Audition à la Commission parlementaire sur le projet de loi no 62

http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-parlementaires/travaux-commissions/AudioVideo-69849.html

Mémoire présenté par le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité

Commission des Institutions chargée de tenir des auditions publiques dans le cadre d’une consultation générale sur le projet de loi n°62

Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements religieux dans certains organismes

Novembre 2016

Présentation

Le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (Cciel) est un club politique qui a été créé en 2009. C’est une organisation indépendante qui regroupe des citoyennes et des citoyens qui croient résolument à la nécessité de la laïcité et de l’égalité comme fondements de la démocratie. Notre conception de la laïcité est d’inspiration républicaine, où les gens sont égaux selon la loi et non différents selon leur religion.

Objectifs
Le Cciel a pour objectif général l’adoption d’une Charte de la laïcité. Il a d’ailleurs été le premier à proposer, en 2010, lors de sa participation à la Commission parlementaire sur le projet de loi 94, un projet de Charte de la laïcité.

Ses interventions reposent sur quatre principes fondamentaux :

1- La liberté de conscience qui permet à tous de choisir ou non une option religieuse ou humaniste, d’en changer ou d’y renoncer.

2- L’égalité entre les individus, particulièrement l’égalité entre les femmes et les hommes, qui est un principe universel auquel les Québécois sont profondément attachés et qui est mis à rude épreuve depuis plusieurs années par certains accommodements religieux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, en 2008, le gouvernement du Québec a modifié le préambule de la Charte des droits et liberté de la personne afin de préciser que « l’égalité entre les femmes et les hommes et la reconnaissance des droits et libertés dont ils sont titulaires constituent le fondement de la justice, de la liberté et de la paix » et ajouté une clause interprétative spécifiant que « les droits et libertés énoncés dans la présente Charte sont garantis également aux femmes et aux hommes (art. 49.2).

3- La démocratie qui implique que les lois civiles ont préséance sur les lois religieuses et que nul ne peut déroger aux lois civiles pour des motifs religieux.

4- L’intégration de tous les individus à un espace commun citoyen au-delà de leurs croyances et de leurs convictions. Ce qui favorise le partage de valeurs et le vivre-ensemble plutôt que le communautarisme.

Le projet de loi n°62

La neutralité religieuse de l’État québécois; une neutralité qui favorise les religions

Dans ce projet de loi, le gouvernement exige à l’article 4 « qu’un membre du personnel d’un organisme public doit faire preuve de neutralité religieuse dans l’exercice de ses fonctions ».

Mais de quelle neutralité religieuse parle-t-on lorsque le gouvernement finance à hauteur de 60 % les écoles privées confessionnelles ? De quelle neutralité parle-t-on lorsque le gouvernement subventionne des écoles musulmanes qui imposent le port du voile à des fillettes dès l’âge de neuf ans? Est-ce ainsi que le gouvernement entend respecter la Charte québécoise des droits de la personne qui a été modifiée en 2008 pour y inclure le principe d’égalité entre les femmes et les hommes ? Est-ce ainsi que le gouvernement entend protéger la liberté de conscience des enfants qui doit justement être garantie par la neutralité religieuse de l’État ?

De quelle neutralité parle-t-on lorsque le gouvernement subventionne des écoles juives qui ne respectent pas le régime pédagogique, privilégiant pour les enfants, surtout les garçons, un enseignement religieux auquel ils sont destinés, les privant ainsi du droit à la même éducation que n’importe lequel autre enfant québécois ? Et de quelle neutralité parle-t-on quand, de 2007 à 2013, le réseau de garderies familiales hassidiques a bénéficié de 20 millions de l’État québécois?

De quelle neutralité religieuse de l’État parle-t-on lorsque le gouvernement accorde des exemptions fiscales pour les organismes de bienfaisance ? Il y aurait près de 16 000 organismes de bienfaisance au Québec et ce sont les organisations religieuses qui bénéficient le plus de la dépense fiscale liée aux dons de bienfaisance. C’est sans compter que les organismes religieux profitent également d’autres allègements fiscaux, étant exemptés d’impôts sur le revenu, de taxes foncières, municipales et scolaires et qu’elles peuvent récupérer une partie des taxes à la consommation qu’elles devraient autrement être tenus de payer.

Le journaliste Francis Vaille de La Presse a tenté d’évaluer ce que ces exemptions signifiaient pour le gouvernement du Québec. Dans un article intitulé Le fisc n’est pas laïque (La Presse, 18 septembre 2013), il a estimé que ces mesures coûtaient probablement entre 50 et 100 millions de dollars par année au gouvernement du Québec et aux municipalités.

Selon lui, les dons faits par les contribuables aux organismes religieux connus donnent droit à un crédit d’impôt, tant au fédéral qu’au provincial, de 32,5 % pour la première tranche de 200 $ et de 48,2 % pour la portion qui excède 200 $. Autrement dit, sur un don de 1 000 dollars, par exemple, le fisc paie 450 dollars.

Le fisc exempte les organismes religieux de l’impôt sur le revenu, dont le taux d’imposition serait de 19 % pour la plupart, et Revenu Québec leur accorde un remboursement de 50 % de la TPS et de la TVQ payées sur leurs achats.

Les lieux du culte sont exemptés de l’impôt foncier et les membres d’un ordre religieux (prêtre, imam, etc.) peuvent déduire les dépenses qu’ils consacrent à leur logement jusqu’à un maximum de 10 000 dollars par année, soit l’équivalent d’un loyer de 833 dollars par mois. Selon Francis Vailles, le gouvernement du Québec évalue cet avantage à 3 millions de dollars par année.

Seulement pour les crédits pour les dons, l’exemption fiscale sur les revenus et la déduction pour le logement, le montant des avantages accordés par le gouvernement du Québec s’élèverait à 100 millions de dollars. À cela, il faut ajouter le remboursement pour la TVQ/TPS et l’exonération des taxes foncières, municipales et scolaires.

