie du multiculturalisme

Ce rapport institue une véritable ingénierie du multiculturalisme dans laquelle les religions jouent un rôle de premier plan. En donnant à celles-ci les moyens d’accroître leur visibilité et leur légitimité, en leur offrant une protection et une autorité sans précédent, l’adoption de ces recommandations permettrait aux religions de s’immiscer dans la sphère politique, ce qui est contraire à la laïcité qui suppose une nette séparation entre les religions et la politique.

Justin Trudeau a compris l’importance de la diversité religieuse pour l’avancement du multiculturalisme. Il a compris l’importance de courtiser les minorités religieuses dans son désir de réalisation d’un État post-national. Et si le père nous a donné une Charte et une loi sur le multiculturalisme, le fils ambitionne de faire sa marque en allant plus loin dans l’application de celles-ci.

Justin Trudeau est moins un naïf qu’un ambitieux. Alors que Trump lui sert de repoussoir, il souhaite faire sa marque au niveau international en présentant le Canada comme un pays modèle en matière d’ouverture.

Trudeau, c’est l’autre Amérique, celle de l’Open Society, du néolibéralisme et de la mondialisation. Et il est prêt à prendre tous les risques, y compris celui d’ouvrir un incroyable boulevard aux pires intégrismes religieux.

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Loi 21: non le Québec n’est pas l’Iran!

Depuis quelques temps, en lien avec les nombreuses manifestations en Iran contre la mort de Masha Amini, arrêtée par la police des mœurs pour «port de vêtement inapproprié», circule dans les démocraties occidentales, chez des intellectuels, des artistes et des politiciens, l’idée qu’interdire aux femmes musulmanes de porter le voile ne serait pas plus acceptable que de les obliger à le porter, comme c’est le cas en Iran. 

Cette position a été défendue lors de la dernière campagne électorale par la députée solidaire Christine Labrie qui a affirmé qu’interdire ou imposer le voile islamique est une forme d’oppression, parce que l’on n’a pas à dire aux femmes comment s’habiller. Gabriel Nadeau-Dubois ajouta, pour sa part, que ceci n’est d’ailleurs pas très cohérent avec le féminisme.

Cette posture libérale reprend exactement celle défendue par la Fédération des femmes du Québec depuis 2009 et se présente orgueilleusement comme étant le nec plus ultra du féminisme; défendre la liberté de toutes les femmes, en Iran comme au Québec. Ni obligation, ni interdiction, liberté! La formule a de quoi séduire et c’est pourquoi elle rencontre spontanément l’assentiment de plusieurs car qui, en effet, voudrait priver les femmes de leur liberté ? Personne, bien évidemment.

Mais à y regarder de plus près, on s’aperçoit vite de l’incohérence d’une telle position, en ce qu’elle met à égalité la loi 21, qui interdit le port de signes religieux, notamment chez les enseignantes des écoles publiques et l’obligation pour les Iraniennes de porter le voile en public. 

Sérieusement, comment peut-on considérer le voile islamique comme un simple vêtement au regard de ce qui se passe actuellement en Iran et comment mettre sur le même pied l’État théocratique islamique d’Iran avec l’État démocratique laïque du Québec ? Il n’y a que l’ignorance ou la mauvaise foi pour expliquer un amalgame aussi saugrenu. 

L’Iran est un État religieux

En Iran, la religion est liée à la politique. Dans son Testament Politico-Spirituel (1989), l’imam Khomeyni insiste sur la nécessité de lier l’islam à l’État pour développer une véritable identité islamique s’opposant au colonialisme de l’Ouest, cet Occident dépravé et impie, tout autant qu’aux pays communistes de l’Est, matérialistes et athées, faisant ainsi de l’islam la pierre angulaire d’un régime politique supposément révolutionnaire. Ce qu’à l’époque, Michel Foucault avait appelé, non sans un certain enthousiasme, la « spiritualisation de la politique ». 

« Quant à ceux qui considèrent que l’islam n’a rien à voir avec le gouvernement et la politique, il faut dire à ces ignorants que le Noble Coran et la Sunna du Messager de Dieu, que Dieu le bénisse lui et les siens, ne comporte dans aucun domaine autant de prescriptions qu’à propos du gouvernement et de la politique. Bien plus : nombre des prescriptions cultuelles de l’islam sont politico-cultuelles, et c’est leur négligence qui a causé nos malheurs ». ( Khomeyni )

Vu sous cet angle, le voile islamique imposé aux femmes par Khomeyni en 1979, se présentait avantageusement comme le passeport idéal pour accéder à la citoyenneté islamique et devenait ainsi un puissant symbole d’islamisation de la société iranienne, tout en décrétant la prédominance des lois religieuses sur les lois civiles.

Ce voile se voulait aussi un élément incontournable d’un programme politique qui exclut symboliquement les femmes de l’espace public, tout en désignant la place de celles-ci dans la société islamique; celui de la famille, considérée comme le lieu naturel de la femme, avec comme devoirs, la soumission à l’époux et l’éducation des enfants. 

Par l’obligation du voile pour les femmes, on établissait ainsi les fondements de la société islamique en affirmant haut et fort la complémentarité des sexes et l’équité des droits qui en découle, tournant ainsi le dos à l’Occident, à sa révolution féministe et à sa Déclaration des droits de l’homme qui promulgue l’égalité de droit entre les femmes et les hommes.

Le Québec est un État laïque

Contrairement à l’Iran, au Québec la religion est séparée de la politique et les lois civiles priment sur les lois religieuses, de sorte que la croyance de certains ne devienne pas la loi de tous. 

L’État est neutre, il ne se mêle pas de religion et n’en privilégie, ni n’en impose aucune, laissant ainsi à chacun la liberté de choisir ses croyances ou ses convictions. C’est que l’on appelle la liberté de conscience. 

Cette neutralité s’incarne dans ses institutions publiques, justement parce que l’État est public, qu’il s’adresse à l’ensemble des citoyens, qu’ils soient catholiques, protestants, juifs, athées ou musulmans, qu’il s’adresse à eux dans ce qu’ils ont de commun, alors que la religion demeure une affaire particulière, personnelle et privée qui n’a pas sa place dans l’espace civique.

Les adversaires de la loi 21 répètent constamment qu’en interdisant le port de signes religieux, l’État se mêle de religion et dit aux femmes musulmanes comment s’habiller. C’est faux ! En interdisant le voile islamique, notamment chez les enseignantes des écoles publiques, l’État ne se mêle pas de religion, pas plus qu’il ne dit aux femmes musulmanes comment s’habiller mais il assume ses responsabilités qui sont celles de protéger la neutralité de ses institutions publiques et la liberté de conscience de chaque citoyen. 

Parce que le voile à l’école, c’est le voile dans l’État. C’est la religion dans l’État. C’est l’islam ici qui s’impose dans la politique et non l’inverse. C’est la religion qui dit aux femmes comment s’habiller, pas l’État. 

Ô liberté !

La liberté n’est pas l’absence de règles et l’interdiction du voile n’est pas l’équivalent de l’obligation de le porter parce que son interdiction chez les enseignantes permet aux élèves musulmanes d’avoir un argument pour se soustraire aux pressions de la famille et de la communauté, plutôt que de se faire dire : « Tu vas le porter le voile, regarde, ton enseignante le porte, tu vas suivre son exemple ». 