Comment un gouvernement peut-il exiger le respect de la neutralité religieuse des membres de son personnel alors qu’il accorde de tels privilèges aux religions et subventionne généreusement les écoles privées confessionnelles avec les fonds publics ? De quelle neutralité parle-t-on quand un gouvernement favorise les croyances de certains avec l’argent de tous ?

De quelle neutralité religieuse parle-t-on, quand dans les services de garde à l’enfance, ce projet de loi va permettre un régime alimentaire fondé sur des préceptes religieux tirés de la Torah et du Coran alors que dans les institutions de l’État la loi civile doit primer sur la loi religieuse et qu’en conséquence, seul le guide alimentaire canadien devrait tenir lieu de référence dans la préparation des menus?

De quelle neutralité parle-t-on quand les employés de l’État peuvent porter des signes religieux ostentatoires dans l’exercice de leur fonction, passant outre au devoir de réserve qui incombe à ceux qui incarnent l’État ?

De quelle neutralité parle-t-on quand il y a toujours le crucifix de Duplessis qui trône au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale ?

De quelle neutralité parle-t-on quand de puissants lobbys religieux tels le Secrétariat aux affaires religieuses (SAR) et le Comité sur les affaires religieuses (CAR) font partie de la structure du ministère de l’Éducation et qu’ils ont été les principaux artisans du cours Éthique et culture religieuse (ECR) visant à maintenir la présence du religieux dans le programme scolaire des écoles publiques ?

Ces nombreux exemples illustrent à quel point l’État québécois n’est pas neutre en matière religieuse puisqu’il favorise les religions et les croyants, ce qui est en contradiction flagrante avec ce que le projet de loi no° 62 exigerait des membres de son personnel. Nous sommes ici en présence d’un gouvernement qui exige de ses employés ce qu’il est incapable de faire lui-même.

Mais le plus troublant est le fait que le gouvernement ne semble pas y voir d’incohérence, qu’il semble même indifférent à tous ces faits qui sont de toute évidence une entorse à la neutralité religieuse de l’État. Troublant aussi le fait que ce gouvernement parle de neutralité de l’État et qu’il ne songe pas à légiférer sur aucune de ces questions.

L’État se décharge de ses responsabilités sur les membres de son personnel

Ce projet de loi ne porte pas sur la neutralité de l’État. Il ne concerne que le respect que doit avoir un membre du personnel face aux religions, à savoir « qu’il doit veiller à ne pas favoriser ni défavoriser une personne en raison de l’appartenance ou non de cette dernière à une religion ».

Examinons ce que cela peut vouloir dire bien concrètement pour un employé de l’État. Par exemple, un enseignant qui reçoit une demande de report d’examen parce que c’est le ramadan ou encore le début du shabbat. S’il accepte, n’est-il pas en train de favoriser une personne en raison de son appartenance à une religion ? Et s’il refuse, n’est-il pas en train de défavoriser cette même personne ? Un professeur qui reçoit une demande d’exemption pour son cours de natation. S’il accepte, n’est-t-il pas en train de favoriser une personne en raison de son appartenance à une religion ? Et s’il refuse, n’est-il pas en train de défavoriser cette personne? Un directeur d’école qui reçoit une demande pour un local de prières. S’il accepte, n’est-il pas en train de favoriser une personne ne raison de son appartenance à une religion ? Et s’il refuse, n’est-il pas en train de défavoriser cette personne? La solution que l’on a trouvée au cégep Maisonneuve est que l’on a accordé ce local en précisant que l’on peut aussi l’utiliser pour de la méditation, du tai-chi, etc… Suffit d’emballer la chose religieuse dans le multi, ce qui a pour avantage d’accorder un local de prières sans que la neutralité de l’institution soit en cause. Continuons, un professeur reçoit une demande pour exempter un enfant de fêter l’Halloween. S’il accepte, n’est-il pas en train de favoriser une personne en raison de son appartenance à une religion ? Et s’il refuse, n’est-il pas en train de défavoriser cette personne? Une éducatrice reçoit une demande pour exempter un enfant de manger non halal. Si elle accepte, n’est-elle pas en train de favoriser une personne en raison de son appartenance à une religion? Et si elle refuse, n’est-elle pas en train de défavoriser cette personne? La solution trouvée jusqu’à maintenant dans certains CPE, dans le but de simplifier la gestion des menus, c’est de retirer le porc du menu et de ne servir que de la nourriture halal pour tous les enfants. N’est-on pas ici en train de favoriser non pas qu’une personne mais bien une religion?

Vous voyez vers quoi on se dirige avec cet article 4 ? Une ouverture maximale à la présence du religieux dans les institutions publiques avec une liste de demandes d’accommodements qui pourraient s’allonger à l’infini.

Bien qu’ayant sa propre opinion sur ces questions, l’employé n’étant ni un militant laïque pas plus qu’un juriste va fort probablement choisir d’accepter la demande d’accommodements religieux. Conscient qu’un refus de sa part l’exposerait à devoir justifier par écrit, comme cela se fait dans certains cégeps auprès de personnes ressources en interculturalisme, en quoi cette demande ne résulte pas de l’application de l’article 10. Ceci renvoie au dernier paragraphe de l’article 10 du projet de loi concernant la recherche de solution. Rien que cette mesure, en apparence très conviviale, aura un effet dissuasif chez l’employé.

Conscient aussi que sur un sujet aussi sensible, il sera isolé. Il n’aura pas l’appui de ses collègues qui préfèreront ne pas prendre position, il ne peut également être certain de l’appui de sa direction syndicale et encore moins de la direction qui ne tient pas à faire les grands titres dans les médias afin de protéger la réputation de l’institution ou de l’organisme public.

Conscient également que s’il y a contestation en cas de refus d’accommoder, c’est lui, l’employé et non son employeur qui se retrouvera devant le Tribunal des droits de la personne et de la jeunesse. Sans compter qu’il risque sans surprise d’être montré du doigt dans son milieu de travail et subir les insultes dont font habituellement les frais les militants laïques, c’est-à-dire de se faire traiter de radical, d’intolérant, de xénophobe, d’islamophobe et de raciste. Vous aurez compris qu’ici, il est drôlement plus tentant de dire oui que de dire non.

Tout ceci aura pour effet de mettre tellement de pression sur les employés que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, on ne se retrouvera pas avec des accommodements au cas par cas, à géométrie variable, qui divergent d’un employé à l’autre, mais bien plutôt avec une normalisation des pratiques d’accommodements religieux qui iront tous dans la même direction, c’est-à-dire l’acceptation.

Voilà pourquoi dans ce projet de loi, ce sont les membres du personnel et non les organismes, comme c’était le cas dans le projet de loi no°60, à qui revient la responsabilité de faire respecter la neutralité de l’État.

Il est odieux qu’un gouvernement se décharge ainsi de ses responsabilités et remette ce fardeau sur les épaules de ses employés mais il est encore plus odieux de parier sur le conformisme des employés afin d’ancrer une culture des accommodements religieux dans nos institutions publiques.

Il faut se rappeler que dans le rapport Bouchard-Taylor au chapitre des pratiques d’harmonisation et de déjudiciarisation des demandes et je cite : « L’orientation préconisée du traitement des demandes d’accommodement dans la sphère citoyenne doit s’accompagner d’importantes mesures. La responsabilisation des acteurs ou intervenants des milieux institutionnels suppose qu’ils ont reçu une formation adéquate, ce qui ne semble pas être le cas de tous si l’on en croit les demandes et commentaires critiques qui nous ont été transmis……. Des mesures appropriées devraient donc être prises sous forme de sessions spécialisées ou autres, à l’intention du personnel de toutes les institutions publiques (des activités de ce genre ont déjà cours depuis quelques années, il s’agirait de les intensifier). L’idée de former des «médiateurs» ou des personnes-ressources mériterait aussi d’être étudiée de près….. D’une manière ou d’une autre, il faudra faire en sorte que, dans le monde scolaire, on évite d’imposer à des élèves des pratiques contraires à leurs croyances, dans les limites de la contrainte excessive ». pp. 251-252

Austérité oblige, ici le Parti libéral a choisi de ne pas investir dans l’éducation à l’interculturalisme qui aurait le même but, soit de faciliter les accommodements religieux dans les institutions et les organismes publics. Avec le projet de loi no°62, le gouvernement a plutôt choisi de prendre le raccourci de la contrainte législative, une loi qu’il destine à ses employés.

Quant à la production d’un guide adapté à chacun des milieux qui serait fourni par le gouvernement, comme certains l’ont réclamé devant cette Commission, et qui puisse servir d’outil pour gérer les demandes d’accommodements religieux, cela aurait certes pour effet de soulager les employés d’une lourde responsabilité qui n’est évidemment pas la leur mais rendrait en même temps inévitable la normalisation de l’acceptation des demandes, contribuant ainsi à implanter dans toutes les institutions publiques, une culture des accommodements religieux qui fragiliserait et ruinerait les efforts et les avancées que nous avons obtenu au Québec en matière de laïcité.

Le hijab n’est pas du linge

D’entendre la ministre de la Justice et d’autres de ses collègues déclarer devant les journalistes que « le voile, c’est du linge », a quelque chose de profondément choquant. D’abord nous savons très bien qu’au Parti libéral, ils savent très bien que ce n’est pas le cas. Et en plus, cela donne l’impression que l’on prend les québécois pour des idiots alors que la grande majorité des gens savent très bien que le hijab n’est pas qu’une simple tenue vestimentaire, pas plus qu’un phénomène de mode. Si c’était le cas, il n’occasionnerait pas autant de controverses et d’opposition partout dans le monde et surtout il ne serait pas à l’origine d’autant de violence vis-à-vis les femmes.

Le Québec n’est pas une bourgade isolée du reste du monde. Nous avons l’internet, la radio, la télé, les journaux, les revues et même des livres. Il suffit d’ailleurs de parcourir toute l’abondante littérature sur le voile, les livres et les revues qui y sont régulièrement consacrées, pour comprendre que nous ne sommes pas en présence d’un vulgaire morceau de linge.

Le hijab est un étendard politique. Il est l’emblème d’un islam politique qui veut imposer une théocratie et remplacer les droits humains par la charia. En l’imposant aux femmes et aux fillettes, les islamistes souhaitent donner un maximum de visibilité à l’islam et nous habituer ainsi à sa présence. C’est pourquoi il est essentiel pour eux de pouvoir introduire ce voile dans nos institutions publiques, particulièrement dans les fonctions à caractère coercitif comme celles des policiers, des juges et des agents correctionnels, donnant de cette façon une importance et une légitimité sans précédent de l’islam dans ce que l’État québécois a de plus officiel. Il est tout aussi important pour les islamistes de maintenir ce voile dans les garderies et les écoles qui sont le lieu de passage obligé de chaque citoyen.

De pouvoir le disqualifier de nos institutions publiques constituerait une victoire cruciale et décisive face à ces intégristes. Malheureusement le projet de loi qui nous est présenté va justement nous interdire de l’interdire parce que ce serait à la lumière de l’article 4, « défavoriser une personne en raison de son appartenance à une religion ». Nous croyons d’ailleurs que cet article 4, sous prétexte de vouloir légiférer sur le respect de la neutralité, vise plutôt à interdire d’interdire quoi que ce soit, et ultimement, l’embauche d’une femme voilée dans les institutions publiques.

Prenons le cas d’une éducatrice voilée qui se présente pour être embauchée par un CPE ou une enseignante voilée qui demande à être engagée dans une Commission scolaire. Si les responsables de l’embauche jugent que cela va à l’encontre de la neutralité de l’État et qu’ils refusent de l’engager si elle ne consent pas à retirer son voile durant ces heures de travail, ne sont-ils pas en train de défavoriser cette même personne en raison de son appartenance à une religion ?