Interdire pour libérer. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’interdiction permet l’émancipation des élèves musulmanes et les protège de tout prosélytisme. Elle est là, la liberté. La liberté d’être comme toutes les autres à l’école. Un être humain, une citoyenne en devenir. Une fille comme tant d’autres. Quand on sait ce que cela représente pour des adolescentes. Voilà ce que permet la loi 21. 

Le voile islamique, aujourd’hui taché de sang, qu’il soit porté en Iran ou au Québec, sera toujours synonyme d’oppression et d’y associer la loi 21, comme le fait Québec solidaire, dans le but de discréditer cette loi afin de fidéliser une certaine clientèle, est un procédé pitoyable et malhonnête. Alors que l’on meure en Iran, ici certains se soucient d’additionner les votes!

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ENTRETIEN AVEC ANDRÉE FERRETTI

En hommage à Andrée Ferretti qui nous a quittés récemment, je publie à nouveau un entretien que j’avais fait avec elle en 2008, suite à la publication de son roman Bénédicte sous enquête.

On connaît Andrée Ferretti comme une grande pionnière de la cause indépendantiste, également comme auteure de nouvelles, de romans et de quelques essais politiques, en plus d’avoir travaillé avec Gaston Miron à la réalisation d’un recueil des Grands textes indépendantistes. Cette femme, immense, par ses nombreuses contributions à la vie politique et culturelle du Québec, nous livre cet automne son troisième roman, Bénédicte sous enquête.

Un coffret contenant des mémoires, trouvé par Sophie Bertrand, latiniste et passionnée de généalogie, dans le comble de sa maison patrimoniale de Neuville, sera le point de départ d’une enquête qui l’amènera, elle et son ami Baltazar, à remonter dans la Hollande du 17e siècle, à la rencontre de Bénédicte, l’auteure de ces mémoires et femme philosophe, qui grandit dans la communauté juive de l’époque, avant d’en être cruellement bannie pour athéisme. Cette femme, dont les idées philosophiques peu orthodoxes furent discutées par les plus grands savants de l’époque, connut aussi l’amour et la maternité, et vécut pourtant sa vie entière dissimulée sous des habits d’homme…

Comment ces mémoires ont-ils bien pu atterrir dans son grenier? Quel en est le contenu? Que révéleront-ils à Sophie? Et que nous apprennent-ils sur cette philosophe qui se travestit? Voilà autant de mystères que Sophie et Baltazar se chargeront de déchiffrer, entraînant le lecteur dans une enquête passionnante, où la Bénédicte de Ferretti n’a pas fini de nous surprendre…

Cette fiction habilement menée et soutenue par une écriture dense, alerte et fluide, nous éblouit par l’érudition et le brio de l’auteure à restituer le milieu juif hollandais du 17e siècle et surtout, pour sa magnifique audace d’y avoir mis en scène une femme qui soit philosophe, et pour laquelle, encore aujourd’hui, on se méprend toujours sur sa véritable identité…

Nous connaissons tous l’attachement d’Andrée Ferretti pour l’histoire, mais peut-être un peu moins celui qu’elle porte à la philosophie, qu’elle a étudié à l’université, et qu’elle étudie toujours, en toute liberté, pour son propre plaisir. Son second roman Renaissance en Paganie avait pour personnages principaux un curieux couple, Hubert Aquin et Hypatie, une philosophe grecque, alors qu’avec son dernier roman, Bérénice sous enquête, Ferretti met avec beaucoup de talent, un contenu et une profondeur philosophiques à la portée de tous, et partage avec nous, par le biais de la littérature, sa conception philosophique du monde, son intimité philosophique, pour ne pas dire son éternité…

C’est à cela que j’ai voulu m’intéresser lorsque je l’ai rencontrée.

L.M. : Bénédicte, votre personnage principal, nous confie : « Je me dois donc d’établir la vérité de mon sexe puisqu’il est à la source de ma compréhension du monde comme pure ontologie » p.23.  Est-ce à dire que la philosophie a un sexe?

A.F. : Non, la pensée, la philosophie n’a pas de sexe mais les philosophes, eux, en ont un. La pensée ne s’élabore pas dans l’abstrait mais se crée et s’enracine dans un corps, dans une physiologie, dans des émotions, un milieu culturel, un environnement. Tout ceci façonne notre pensée. Il n’y a pas deux cerveaux, l’un masculin et l’autre féminin. Dans l’histoire de la philosophie, des philosophes misogynes ont fait cette distinction entre le cerveau des hommes et celui des femmes, eux qui croyaient qu’ils étaient les seuls à pouvoir penser. Mais ce ne sont pas des femmes philosophes qui ont dit cela. Non, il n’y a pas deux cerveaux différents, pas plus qu’il n’y a de philosophie féminine ou masculine. Il y a un cerveau humain intégré dans un corps et qui est affecté par la globalité de son environnement. 

L.M. : Qu’est-ce qui vous a amené à penser que Bénédicte Spinoza était une femme?

A.F. : Quand j’ai lu Spinoza, il y a plus de trente ans, ce fut une vraie fulgurance. J’ai aussitôt eu la certitude que c’était une femme qui avait écrit L’Éthique. J’ai eu cette intuition à cause de son refus radical du dualisme et de sa capacité d’en triompher. Refus de tout séparer; le corps et l’esprit, la nature et la culture, l’homme et la femme, la matière et la pensée. Contrairement à Descartes qui représentait à l’époque l’apogée du dualisme, la philosophie de Spinoza est d’essence féminine parce qu’elle nous donne à penser la globalité et l’unité de tout, où chaque être est différent mais pas séparé. Tout doit vivre, non parce que c’est bien ou mal, mais parce que c’est sa nécessité de vouloir persister dans ce qu’il est. Cette pensée montre que Spinoza pensait comme une femme, et que beaucoup d’hommes peuvent tenir des discours semblables, comme les femmes qui donnent et protègent la vie parce que tout ce qui attaque la vie nous est insupportable. En général, ce n’est pas nous qui tuons. Et ce n’est pas une pensée féministe que de dire cela.

Évidemment, si Bénédicte Spinoza a mené une double vie et s’est travestie en homme, c’est d’abord un choix de sa mère qu’elle a par la suite assumé parce qu’elle avait le goût de la connaissance, qu’elle voulait poursuivre ses études et faire de la philosophie dans le monde misogyne des philosophes. 

« Ici est racontée une histoire vraie

En même temps qu’une vraie fiction

À toi qui me liras la liberté et le plaisir

D’hésiter entre la réalité et le réel »

L.M. : Voilà l’avertissement que vous servez au lecteur au tout début de votre livre. La lecture de votre roman a l’effet d’une petite bombe parce qu’il sème le doute dans notre esprit quant à l’identité réelle de Spinoza. Par la fiction, vous réussissez à ébranler ce que l’on croyait être la réalité. Iriez-vous jusqu’à affirmer que Spinoza était une femme?