Nous croyons que c’est là l’une des principales finalités de ce projet de loi en réponse à la proposition controversée du projet de loi no°60 concernant l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour les membres du personnel de l’État.

Le visage découvert, c’est aussi le hijab

Tout le monde s’indigne, avec raison, du fait que ce projet de loi va permettre le tchador qui est un symbole de la soumission des femmes et une insulte à l’égalité des femmes et des hommes, mais devrait-on ignorer que ce projet de loi va aussi permettre le hijab de plus en plus présent dans nos garderies et nos écoles, ce voile qui participe de la même idéologie patriarcale que le tchador, le niqab ou la burqa et qui définit les femmes comme des objets sexuels appartenant aux hommes ? Depuis l’abandon du projet de loi no°60, ce hijab serait-il devenu soudainement acceptable ? Il y a un éléphant dans la pièce mais étrangement, on dirait qu’il n’y a plus personne pour le voir.

Le voile intégral (niqab) pourra être permis

À l’article 9, le projet de loi no °62 stipule l’obligation d’avoir le visage découvert pour un employé ou un usager de l’État. Nous déplorons le fait qu’il n’ose pas nommer ce qu’il interdit, à savoir le niqab ou la burqa des femmes musulmanes et que l’interdiction d’accommodement porte ici sur des critères relevant de la sécurité, de l’identification et le niveau de communication.

Cette prudence juridique a des conséquences politiques insoupçonnées dont on ne saisit malheureusement pas toute la mesure ; celle de faire régresser le principe d’égalité entre les femmes et les hommes, celle d’accepter que l’on porte atteinte à la dignité des femmes sans que l’indignation soit proférée, sans que l’atteinte à leur dignité soit même nommée, quand on sait que l’existence d’une chose passe nécessairement par le langage et la parole et que le refus de nommer est aussi un déni d’exister.

De refuser de nommer ce voile intégral dispense d’avoir à parler de l’islamisme et permet de contourner un sujet délicat par crainte de stigmatiser la communauté musulmane. Mais ces précautions et ces contorsions ont aussi un prix, celui de gommer le sexisme outrageant de ces prisons mobiles et d’abandonner les femmes musulmanes à l’extrême violence que les islamistes exercent sur leur corps.

Parce que ce voile signifie la mort sociale, la perte d’identité sociale et collective qui est liée au principe de dignité de tout être humain et qu’il signifie à TOUTES les femmes du Québec, musulmanes ou non, que l’espace public n’est pas leur place et que pour s’y aventurer, elles doivent masquer leur identité et disparaître sous un linceul.

En 2010, lors de notre participation à la Commission parlementaire sur le projet de loi no°94, prévoyant que les personnes qui reçoivent et celles qui donnent des services publics le fasse à visage découvert, le Cciel avait recommandé d’interdire d’une manière générale le port du voile intégral au Québec, autant dans l’espace public que dans les institutions publiques.

Nous n’avons pas changé de position mais nous constatons que dans le projet de loi actuel, à l’article 9 portant sur les services à visage découvert, au dernier paragraphe, il est écrit : «un accommodement qui implique un aménagement à l’une ou l’autre de ces règles est possible mais doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient».

En clair cela veut dire que le niqab sera permis si l’un de ces trois critères n’entre pas en ligne de compte et même si ces critères étaient concernés, celui de l’identification par exemple, il suffirait de faire contrôler l’identité de la personne par une autre femme pour que le port du niqab devienne légal et acceptable. Et si cet aménagement vous gêne, il suffira de s’adresser à Ottawa, ils savent comment faire. Quant au niveau de communication requis, tout repose ici sur le mot «niveau». Il va de soi que pour une enseignante, ce critère ne peut être contourné mais qu’en sera-t-il du «niveau» de communication requis dans le cas d’une étudiante ou encore d’une employée qui travaille dans le laboratoire d’un hôpital ?

Conclusion

Ce projet de loi est dangereux. Il ne doit pas être bonifié mais abandonné.

Ce projet de loi n’a nullement l’intention d’assurer la neutralité de l’État face aux religions mais plutôt de favoriser l’intrusion du religieux dans nos institutions publiques.

Sans parler de laïcité et de séparation des religions et de l’État, il fait la promotion d’une laïcité ouverte aux religions dans laquelle la neutralité de celui-ci est conçue non pas comme une neutralité d’indifférence aux religions mais plutôt comme une neutralité de bienveillance face à celles-ci. Autrement dit, au lieu de n’accueillir aucune religion dans les institutions de l’État, ce projet de loi met en place les conditions optimales visant à les accueillir toutes. Ce qui est contraire à la laïcité.

Ce projet de loi a comme toile de fond, une laïcité multiculturelle qui privilégie l’identité religieuse, les particularismes religieux au détriment de la citoyenneté.

Ce projet de loi va légaliser, normaliser et ancrer une culture des accommodements dans nos institutions publiques, ce qui constitue une entorse à l’universalité des droits et va permettre à un individu de se soustraire aux lois ou aux règles communes pour des motifs religieux.

Au lieu d’assumer ses responsabilités, le gouvernement fait reposer la neutralité de l’État sur les épaules des membres de son personnel, allant jusqu’à l’exposer à d’éventuelles poursuites judiciaires. Nous croyons ici qu’avec une telle stratégie, le gouvernement fait le pari que ses employés seront très favorables aux accommodements religieux.

Ce projet de loi va permettre le tchador et le hijab qui sont des signes sexistes de soumission des femmes. Ainsi des enfants continueront d’être exposés au hijab dans nos écoles et nos garderies sans que les parents ne puissent contester un tel affichage vis-à-vis leurs enfants. Quant à ceux qui osent le faire en réclamant un service laïque, la direction leur fait souvent sentir qu’ils sont fermés et islamophobes.

Ce projet de loi en rendant possible un aménagement aux services à visage découvert va également permettre le niqab, qui peut être vu comme le nec plus ultra de l’ouverture à l’autre dont on ne verra que les yeux… dans l’ouverture.

De plus, en interdisant d’interdire, ce projet de loi va créer les conditions idéales pour satisfaire les revendications des lobbys politico-religieux, ces intégristes qui sont la frange la plus intolérante et la plus intransigeante des groupes religieux et contribuer du même coup à augmenter la pression, notamment sur les musulmans, comme l’a si bien démontré M. Hassan Jamali devant cette Commission. Sans compter que l’on va enlever aux femmes et aux fillettes à qui on impose le voile, un argument, une raison et un lieu où elles puissent l’enlever et les abandonner aux pressions des intégristes.

Avec ce projet de loi, plus rien ne pourra faire barrière à l’intrusion du religieux dans nos institutions publiques. Dans le contexte mondial actuel, où nous sommes témoins de la montée de l’islamisme et où bien des pays occidentaux sont confrontés à de nouveaux défis sur la laïcité, ce projet de loi témoigne d’un aveuglement inouï, d’une légèreté déconcertante et d’une grave inconséquence de la part du gouvernement.

Nous savons tous qu’il existe ici même au Québec des associations qui se revendiquent de la pensée des Frères musulmans. Nous savons également qu’il existe des associations qui sont pro-khomeynistes. Ces gens sont actifs dans leur communauté et auprès des politiciens. Ils ont en commun de vouloir imposer ultimement la charia et utilisent différentes stratégies pour parvenir à leurs fins. L’entrisme du religieux dans nos institutions publiques par différentes demandes d’accommodement est l’une de leur stratégie et le hijab et toutes ses autres variantes qu’ils imposent aux femmes et aux fillettes en est le cheval de Troie. Malheureusement l’ensemble des politiciens sont dans le déni et préfèrent miser sur le clientélisme religieux plutôt que de barrer la route à ceux qui instrumentalisent leur religion à des fins politiques. Ce projet de loi est dangereux parce qu’il va tout simplement leur ouvrir grandes les portes de nos institutions publiques.

Le projet de loi no°62 représente une offensive anti-laïque sans précédent qui permettrait dorénavant à la religion de structurer de plus en plus la vie de nos institutions publiques. Loin d’être une avancée, ce projet de loi constitue un net recul qui va rapidement ruiner les efforts et démolir tous les acquis que nous avons obtenus au Québec depuis la révolution tranquille.

Ce projet de loi, de l’aveu même de la ministre Vallée, est une réponse libérale au projet péquiste de Charte des valeurs. Et si cette dernière a été taxée par plusieurs «d’islamophobe», on serait aujourd’hui tenté de qualifier ce projet de loi «d’islamophile».

Le projet de loi no°62 est peut-être un pas en avant dans la consolidation de la base électorale du Parti libéral du Québec mais assurément un gigantesque pas en arrière dans la consolidation de la laïcité au Québec.

RECOMMANDATION

Le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité demande au gouvernement le retrait du projet de loi n°62.

 

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Procès de Djemila Benhabib : Jour 3

L’écrivaine et militante laïque Djemila Benhabib a affirmé hier en Cour supérieure qu’elle referait exactement la même interview qu’elle a accordée en février 2012 à l’animateur du 98,5 FM, Benoît Dutrizac, une entrevue au cours de laquelle elle a dénoncé certaines pratiques religieuses des Écoles musulmanes de Montréal, notamment la récitation coranique de versets violents et sexistes imposée aux jeunes enfants et l’obligation du port du voile islamique pour toutes les petites filles de l’institution.

Les valeurs véhiculées par les Écoles musulmanes de Montréal sont contraires aux valeurs fondamentales du Québec, a estimé en gros hier le Prix international de la laïcité 2012 au cours de son percutant témoignage. Le modèle de société offert aux Écoles musulmanes n’est pas le modèle sociétal du Québec. «Le site internet de l’école était une vitrine de cette école», a-t-elle ajouté.

Les Écoles musulmanes de Montréal, subventionnées à hauteur de 400 000 $ par année par le gouvernement du Québec, n’ont pas apprécié d’être ainsi prises à partie par Mme Benhabib. Elles poursuivent donc l’ancienne candidate du Parti québécois pour des propos soi-disant anti-coraniques et pour avoir comparé les pratiques religieuses de l’école à de l’endoctrinement digne de camps militaires en Afghanistan et au Pakistan. Le montant de la poursuite, qui a des allures de poursuite bâillon, s’élève à 95 000 $.

Lentement, calmement et fermement, Djemila Benhabib a réfuté une à une, devant la juge Carole Hallée, les prétentions de ses accusateurs. Elle a d’abord raconté son cheminement personnel, ayant été élevée par un couple mixte (un père algérien et une mère chypriote grecque), laïque, progressiste et fortement engagé dans les luttes sociales et politiques. Ce milieu familial fut à l’origine, a-t-elle expliqué, de ses convictions républicaines, laïques et jacobines. Elle a raconté avoir reçu, à l’école publique, des cours d’enseignement religieux où elle a été assujettie à la mémorisation coranique et avoir grandi dans une société musulmane où la présence des femmes n’était pas acquise.

Toute sa vie, et en particulier à partir des années noires de l’Algérie de la décennie 1990, la question de l’islam est demeurée pour elle une question centrale et névralgique. Elle a raconté comment le Front islamique du salut (FIS) qui voulait faire de l’Algérie un État théocratique, a donné la directive de voiler les femmes, assassinant celles qui refusaient de le porter.

Menacées de mort par les islamistes, elle et sa famille ont été contraintes à l’exil en France en 1994. Mme Benhabib a été reçue au Québec comme réfugiée politique en 1997. Après avoir reçu sa maîtrise en sciences physiques, l’auteure de ‘’ Ma vie à contre-Coran” a fait des études en sciences politiques et en droit, obtenant ainsi une seconde maîtrise. Mme Benhabib a raconté hier avec émotion que son face-à-face avec l’hydre islamiste l’a poussée à intellectualiser ses constats et à leur donner une dimension autre qu’affective. « Je suis allée chercher des moyens intellectuels pour mettre des mots sur ce que j’avais vécu ».