A.F. : J’ai écrit un roman qui s’appelle Bénédicte sous enquête parce que convaincue à la lecture de L’Éthiqueque Spinoza était une femme. Et je ne me suis pas posée toutes ces questions. Mon plaisir, c’est d’avoir lancé cette hypothèse. Écoutez, Spinoza est connu dans le monde entier, traduit dans toutes les langues et il a toujours passé pour un homme. Et vous, vous arrivez comme cela en 2008, et vous dites qu’elle est une femme. On ne va pas crier cela comme ça, de peur de passer pour une illuminée. Mais lorsqu’on lit sa biographie la plus fouillée et la plus exhaustive écrite par l’américain Steven Nadler, on constate qu’on ne sait presque rien de lui, si ce n’est qu’il est né à telle date dans une famille juive. On ne sait rien de son enfance, pas plus que de son adolescence. Et il disparaît de 1651 à 1655. Pendant toute sa vie d’adulte, même là, on n’est sûr de rien. Sa vie est tellement étrange. On ne sait pas où il était, ni ce qu’il faisait, à part qu’il écrivait. Il se dissimulait tout le temps et il est mort vraiment seul. Et on ne sait même pas où il est enterré. Tout cela m’a confortée dans mon intuition. Je lui ai imaginé une mort très plausible. J’ai inventé à Bérénice Spinoza une vie mais en même temps qui est très fondée sur ce qu’on sait jusqu’à maintenant. Je n’ai pas les moyens ni intellectuel, ni financier, ni institutionnel pour entreprendre une telle recherche et rédiger un essai sur cette question, mais on ne sait jamais, peut-être qu’un jour, quelqu’un… Et j’ai pensé que l’art, infiniment et plus fortement que la philosophie, est un mode d’expression pour atteindre la vérité. Je pense que d’avoir fait un roman qui jusqu’à la fin soutient très bien l’hypothèse, assez pour faire douter sérieusement des professeurs de philosophie qui m’ont écrit, cela veut dire que j’ai réussi mon coup quelque part.

L.M. : Vous avez dit que ce roman vous hantait depuis plus de trente ans. Qu’est-ce qui vous a tant séduit dans la philosophie de cette femme?

A.F. : Sa conception de la liberté et de la joie. J’ai beaucoup lu Spinoza, surtout L’Éthique parce que c’est un bonheur pour moi de voir que l’humain est libre et responsable, à condition de connaître la nature des choses pour pouvoir y faire face. Comme de connaître ce qu’est réellement la foudre, ne détruit pas la foudre mais nous permet d’y faire face et de s’en protéger. C’est ainsi que la connaissance de ce qui est nécessaire nous permet d’être libre et de parvenir par nous-mêmes à la joie. C’est cela qui m’a vraiment éblouie. De se plier à certaines nécessités est loin d’être une résignation pour moi. Par exemple, je crois que pour persister dans notre identité, la nation québécoise a la nécessité de faire l’indépendance. Si on ne fait pas l’indépendance, nous allons disparaître. C’est une nécessité et nous avons la liberté de la réaliser mais on ne se la donne pas. Pas encore. Je comprends que cinquante ans de lutte, c’est très court dans la vie d’un peuple.

Spinoza est citée abondamment mais sa pensée demeure inconnue au sens où on ne l’a pas lue. Vous savez, une pensée d’une telle puissance et d’une telle envergure, qui mène non pas à la destruction mais à la joie, n’a jamais fait école. Heureusement, il y a toujours la littérature.

BÉNÉDICTE SOUS ENQUÊTE

Andrée Ferretti

Vlb éditeur 

Montréal, 2008, 160pages

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Avortement : les femmes ne sont pas des animaux !

Le récent jugement de la Cour suprême américaine retirant aux femmes la protection constitutionnelle du droit à l’avortement représente une des plus violentes attaques à leur dignité et à leur liberté, que les femmes américaines aient vécue depuis plusieurs décennies. En abandonnant le corps de celles-ci à la guérilla juridique menée par les chrétiens évangéliques dans nombre d’États, ce jugement abject rabaisse les femmes au niveau de l’animalité, à égalité, non plus avec les hommes, mais bien avec les souris, les chattes et les chiennes.

La biologie, un élément essentiel de la « situation » des femmes

De Condorcet en France à Mary Wollstonecraft et John Stuart Mill en Angleterre, on a toujours invoqué la « coutume » ou le manque d’éducation des femmes pour expliquer leur infériorisation. Ainsi la solution proposée résidait dans l’instruction obligatoire et la mixité dans l’éducation, afin que les filles puissent bénéficier des mêmes enseignements et des mêmes chances de promotion sociale que les garçons. 

Ce sera l’une des grandes leçons du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, qui, dès le premier chapitre de son ouvrage, insiste sur l’importance décisive de la biologie dans la vie des femmes et sur la nécessité de pouvoir contrôler leur fertilité afin que cette biologie ne devienne pas un destin figé, où les filles et les femmes subissent des grossesses à répétition et enfantent sans l’avoir choisi.

Alors que chez les autres mammifères, le cycle œstral ne se déroule que pendant une saison, chez la femme, celui-ci a lieu à chaque mois, faisant que « de la puberté à la ménopause, la femme est le siège d’une histoire qui se déroule en elle et qui ne la concerne pas personnellement ». « Sans répit, dira de Beauvoir, la femme ébauche le travail de la gestation ». « Ces données biologiques sont d’une extrême importance : elles jouent dans l’histoire de la femme un rôle de premier plan, elles sont un élément essentiel de sa situation. »

Le droit à l’avortement pour enfanter librement

C’est pourquoi, il ne peut y avoir de liberté et d’égalité pour les femmes sans un contrôle rationnel de leur fertilité et une prise en charge sociale de celle-ci, c’est-à-dire un accès gratuit à la contraception, à l’avortement et aux services de garderie qui soient garantis par l’État, pour permettre aux femmes de décider si elles veulent ou non un enfant, du moment de leur maternité et du nombre d’enfants souhaités. 

Car que peut bien vouloir dire pour une femme poursuivre des études supérieures, décrocher un emploi et avoir une carrière, si elle risque de devenir enceinte chaque mois sans l’avoir voulu ? Honnêtement, quel homme se trouve dans pareille situation ? Aucun, alors que c’est le lot de chaque femme.

Contrôler son corps est l’assise de sa liberté et refuser ce droit aux femmes, comme le font toutes les religions, c’est contraindre celles-ci à enfanter contre leur gré, les abaisser à n’être que des poules pondeuses au service de la famille, de la communauté ou de la nation, qu’importe, et les empêcher d’entrer de plain-pied dans l’humanité. Le scandale, il est là. L’inacceptable, il est là, parce que les femmes ne sont tout simplement pas des animaux ! Et si les chiennes et les chattes, coincées dans leurs poils et leur animalité, enfantent dans la répétition et l’inconscience, les femmes sont, en revanche, des êtres historiques, avec une conscience, des désirs, des projets et une volonté de vivre librement, à l’égal des hommes. 

« Tosca, tu me fais oublier Dieu ! »

Cette petite phrase de Scarpia qui fantasme sur le corps de Tosca dans l’opéra de Puccini résume magnifiquement la criante opposition entre le plaisir sexuel et le ciel. Cela explique pourquoi toutes les religions sont obsédées par le sexe, dont elles redoutent la puissante force d’attraction. Il est leur pire ennemi parce qu’il éloigne de Dieu et ruine l’intérêt pour l’autre monde. Limiter le plaisir sexuel à la stricte reproduction et condamner tout ce qui s’en écarte, telle est l’intention fondamentale de toute religion. 

Il faut donc voir ces idéologies patriarcales comme étant un formidable dispositif de contrôle de la sexualité, particulièrement de celle des femmes, qui occupent une position centrale quant à la reproduction.

Pour parvenir à un tel rétrécissement de la sexualité, les religions doivent contraindre les femmes à la maternité et réprimer toute vie sexuelle qui ne vise que le plaisir. Voilà pourquoi les religions condamnent la contraception, l’avortement et le mariage homosexuel, alors qu’ils font la promotion morale de l’épouse et de la mère comme étant un gage d’accomplissement et d’émancipation pour les femmes. Doit-on alors s’étonner que la contraception et le mariage homosexuel soient dorénavant dans le collimateur des juges conservateurs de la Cour suprême américaine ?

Les femmes, des animaux ? 

Ce qui émane de ce jugement est carrément ignoble parce que les femmes y sont humiliées et déchues de leur humanité. Pendant que l’on dénonce avec raison la maltraitance face aux animaux de compagnie et que l’on exige la fermeture des animaleries pour mettre fin aux usines à chiots, les chrétiens évangéliques veulent interdire la contraception et l’avortement pour transformer les femmes en usines à bébés. Bienvenue dans le meilleur des mondes !

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L’affaire de Chelsea, une mise à feu réussie mais attention à l’explosion !

On croyait avoir tout vu et tout entendu concernant la loi sur la laïcité, mais détrompez-vous chers amis, une nouvelle manche est en train de se jouer et la partie continue. Qui aurait pu imaginer une stratégie aussi vicieuse et malhonnête que celle de l’embauche illégale d’une enseignante voilée par la commission scolaire Western Québec pour transformer celle-ci en premier martyr de la loi 21 et mettre à nouveau en orbite les plus farouches opposants à cette loi ? 

En une seule semaine, la machine médiatique de La Presse et de Radio-Canada s’est emballée pour « fabriquer » et amplifier cette nouvelle, espérant susciter une vague d’indignation et de soutien à l’enseignante, plutôt que de dénoncer son engagement illégal, deux ans après l’adoption de la loi 21. Mais l’objectif principal de ce pilonnage médiatique, c’était de forcer les politiciens à se prononcer sur cet événement, de faire pression sur eux afin qu’ils fassent monter les enchères, condamnent la loi 21 et qu’ils interviennent dans la contestation de celle-ci devant les tribunaux. 

C’est ainsi que l’on a pu comprendre que Justin Trudeau interviendra en Cour suprême après les prochaines élections québécoises et que Jagmeet Singh, qui avait promis lors de la dernière campagne électorale fédérale, de ne pas intervenir devant les tribunaux pour contester la loi 21, a changé son fusil d’épaule et n’écarte plus la possibilité de se mêler des affaires du Québec. Maintenant que les élections fédérales sont passées et qu’il a compris que son Klondike est davantage dans l’Ouest canadien qu’au Québec. 

On apprend même que le maire de Brampton en Ontario, Patrick Brown, dont 70 % de la population appartient à des minorités visibles, a accordé 100 000 $ à certains organismes, dont le Conseil national des musulmans canadiens, qui contestent la loi 21 devant les tribunaux et qu’il a envoyé une lettre aux maires des 100 plus grandes municipalités canadiennes, leur demandant de faire de même, ajoutant qu’il est important de combattre cette loi qui pourrait créer un dangereux précédent. 

Le maire de Toronto lui a emboîté le pas, suivi de ceux de Calgary et Winnipeg. En France, on dit de la mairie : une mosquée, trois mandats. Je vous prédis que le maire de Brampton a au moins deux autres mandats devant lui. 

La loi 21, celle par qui tout nous arrive 

Les insultes

Depuis des décennies, il n’y a pas une seule loi votée au Québec qui a connu autant d’opposition et nous a valu autant de mépris et d’injures que la loi 21. Pour vouloir séparer les religions de l’État, comme on l’a fait avec les catholiques, mais cette fois-ci en incluant l’interdiction du port du voile islamique chez les enseignantes, nous avons reçu les pires insultes ; la loi 21 a été comparée à un génocide ethnique pacifique (!) par le maire d’Hampstead, William Steinberg. Elle a aussi été comparée aux lois de Nuremberg par l’avocat Azim Hussain lors du procès en Cour supérieure, un dangereux prélude au nazisme, semble-t-il. 

De nombreuses manifestations contre cette loi, ont été organisées à Montréal. Sur les pancartes, on pouvait y lire : fascisme, KKK, racisme systémique, islamophobie, populisme, identitaires d’extrême-droite, laïcards. On le dit dans les journaux, sur les réseaux sociaux et même dans les universités. On a même fait un lien entre l’attentat de London en Ontario et la loi 21 au Québec. C’est fou comme on s’amuse quand on défend la laïcité face à l’islam.

La désobéissance civile

Moins d’une semaine seulement après le dépôt du projet de loi 21, notre bon ami Julius Grey, reprend le bâton de pèlerin de Gandhi et de Thoreau pour prôner la désobéissance civile, disant que « s’il y a une loi qui est contraire à notre conscience, vous pouvez désobéir. » Au même moment, le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc, déclarera à l’Assemblée nationale : « La désobéissance civile, ce n’est pas un crime. C’est une tactique qui existe pour contester un projet de loi ou pas. Je ne dis pas que c’est la meilleure stratégie à utiliser. Les gens qui veulent la contester utiliseront cette stratégie s’ils le veulent. » 

Me Grey a même menacé d’entreprendre des démarches auprès de l’ONU pour dénoncer cette loi, ce qui a probablement donné des idées à Bob Rae, ambassadeur canadien à l’ONU, qui a déclaré ces jours-ci sur Twitter que la loi 21 est discriminatoire et qu’elle va à l’encontre de la Déclaration des droits de l’homme.

Se soustraire à la loi 21

En avril 2019, avant même l’adoption de la loi 21, en juin 2019, un front commun des élus de la métropole demandait au gouvernement l’octroi d’un statut particulier pour Montréal, qui lui permettrait de se soustraire à l’application de la loi alors même que l’association des municipalités de banlieue menaçait de ne pas appliquer cette loi.

La commission scolaire de Montréal (CSDM) s’opposait à la loi et demande au gouvernement, quatre jours après son adoption, un délai d’un an avant de se conformer à celle-ci. Ce qui lui sera refusé. 

Le Canada se mêle de nos affaires

En novembre 2019, les élus à Queen’s Park (Ontario) réclament l’abrogation de la loi 21. Deux jours après, le gouvernement manitobain de Brian Pallister lance des publicités dans les journaux et les médias numériques, invitant les fonctionnaires du Québec à déménager au Manitoba. À « Winnipeg, où les nuits sont longues … » comme dans la chanson ! Deux jours après, le maire d’Edmonton (Alberta) applaudit la sortie du premier ministre manitobain contre la loi 21. En février 2020, le conseil municipal de la ville d’Ottawa dénoncera à son tour la loi 21.

Novembre 2020, début du procès contre la loi 21 : le combat de David contre Goliath

Intervenants en défense de la loi 21 : 

Le gouvernement du Québec, le Mouvement laïque québécois (MLQ) et Pour les droits des femmes-Québec (PDF-Q).