Abordant la question de l’entrevue litigieuse, elle a affirmé qu’il était inacceptable d’enseigner aux enfants des versets violents parlant d’ébouillantés ceux qui ne suivent pas le chemin d’Allah et de parler de « houris », des vierges promises en récompense au paradis pour les hommes. « On n’a pas à distinguer si une femme est vierge ou pas » a-t-elle dit, « c’est une atteinte à la dignité des fillettes ».

Elle a affirmé que si elle a parlé d’endoctrinement digne de camps militaires en Afghanistan et au Pakistan, c’est pour souligner la rigidité de cet enseignement religieux et l’obéissance au dogme. Elle a ajouté que de telles écoles n’existent pas au Maghreb et que le seul endroit où l’on a des écoles semblables, c’est en Afghanistan et au Pakistan.

C’est grave d’enseigner à des petites filles que le rôle sexuel des femmes, c’est de servir de récompense aux hommes, ajoutant que ce type d’enseignement qui se fait dans cette école musulmane est en contradiction avec nos valeurs. « L’égalité est un levier important dans une démocratie et ne pas s’en soucier, c’est ne pas tenir compte de l’évolution historique du Québec. Je voulais que les gens comprennent le sérieux de tout cela, a-t-elle dit, j’étais en mode lanceur d’alerte ».

Mme Benhabib a reconnu que ses critiques adressées aux Écoles musulmanes étaient « sévères mais ce que j’ai lu était grave », a-telle précisé.

L’écrivaine a également rappelé la virulence de la campagne d’intimidation dont elle a été la cible après sa fameuse entrevue de février 2012 (courriels haineux et menaces diverses). Les centaines de courriels reçus et leur caractère répétitif démontraient qu’il s’agissait d’un mouvement organisé qui touchait également l’animateur du 98,5 FM, Benoît Dutrizac.

C’est pour cette raison, a-t-elle témoigné, qu’elle a accepté une entrevue de suivi le 22 février 2012 à la même station de radio. «Je ne cèderai jamais à l’intimidation», a lancé la militante laïque qui voulait également marquer, à ce moment-là, à quelle famille de pensée musulmane elle appartenait, celle d’un grand mouvement réformiste qui a pris naissance dans les années 50 en Égypte et qui remettait en question le dogme. « Je m’inscris dans ce courant réformiste », a-t-elle expliqué à la juge Carole Hallée. « Ma culture n’est pas une aliénation, elle est une libération », a-t-elle lancé.

Djemila Benhabib a de plus fait état hier de son opposition au financement par l’État des écoles religieuses. « Les religions sont des particularismes », a-t-elle dit. « Et l’État n’a pas à financer des particularismes », a-t-elle insisté tout en soulignant son opposition à une société érigée sur les bases du multiculturalisme.

Le procès se termine aujourd’hui, jeudi, avec les plaidoiries des avocats des deux parties, Me Julius Grey pour les Écoles musulmanes et Me Marc-André Nadon pour Djemila Benhabib.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Procès de Djemila Benhabib : Jour 2

« Le GIA aurait dû te liquider avant que tu mettes les pieds ici, connasse! »

Une polémique a éclaté hier au procès en diffamation intenté par les Écoles musulmanes de Montréal contre l’écrivaine Djemila Benhabib entre l’avocat de la partie demanderesse et les journalistes chargés de couvrir les audiences.

L’avocat des Écoles musulmanes de Montréal, Me Julius Grey, a refusé que la presse ait accès à des documents, pourtant déposés en preuve – donc publics – qui faisaient état de commentaires, présumément rédigés par une ancienne élève de l’école, sur un site de soutien à Mme Benhabib. L’un des commentaires adressé à Djemila Benhabib affirmait : « Le GIA aurait dû te liquider avant que tu mettes les pieds ici, connasse! »

Le Groupe islamique armé (GIA) était une organisation paramilitaire dont le but était de renverser le gouvernement algérien, lors de la décennie noire des années 90, pour faire de l’Algérie un pays islamique.

La présumée auteure de ces lignes, appelée à témoigner hier, a catégoriquement nié, malgré son nom au-dessus de la citation, qu’elle était l’auteur de ces lignes à caractère haineux. Elle a de plus, à plusieurs reprises, affirmé que les pages Facebook qui portaient son nom (et dont l’une avait pour entête le drapeau de l’État islamique) ainsi que sa photo, n’étaient pas d’elle. Elle a affirmé à la cour qu’elle avait été piratée à plusieurs reprises à cette époque et que l’on avait usurpé son identité. Elle n’a pu cependant expliquer à l’avocat de Mme Benhabib, Me Marc-André Nadon, pourquoi elle n’avait pas porté plainte pour ces piratages.

À la fin de ces audiences, Me Grey s’est opposé avec virulence à ce que ces éléments du procès soient rendus public, estimant au grand dam des journalistes, qu’ils n’étaient pas pertinents à la cause, puisque son témoin avait nié en être l’auteur.

Par ailleurs, l’avant-midi avait débuté avec la suite du témoignage de M. Ahmed Khébir, président du conseil d’administration des Écoles musulmanes de Montréal. Ensuite les témoins convoqués par l’institution privée d’enseignement ont défilé à la barre pour affirmer, à tour de rôle, l’excellence de l’école et pour exprimer leur désaccord avec les propos tenus par Djemila Benhabib, lors de son entrevue à l’émission de Benoît Dutrizac au 98,5 FM, en février 2012.

D’autre part, un témoin demandé à la dernière minute par l’avocat des Écoles musulmanes, Me Julius Grey, a fait l’objet d’une objection de Me Marc-André Nadon, l’avocat de Djemila Benhabib. La juge qui entend la cause, l’honorable Carole Hallée, a donné raison à Me Nadon en refusant que témoigne une sociologue, Stéphanie Tremblay, et que soit déposé en preuve un chapitre de son ouvrage consacré aux écoles musulmanes.