Intervenants contre la loi 21 : 

Ichrak Nourel Hak, Amrit Kaur, Andréa Lauzon, Hakima Dadouche, Bouchera Chelbi, Mubeenah Mughal, Pietro Mercuri, Corporation of the Canadian Civil Liberties Associations, National Council of Canadian Muslims, World Sikh Organization of Canada, Amnistie international section Canada francophone, Commission canadienne des droits de la personne, Quebec Community Groups Network, Association de droits Lord Reading, Comité juridique de la Coalition inclusion Québec, English Montreal School Board et la Fédération autonome de l’enseignement.

La clause dérogatoire, le nœud de la guerre

N’eut été de la clause dérogatoire, la loi 21 aurait été invalidée en entier par le juge Marc-André Blanchard. Il faut savoir que cette clause ne permet pas au législateur de se soustraire à la totalité des articles de la Charte canadienne mais uniquement à l’article 2 et ceux allant de 7 à 15, où ce dernier article interdit notamment la discrimination basée sur un motif religieux.

Pour le dire simplement, le juge dont le jupon dépassait tout au long du procès a donné raison aux opposants à la loi qui ont appuyé leur requête sur des articles auquel le législateur ne pouvait pas déroger.

La loi 21, celle par qui tout adviendra

De toute évidence cette cause est de première importance pour l’ensemble du Canada parce que si la Cour suprême validait la loi 21, cela modifierait de façon significative et substantielle la jurisprudence canadienne. 

Dans l’hypothèse où la loi 21 serait déclarée constitutionnelle, cela autoriserait toutes les provinces canadiennes à légiférer de la même façon que le Québec. Quand on sait que plus de 40 % de Canadiens donnent leur appui à la loi 21, on comprend que l’enjeu soit énorme pour les lobbys religieux qui font pression sur les élus à travers tout le Canada pour qu’ils condamnent cette loi. C’est de ce « dangereux précédent » dont parle le maire de Brampton.

À l’inverse, si la loi 21 était déclarée inconstitutionnelle, nos adversaires auraient gagné non seulement le droit constitutionnel d’invalider la loi 21 au Québec, mais également celui d’empêcher toutes les autres provinces canadiennes à pouvoir légiférer dans le même sens.

La clause dérogatoire protège la loi 21 et soyons assurés que c’est sur celle-ci, davantage que sur la laïcité, que va se concentrer les efforts des opposants à cette loi. D’abord, on essaie de nous convaincre de l’inutilité de celle-ci. C’est d’ailleurs ce que nous ont dit Julius Grey et Charles Taylor et c’est exactement ce que nous martèlent des chroniqueurs de La Presse, tels Yves Boisvert et Michel C. Auger, depuis une semaine. On va l’entendre encore et souvent, croyez-moi.

L’idée c’est d’amener le gouvernement Legault à devoir prouver l’utilité de sa loi et de devoir démontrer qu’il est donc pleinement justifié d’utiliser la clause dérogatoire. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, un gouvernement peut se prévaloir de la clause dérogatoire sans avoir à se justifier d’aucune façon. Et c’est justement cela que les avocats des opposants vont attaquer en Cour suprême en demandant aux juges de baliser et d’imposer des limites à cette fameuse clause dérogatoire. 

Je l’ai déjà dit et je le répète, cette bataille autour de la loi 21 constitue un formidable tremplin vers l’indépendance. Parce que c’est à travers elle que l’on va faire la démonstration la plus éloquente de notre aliénation dans le régime fédéral et que c’est aussi à travers elle que nous retrouverons le goût, la force et la fierté de se donner un pays.

Michel C. Auger concluait un de ses plus récents articles en disant que « Le premier ministre Legault ne s’aide certainement pas en répétant chaque fois qu’on lui en parle que la loi 21 est populaire. Sauf, ajoutait-il, que les chartes des droits existent précisément pour protéger les minorités contre des lois injustes mais populaires pour la majorité. Un sondage, devant un tribunal, ça ne pèse pas lourd. » 

Mais, croyez-moi, quand cette majorité va se lever, on verra bien que ce n’est pas qu’un sondage. Pour une raison fort simple. L’arrogance et le mépris ont assez duré. Nous en avons assez. Attention à l’explosion ! …

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Culture et citoyenneté québécoise : objectif Terre !

Vous pensez à Tintin ? En fait, il s’agit plutôt de Prévert. En prenant connaissance des orientations du nouveau programme Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) en remplacement du cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR), je n’ai pu m’empêcher de penser aux toutes premières phrases de son Pater Noster« Notre Père qui êtes aux cieux. Restez-y. Et nous nous resterons sur la terre. Qui est quelquefois si jolie ». 

Contrairement au cours ECR, ce nouveau cours va s’ancrer avec bonheur non seulement dans notre histoire et notre culture mais aussi sur la terre, délaissant le ciel et la valorisation des arrières-mondes pour une approche résolument séculière, qui s’inscrit dans l’horizontalité, avec des thèmes bien actuels couvrant les multiples facettes de la vie en société et dont le fil conducteur est, comme l’a affirmé le ministre Roberge, celui d’une éducation à la citoyenneté. 

La citoyenneté, un concept politique 

La citoyenneté est ce qui définit l’individu dans son rapport à l’État, avec ses droits et ses devoirs, et qui par l’exercice de ceux-ci, le fait accéder à la communauté politique. Un citoyen est plus qu’un simple individu. C’est celui qui, conscient de son histoire, de sa culture, des valeurs partagées et du rôle des institutions publiques, a acquis non seulement une maturité politique mais aussi le sentiment d’appartenance à une grande communauté, celle de la nation.

La citoyenneté nous place au cœur de la tradition républicaine, où l’État garantit à tous et à chacun, l’égalité en droit et en dignité, indépendamment de ce qui le distingue, que ce soit le sexe, la race, l’orientation sexuelle ou encore la religion, etc. Organiser la vie sociale et politique selon l’exigence de l’universalisme, en misant sur ce que nous avons en commun, la citoyenneté.

Bâtir ce nouveau programme autour de la citoyenneté implique donc de rompre avec la vision libérale du cours d’ECR dans laquelle il n’y a que des individus qui se définissent en fonction de leurs particularismes religieux, mettant ainsi l’accent sur ce qui les différencie, ce qui a pour effet de miner la cohésion sociale.

La liberté de conscience ou la possibilité d’un monde sans Dieu

Il existe une liberté encore plus fondamentale que la liberté religieuse et dont le cours d’ECR ne dit mot, c’est la liberté de conscience. Elle se définit comme le droit de croire ou de ne pas croire, incluant celui de changer de religion ou de l’abandonner. Cette liberté est, par principe, antérieure à la liberté religieuse puisqu’elle reconnaît le droit de ne pas croire, posant ainsi la possibilité d’un monde sans Dieu, celui de l’athéisme, un monde où l’homme se réapproprie sa vie et assume ses choix. Un monde où sa liberté et sa responsabilité sont totales et dans lequel l’éthique est enfin débarrassée de la théologie.

Cette liberté de conscience n’est pas banale puisqu’elle est également au cœur de la posture laïque, car si l’on sépare la religion de la politique, c’est justement pour préserver la liberté de conscience de chaque citoyen. Ainsi la laïcité pourra être expliquée dans les écoles et ce sera une première au Québec, où l’éducation à la laïcité manque cruellement.  

Alors que tout dans le programme, supposément sans biais, du cours d’ECR pointait dans la même direction, celle d’un monde avec Dieu, on a volontairement ignoré la liberté de conscience, l’athéisme et la laïcité pour se consacrer à la seule promotion du fait religieux et normaliser l’existence d’un autre monde. Avouez que comme neutralité, il est difficile de faire pire … Fort heureusement, le nouveau programme CCQ propose de corriger ces lacunes inacceptables.

La religion comme fait social 

Contrairement au cours ECR, le nouveau cours CCQ n’accorde pas à la religion de statut privilégié mais propose plutôt de l’aborder comme un fait sociologique et de la traiter au même titre que la culture ou la science. Qui sait, peut-être que les élèves en discutant de dilemmes moraux pour développer leur esprit critique découvriront que les religions prescrivent des positions éthiques sexistes et homophobes, anti-contraception, anti-avortement et opposées à « mourir dans la dignité » ? Parce que dans une perspective profane, où la religion ne tombe pas du ciel et qu’elle n’est pas coulée dans le béton de la révélation, rien ne justifie d’accorder à celle-ci un statut épistémique particulier qui l’exempterait de tout examen critique. 

Traiter la religion comme un fait social parmi d’autres, c’est aussi rompre avec l’idée largement répandue par le cours d’ECR, qu’il n’y a que la religion qui ait la compétence dans le traitement des questions du sens comme celle de la mort, de l’origine et de la finalité de l’univers. Cette prise de position n’est pas sans rappeler les propos de Benoît XVI dans son célèbre Discours de Ratisbonne (2006), dans lequel il déclarait que les interrogations concernant l’éthos ne trouvent pas de place dans les sciences et donc que celles-ci sont insuffisantes pour construire une éthique. Ce nouveau cours CCQ permet toutefois d’envisager d’autres perspectives pour traiter des questions ultimes, notamment celle de la science ou des philosophies matérialistes. 

« Entrer en citoyenneté »

Les orientations du cours de Culture et citoyenneté québécoise présentent un projet ambitieux, non pas tant par la quantité de thèmes qui s’étaleront sur dix années, que par la profondeur des réformes annoncées et l’ouverture aux nouveau thèmes qu’elles génèrent.

En effet, en faisant de la citoyenneté le vecteur principal de cette refonte, ce nouveau cours invite à un changement de paradigme, marquant ainsi une rupture radicale d’avec le libéralisme anglo-saxon qui sous-tendait le cours d’ECR pour passer à celui du républicanisme français, hérité des Lumières et dans lequel la grande majorité des Québécois se reconnaît davantage.

Nombreux ont été ceux qui jusqu’à maintenant accusent le gouvernement Legault de vouloir instrumentaliser ce cours à des fins politiques. Il faudrait peut-être prendre un peu plus de hauteur pour s’apercevoir que ce cours propose d’amener les élèves à pouvoir exercer leur citoyenneté pleine et entière, c’est-à-dire de les amener à devenir des Sujets politiques au sens le plus noble du terme.

S’il fut une époque au Québec où l’un des rôles de l’école était de nous faire « entrer en religion », le temps est maintenant venu d’assumer pleinement l’héritage des Lumières et de nous faire « entrer en citoyenneté ».

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L’islamisme n’est pas une lubie islamophobe 

J’aimerais ici revenir sur certaines affirmations présentées dans la réplique de Michel Seymour, «L’envahissement de l’islamophobie », publiée dans La Presse le 20 septembre, en réaction à mon texte « L’envahissement de l’islam politique n’est pas une psychose », publié le 16 septembre. 

Selon Michel Seymour, « les attentats terroristes ne seraient pas la preuve d’une tentative d’envahissement de l’islam politique mais plutôt la réaction contre l’envahissement du Moyen-Orient par l’Occident. » Une réaction à la suite des interventions et de l’ingérence américaine, française et britannique dans cette région. 

Des attentats en pays musulmans

Mais que penser alors des nombreux attentats terroristes islamiques qui ont eu lieu depuis les années 80 au Moyen-Orient et en Afrique, en Inde, en Algérie, où 200 000 personnes ont été tués lors de la décennie noire, en Égypte contre les chrétiens coptes et en Irak contre des musulmans chiites ? C’était une réaction à quoi au juste ? 

Et que penser du vent de liberté qui a soufflé sur plusieurs pays arabes en 2011, lors des printemps arabes, et qui a été étouffé par les islamistes ? En Égypte, par exemple, où en 2012, avec le soutien du Qatar (3 millions de dollars), les Frères musulmans ont installé Morsi à la présidence du pays, qui a été renversé l’année suivante par l’armée et remplacé par le maréchal Sissi, avec le soutien financier de l’Arabie saoudite et du Koweit (12 milliards de dollars) ?

Ces rivalités entre le Qatar et l’Arabie saoudite sont bel et bien l’expression d’un califat jihadiste mené d’abord dans des pays musulmans pour islamiser les populations, et qui s’est transporté en Europe au cours des dernières décennies, où celle-ci est devenu le théâtre d’une concurrence entre ces deux puissances qui ambitionnent d’imposer leur vision fondamentaliste de l’islam aux musulmans d’Europe afin de contrôler le « marché de l’islam » dans les pays d’immigration et de poursuivre leur objectif ultime vers le califat.

Des lobbies islamiques mondiaux : l’OCI et l’ISESCO 

L’Organisation de la coopérations islamique (OCI), créée en 1969, en Arabie saoudite, est une sorte de Nations Unies du monde musulman qui regroupe 57 pays musulmans (sunnites et chiites) ayant pour but de défendre les intérêts de ces pays auprès d’autres pays, des instances internationales et des représentant politiques.

En Europe et en Occident, l’OCI est parrainée principalement par la Turquie et l’Arabie saoudite et elle a pour objectif de préserver l’identité islamique des communautés musulmanes afin d’éviter que celles-ci adoptent les valeurs occidentales, espérant ainsi que la protection de cette identité islamique serve également à des fins de prosélytisme religieux.

Dans un manuel de l’OCI appelé « Stratégie de l’Action culturelle islamique en Occident », l’OCI affirme « que les communautés d’immigrants musulmans en Europe font partie de la nation islamique » et recommande « une série de mesures visant à empêcher l’intégration et l’assimilation des immigrants dans la culture européenne ».

Vu sous cet angle, le hijab apparaît comme un élément important dans la construction de l’identité islamique de même qu’un puissant vecteur de propagation d’un islam fondamentaliste. En ce sens, il acquiert une connotation politique indéniable et ne peut être considéré comme un simple vêtement. Mais pour Michel Seymour, cette interprétation ne serait que le fruit d’une imagination débordante.  

Ajoutons ici qu’en opposition avec la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, l’OCI a adopté, en 1990 au Caire, une Déclaration des droits de l’homme en islam qui stipule que « tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis aux dispositions de la charia » (art.24) et « la charia est l’unique référence pour l’explication ou l’interprétation de l’un quelconque des articles contenus dans la présente Déclaration » (art. 25). En bref, que c’est la charia qui est la source de toute législation.

L’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO), une sorte d’Unesco de l’islam, initiée en 1981 par le Maroc et l’Arabie saoudite, est une filiale de l’OCI. S’adressant à des musulmans vivant dans des pays non musulmans, elle a pour objectif de promouvoir et de consolider chez les jeunes musulmans une identité islamique qui les dissuaderait d’adopter des valeurs et un style de vie qui ne seraient pas en conformité avec l’islam. 