La juge Hallée a estimé que la partie demanderesse n’avait pas respecté la procédure et que le témoignage annoncé de Mme Tremblay n’était pas pertinent à la cause.

Le dernier témoin entendu, Kathy Malas, orthophoniste à l’Hôpital Sainte-Justine, vice-présidente du Forum musulman de Montréal et ancienne élève des Écoles musulmanes, connue pour sa défense du port du voile islamique et de la laïcité ouverte, a d’abord nié avoir qualifié Djemila Benhabib d’islamophobe mais elle a dû, par la suite, se rétracter lorsque Me Nadon lui a présenté un article de la revue Châtelaine dans lequel elle affirmait que Djemila Benhabib tenait des propos islamophobes.

Les audiences reprendront mercredi matin au Palais de Justice de Montréal avec le témoignage très attendu de la militante laïque et féministe Djemila Benhabib.

 

 

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Procès de Djemila Benhabib : Jour 1

Une première journée à l’avantage de la défenderesse.

Les Écoles musulmanes de Montréal poursuivent Mme Benhabib pour avoir émis des propos supposément diffamatoires et anti-islamiques et avoir critiqué des versets du Coran étalés sur le site web de la partie demanderesse. L’un de ces versets demande aux musulmans d’éliminer les mécréants en les ébouillantant alors que l’autre promet 72 vierges aux musulmans mâles une fois rendus au paradis. Mme Benhabib a estimé que ce dernier verset avait un contenu éminemment sexiste et qu’il était déplacé de l’enseigner à des enfants, tout comme pour la sourate précédente. Elle s’est déclarée en désaccord à l’époque également avec le voilement des fillettes.

Le procès a démarré en grande hier au Palais de Justice de Montréal avec un témoignage étoffé de l’animateur vedette du 98,5 FM, Benoît Dutrizac. M. Dutrisac a notamment affirmé que l’entrevue accordée à Mme Benhabib en février 2012 était parfaitement justifiée en raison du débat sur les accommodements raisonnables qui faisait rage à l’époque au Québec.

“On n’arrêtait pas d’en parler”, a lancé M. Dutrizac qui a ajouté qu’il avait invité Djemila Benhabib à son émission parce qu’il avait lu l’ensemble de ses livres et qu’il trouvait pertinente l’analyse faite par Mme Benhabib sur la vaste question de l’islam politique et des accommodements raisonnables.

Dutrizac estimait donc qu’il s’agissait d’une question d’intérêt public et que dans le contexte de la Commission Bouchard-Taylor la question du voilement des petites filles et des versets coraniques violents enseignés aux enfants étaient des questions sur lesquelles nous devions nous pencher en tant que société.

“J’ai mes convictions, a ajouté Benoît Dutrizac. J’ai mes principes. Et comme père de famille – j’ai quatre enfants – j’ai de la misère à accepter que l’on instruise des enfants de façon dirigée.” Pour l’animateur de radio, il s’agit là d’un “débat fondamental” dans notre société.

Dutrizac a ajouté qu’il avait reçu à l’époque une mise en demeure des Écoles musulmanes l’enjoignant de se rétracter faute de quoi il serait traîné en justice. Par la suite, les Écoles musulmanes de Montréal n’ont pas mis leur menace à exécution, préférant s’en prendre à Djemila Benhabib, pourvue de peu de moyens financiers pour se défendre. La tournure du procès hier a suggéré que le but de la poursuite était visiblement de faire taire la militante féministe et auteure du best-seller “Ma vie à contre-coran”.

Par ailleurs, le président des Écoles musulmanes de Montréal, M. Ahmed Khébir, a témoigné par la suite en affirmant que les déclarations de Mme Benhabib avaient eu des conséquences “catastrophiques” sur l’institution – financée à hauteur de 400 000$ par le gouvernement du Québec -, créant la panique dans l’école. Les enfants pleuraient, a affirmé M.Khébir, défendu par l’avocat Julius Grey, et les professeurs étaient en colère.

Il a tenté de démontrer, sans succès, que l’école avait perdu des élèves et qu’elle était menacée d’actes de violence, là encore sans pouvoir faire de liens directs entre l’intervention de février 2012 de l’écrivaine Djemila Benhabib et les affirmations avancées par le représentant des Écoles musulmanes de Montréal. M. Khébir a même dû admettre que le port du foulard islamique était obligatoire pour les élèves à partir de la 5e année et pour toutes les petites filles lorsqu’elles se rendaient à la mosquée adjacente à l’école.

Khébir a également été incapable d’expliquer pourquoi le reportage du journaliste Hugo Joncas du Journal de Montréal en février 2015 – qui faisait état de la présence de littérature djihadiste dans la mosquée de l’école – n’a pas fait, lui, l’objet de poursuites en diffamation de la part de son école.

Le procès se poursuit toute la semaine au Palais de Justice de Montréal avec le témoignage attendu de Mme Benhabib, jeudi. La salle d’audience était pleine à craquer hier en raison de nombreux partisans de Mme Benhabib. La cause est entendue par la juge Carole Hallée.

 

 

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C’est une invitation à toutes et à tous

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Soutenons Djemila

Voici ma présentation lors de la soirée de soutien pour Djemila Benhabib qui a eu lieu hier soir au Lion d’Or

 Au Québec, il semble déjà bien loin le temps où l’appui à la laïcité faisait l’unanimité dans la gauche, dans les syndicats, chez les féministes et les militants laïques. Bien loin aussi le temps où les féministes étaient solidaires et se réclamaient d’un seul féminisme. Loin aussi le temps, où le sens critique était présent quand nous discutions de religion.

Aurait-on imaginé, il y a à peine vingt ans, qu’après avoir déconfessionnaliser nos commissions scolaires et mis fin à l’enseignement religieux dans nos écoles publiques, qu’après avoir retiré des manuels scolaires les stéréotypes sexistes dans le but de promouvoir l’égalité des sexes, l’on se retrouverait aujourd’hui avec des petites filles voilées dans ces mêmes cours d’école et des enseignantes voilées dans les classes et les garderies?

Aurait-on imaginé un État qui subventionne, les yeux fermés, des écoles privées confessionnelles où l’on soumet les élèves à des versets haineux, violents et sexistes tirés du Coran et qui oblige les élèves à porter le voile islamique?

Et de voir aujourd’hui, les militants laïques subir les pires insultes et être accusés de racisme et d’islamophobie? Et le comble, de voir certains d’entre eux, comme Djemila Benhabib, amenés devant les tribunaux pour avoir dénoncé ces pratiques condamnables dans une émission de radio ?

Le Québec change sous l’effet d’une immigration à dominance musulmane qui nous amène une nouvelle religion, l’islam, pour qui la séparation du religieux et du politique demeure une hérésie. Au Québec comme partout en Occident, l’islam pose de nouveaux défis à la laïcité et n’est pas non plus sans conséquence sur le mouvement féministe. Mais le plus inquiétant demeure encore son instrumentalisation politique; l’islamisme, dont bien des musulmans, vivant à nos côtés, nous mettent en garde, pour l’avoir vécu dans leur pays d’origine. Djemila en est un exemple éloquent.

La partie la plus visible de cette idéologie fasciste et totalitaire est le voile et toutes ses autres versions que l’on impose aux femmes et aux fillettes musulmanes. Ce voile n’est pas une question futile. Si c’était le cas, les islamistes ne s’entêteraient pas à vouloir l’imposer. Il n’est pas non plus un simple vêtement comme on s’obstine à nous le présenter.

Ce voile est lié au contrôle de la sexualité des femmes et au désir des hommes. Il fait de la femme un objet sexuel et il a pour fonction de soustraire les femmes musulmanes au regard des hommes qu’elles pourraient épouser, minimisant ainsi les occasions de séduction. C’est la raison pour laquelle les femmes voilées ne se dévoilent qu’en présence des hommes de leur famille et cachent leurs cheveux, leur cou, leurs oreilles, leurs bras et leurs jambes aussitôt qu’elles se retrouvent en public.

C’est la pudeur islamique qui prend sa source dans un patriarcat enrobé de religieux et de sacré et qui fait croire aux fillettes et aux femmes que leur corps est impur et source de tentation pour les hommes. Voilà ce que l’on enseigne aux jeunes filles dans ces écoles musulmanes; la honte et la détestation de leur propre corps.

Présenter ce voile comme un simple vêtement, nous empêche de comprendre sa fonction réelle et contribue à le banaliser, à neutraliser toute la charge politique qui est contenue dans ce bout de tissu de même que de passer sous silence la résistance et le combat de milliers de femmes qui ont connu et connaissent toujours l’humiliation, la prison, la violence et même la mort pour avoir refuser de le porter.

Le voile, un simple vêtement? Vous avez entendu Shiva. Allons donc! Nommez-moi un seul vêtement, un seul qui a causé et cause toujours autant de souffrance dans le monde ? Et s.v.p. Mme Massé, fichez-nous la paix avec votre string!

Présenter ce voile comme un simple vêtement arrange bien les islamistes mais cela fait aussi l’affaire des politiciens comme Philippe Couillard, Stéphanie Vallée et Justin Trudeau qui s’empressent de nous dire qu’il n’est pas question que l’État dise aux femmes comment s’habiller. C’est l’excuse facile des politiciens pour se débarrasser d’une question sensible et ne pas avoir à légiférer sur celle-ci. De la lâcheté bien davantage que de la naïveté.

L’État n’a jamais dit aux femmes comment s’habiller. L’Église oui, mais pas l’État. Et quand l’État interdit le port de signes religieux dans ses institutions publiques, il n’est pas en train de dire aux femmes comment s’habiller mais il défend la séparation du politique et du religieux et assume ses responsabilités en protégeant la laïcité de ses institutions.

Ce voile est tout, sauf futile. Symbole éclatant de l’islamisme, il est la tête de pont de leurs visées théocratiques et de leur volonté d’imposer la charia. Vous savez, il y a deux choses que les islamistes détestent plus que tout le reste, c’est la laïcité et la liberté des femmes. C’est pourquoi ils mènent une offensive sur ces deux fronts, avec le voile comme cheval de bataille.

Partout en Occident, ce voile marque le point de rupture qui divise en deux l’histoire du féminisme. Le vieux féminisme, le dépassé et le nouveau féminisme, ouvert et évolué qui défend le port de signe religieux et sexiste pour les femmes musulmanes. Voilà, pour l’évolution. Avancez en arrière. On ne naît pas burkini mais on le devient, ça c’est fini! De Beauvoir, fini! Et toutes celles qui suivent en marchette, ça achève de toutes façons.

Notre féminisme démodé et dépassé a obtenu pour toutes les femmes, quel que soit leur origine, leur couleur ou leur religion, le droit de vote, l’égalité dans le mariage, la contraception, l’avortement, des cliniques de planning familial qui ont permis aux femmes de poursuivre leurs études post-secondaires et d’entrer sur le marché du travail, l’équité salariale, l’autonomie financière, les garderies, les congés de maternité, l’ouverture à des professions masculines, des politiques contre le harcèlement sexuel au travail, la criminalisation du viol. Dépassé ça? On n’a même pas terminé!

Parait qu’il faut maintenant s’ouvrir au féminisme islamique. Mais il a fait quoi jusqu’à maintenant le féminisme islamique? A-t-il abrogé les versets sexistes du Coran, où il est dit que les femmes doivent obéir aux hommes et que ces derniers ont le droit de les battre si elles désobéissent? Où l’on compare les femmes à un champ de labour que les hommes peuvent cultiver à leur guise? Et l’impureté des menstruations? Et l’inégalité dans l’héritage? Et la répudiation et la polygamie qui sont le privilège des hommes? Et le voilement des fillettes dans les écoles? On aimerait cela les entendre les féministes islamiques. Ça nous changerait de Benhabib!

Je vais vous dire à quoi il sert le féminisme