Des textes officiels de l’ISESCO, consultables en ligne, décrivent d’ailleurs les différentes stratégies culturelles pour islamiser les jeunes, notamment le document « Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du Monde islamique».

Loi 21 et parents musulmans

Les parents musulmans qui ont témoigné l’automne dernier pour le Mouvement laïque québécois (MLQ) au procès contre la loi 21, ont défendu résolument cette loi et l’interdiction du port de signes religieux chez les enseignantes et les enseignants, expliquant au juge Blanchard qu’ils ne souhaitaient pas que leurs enfants soient soumis à un prosélytisme religieux qui les enfermerait dans une identité islamique qui ne serait ni leur choix ni celui des parents. 

C’est de cela dont ils parlaient, de cette pression d’un islam politique qui pourrait s’exercer sur leurs enfants, pas sur les Tremblay du Lac Saint-Jean, mais sur les enfants de parents musulmans et auquel le juge n’a malheureusement rien compris. 

Orientalisme imaginaire 

Parler de cela, est-ce de l’islamophobie ? Pour Michel Seymour, il semblerait que si. Nous considérons qu’une telle lecture doit pouvoir se faire sans subir les soupçons d’islamophobie.  Certains progressistes valorisent un Orient imaginaire qui serait émancipateur du seul fait qu’il s’oppose à l’Occident. Il faudrait peut-être aller au-delà de cela …

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L’envahissement de l’islam politique n’est pas une psychose

Dans l’article de Nicolas Bérubé « Comment le 11-Septembre a changé le Québec », paru dans La Presse le 7 septembre, le journaliste invite Michel Seymour à exposer son point de vue sur cette question. 

Seymour dira que depuis les attaques terroristes du 11-Septembre, « il y a eu une montée internationale de l’islamophobie et que chez certains intellectuels français et québécois, on a commencé à sentir une sorte de psychose de l’envahissement de l’islam politique, qui curieusement n’arrive pas. » 

Il ajoutera que c’est dans ce contexte que le projet de Charte des valeurs et la loi 21 sont apparues. Non pas que ceux-ci soient islamophobes, précise Seymour, mais que l’argumentaire développé par Djemila Benhabib disant que l’islam politique allait s’installer au Québec et par Fatima Houda-Pepin, qui soutenait que toutes les mosquées du Québec étaient subventionnées par l’Arabie saoudite et qu’on y enseignait le salafisme, avait une teneur islamophobe et contribuait à l’apparition de groupuscules d’extrême-droite au Québec. Bref, Michel Seymour laisse entendre que cette peur de l’islam politique n’est pas fondée et que ceux qui l’alimentent sont islamophobes. 

Alors que vient de s’ouvrir en France le procès des attentats de Paris de novembre 2015, qui ont fait plus d’une centaine de victimes, où le témoin principal, Salah Abdeslam, s’est présenté comme un combattant de l’État islamique et alors que nous venons de commémorer les vingt ans des attaques du 11-Septembre perpétrées par 19 djihadistes d’Al-Qaïda et qui ont fait presque 3000 victimes, ces propos de Seymour ont de quoi faire bondir. 

L’islam politique en France 

Dans la foulée de la commission Stasi (2003), Jean-Pierre Obin, alors inspecteur général à l’Éducation nationale, s’est vu chargé d’une mission ayant pour but de dresser un état des lieux sur l’islamisation à l’école. Son équipe a visité 61 collèges et lycées publics, rencontrant la direction, des enseignants ainsi que des responsables de la vie scolaire. Elle constate qu’une montée en puissance du phénomène religieux dans les quartiers, notamment chez les jeunes, a un réel impact sur l’école, citant les tenues vestimentaires exprimant une identité religieuse, l’exigence de viande halal à la cantine, le prosélytisme en période de ramadan, le refus de la mixité et la contestation de certains enseignements. 

En 2020, dans son livre Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école, Obin reviendra sur le sujet, notant une progression depuis 2004, alors qu’à travers les parents, même l’école primaire est maintenant touchée par de multiples atteintes à la laïcité.

En 2015, Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, publie Terreur dans l’Hexagonedans lequel il fait la genèse du djihad français de 2005 à 2015. Il y dénonce la radicalisation islamique et affirme que « l’exacerbation identitaire de la norme salafiste importée d’Arabie saoudite et exprimée dans le comportement et la consommation, constitue un modèle de rupture d’avec les valeurs de la société mécréante. » Pour Kepel, cette rupture salafiste est en arrière-plan des actes de terrorisme.

En 2019, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot publient Qatar Papers ou comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe, un livre qui documente minutieusement le prosélytisme religieux du Qatar en dehors de ses frontières. Des révélations chocs, à la suite d’une masse importante de documents coulés par un lanceur d’alerte et qui montrent comment, à travers l’ONG Qatar Charity, le Qatar finance de nombreuses associations proches des Frères musulmans. 

Les pays européens les plus ciblés par ces investissements religieux sont : l’Italie (47 projets), la France (22), l’Espagne et la Grande-Bretagne (11 chacune), l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine (6 chacune), la Suisse (5), la Belgique (3) et les Pays-Bas (2). Et le Canada n’est pas en reste avec 8 centres islamiques construits par Qatar Charity. 

En 2020, paraît le livre Les territoires conquis de l’islamisme sous la direction de Bernard Rougier, universitaire et directeur du Centre des études arabes et orientales, dans lequel on y décrit tout l’écosystème des réseaux islamiques au sein des quartiers populaires en montrant « comment se fait le maillage des lieux de culte à ceux de loisir et d’activités professionnelles pour en arriver à la constitution de territoires de l’islam en rupture d’avec la société française. »

L’islam politique au Canada 

En 2007 paraissait le livre Montréalistan – Enquête sur la mouvance islamiste du journaliste Fabrice de Pierrebourg. On y apprenait que depuis le 11-Septembre 2001, le Canada, et Montréal en particulier, s’est retrouvé au centre de plusieurs enquêtes internationales sur le terrorisme. On y retrouve également les noms de plusieurs imams salafistes ou fréristes qui ont fait les manchettes à cette époque et qui prêchaient en faveur de la charia dans des mosquées qui ont pignon sur rue à Montréal. Pensons à Salam Elmenyawi qui souhaitait instaurer un Conseil de la charia au Québec alors qu’en Ontario, en 2004, on a tenté d’instaurer des tribunaux islamiques.

En 2015 est publié Djihad.ca de Fabrice de Pierrebourg avec Vincent Larouche. Se basant sur de nombreux témoignages ainsi que des documents d’enquête de la GRC, ces journalistes exposent des individus qui, par leur propagande et leur action, constituent une menace pour notre démocratie et notre sécurité nationale. 

On y apprend, par exemple, que le gouvernement canadien avait la preuve qu’entre 2005 et 2009, l’IRFAN, organisation basée à Mississauga, en Ontario, a transféré 14,6 millions de dollars à des organisations associées avec le groupe terroriste Hamas.

Qui a peur de l’islam politique ?

Le peuple ? L’extrême-droite ? Détrompez-vous, ce sont les universitaires qui préfèrent ne pas enquêter sur ce sujet. Doit-on s’étonner que dans ce pays où l’on brûle les livres, les travaux d’intellectuels et d’universitaires sur l’islam politique soient inexistants. La montée en puissance de l’islam politique est un phénomène mondial qui n’épargne ni le Québec ni le Canada. Soutenir le contraire, comme le fait Michel Seymour, revient à faire preuve d’aveuglement et d’irresponsabilité. 

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Bilinguisme des juges : Je porte plainte contre la juge Rondeau

J’ai déposé une plainte au Conseil de la magistrature du Québec contre la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau qui, la semaine dernière, a divulgué et commenté dans les médias des échanges privés entre elle et le ministre de la Justice, à propos du bilinguisme des juges, allant même jusqu’à accuser le ministre, d’intrusion dans son pouvoir exclusif et d’atteinte au principe de l’indépendance judiciaire.

Par cette sortie publique inhabituelle et pour le moins déplacée, la juge Rondeau a manqué à son devoir de réserve en plus de mettre en danger l’indépendance judiciaire, violant ainsi plusieurs articles du code de déontologie de la magistrature. Sachant que les critères d’embauche des juges relèvent de la responsabilité du gouvernement, on peut se questionner sur les raisons d’une telle sortie.

Alors que nous attendons de la part du ministre Jolin-Barrette l’annonce de nouvelles mesures visant à renforcer la protection du français au Québec, cette sortie intempestive de la juge Rondeau sur le bilinguisme des juges constitue non seulement un manquement à l’indépendance judiciaire mais révèle également le rôle politique, partisan et militant de certains représentants de la justice. Quand on sait en plus que cette juge a fait une vidéo promotionnelle pour la Lord Reading ( https://vimeo.com/297252858 ), une association anti-loi 101 et anti-loi 21, et qu’elle tarde à respecter cette loi 21, on est en droit de demander une enquête.

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L’université, lieu de pouvoir et de contre-pouvoir

Les événements récents faisant état de cas censure à l’université ont soulevé, avec raison, la colère et l’indignation de bien des gens, nous rappelant l’importance de protéger la liberté d’enseignement au sein d’une institution vouée à la recherche de la vérité, à la production du savoir et à la transmission des connaissances. 

Cette vision quelque peu idyllique de l’université, qui semble encore largement partagée, correspond de moins en moins à ce que devient cette institution, qui est depuis nombre d’années travaillée et minée dans ses fondements par l’irruption des études postcoloniales et dont la pratique de la censure n’est que le symptôme le plus apparent.

Le problème va bien au-delà d’une minorité d’étudiants radicaux et il est bien plus profond qu’on ne le croit puisqu’il correspond à un changement radical de paradigme sur lequel repose l’enseignement universitaire.

La vérité n’existe pas

C’est l’un des principaux postulats de la pensée moderne qui caractérise les études postcoloniales. Il n’y a plus de vérité, rien que des interprétations. La recherche de la vérité suppose que chaque chose possède une essence, une nature propre que l’on va découvrir progressivement et que ces vérités seront universelles et intemporelles, c’est-à-dire qu’elles seront vraies partout et en tout temps. 

Or, cette conception de la vérité, qui nous a été donnée par la science classique et qui fut reprise par les penseurs des Lumières, est aujourd’hui mise à mal par le courant postcolonial pour lequel il n’y a plus de vérité, plus de savoir neutre, objectif et universel, plus de normes communes neutres ou naturelles, mais rien que des interprétations qui s’affrontent et pour lesquelles chaque énoncé devient un exercice politique.

Ainsi, le savoir se transforme en pouvoir et la raison est supplantée par la volonté de dominer. Vous aurez compris qu’ici nous avons quitté le champ de la connaissance et de l’épistémologie pour celui de la politique et de l’idéologie.

La pensée postcoloniale, qui nous vient des universités américaines, puise ses racines intellectuelles chez les penseurs de la French Theory, tel Michel Foucault dont l’influence est immense. Réfutant toute ontologie, ce dernier avance qu’il n’y a rien qui soit pourvu d’une essence ou d’une nature quelconque qui existerait en dehors de l’histoire et que le normal et l’anormal s’expliquerait par des mécanismes de domination à une époque donnée. Ainsi la normalité serait fabriquée dans l’intérêt des structures de pouvoir.

Voilà pourquoi, dans la pensée postcoloniale, le savoir universel devient un savoir particulier, un savoir qui se fait passer pour neutre alors qu’il est le reflet d’une culture hégémonique majoritaire. Un savoir dominant, blanc, mâle, hétérosexuel qui, par le regard qu’il porte sur l’autre, le constitue en dominé. Voilà pourquoi le recteur Frémont disait que « les membres des groupes dominants n’ont pas la légitimité pour décider de ce qui constitue une micro-agression ». 

Et voilà pourquoi on interdit aux Blancs de jouer des rôles d’Autochtones comme dans Kanata. Parce que le dominant projette une image du dominé et que, comme le disaient Franz Fanon et Albert Memmi, le colonisateur renvoie aux colonisés le portrait du colonisé. Justin Trudeau appelle cela les préjugés inconscients du racisme systémique.

Ce courant postcolonial va donc faire de l’identité le surdéterminant dans l’analyse d’une question et déboucher nécessairement sur une politique des identités.

Décoloniser le savoir dominant 

La pensée postcoloniale a un objectif bien précis qui n’a rien à voir avec la connaissance ou la recherche de la vérité. Il ne s’agit plus de connaître le monde mais bien de le transformer. Ce qui importe ici ce n’est pas de débattre ni d’argumenter pour convaincre, mais plutôt d’imposer son point de vue pour reformater les esprits. Neutraliser et mettre en échec le savoir dominant, voilà l’objectif politique inavoué. 

De quelle façon ? En exigeant la censure de certains mots ou titre de livres prononcés dans un cadre scolaire. En demandant le retrait de certaines œuvres à l’étude. En demandant le renvoie des professeurs qui refusent de se censurer. En remettant en question le corpus académique classique. En déboulonnant des statues. En pratiquant la cancel culture qui force l’expulsion du débat public de ceux que l’on veut faire taire. En refusant aux Blancs toute légitimité pour parler des minorités. En accusant des artistes d’appropriation culturelle. En pratiquant le lynchage en meute sur les réseaux sociaux, insultant et accusant de racisme quiconque ne souscrit pas au credo de la pensée postcoloniale. 

Ces stratégies d’intimidation sont d’une violence inouïe et portent un ambitieux projet de réingénierie sociale qui n’épargne aucun domaine ; l’histoire, la littérature, les arts, la philosophie, la sociologie, la science politique, les études féministes et l’anthropologie étant les disciplines les plus contaminées. Et c’est sans compter les médias, les partis politiques, les syndicats, le milieu féministe, le milieu culturel et même juridique.

Cette tendance est lourde et déjà bien installée dans des lieux de pouvoir. Elle ne disparaîtra pas et ira en s’accentuant. On peut s’attendre à ce que l’université qui forme l’élite de demain devienne un champ de bataille où l’ensemble des savoirs, même les sciences dures, n’échapperont pas à ce courant de décolonisation. Vous en doutez ?

Il existe à l’Université Concordia un projet de recherche « Decolonizing Light » qui étudie la reproduction du colonialisme dans et à travers la physique contemporaine et dans l’enseignement supérieur de la physique. Allez-y voir !

24 février 2021

Publié dans Articles, Éducation, Liberté d'expression | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire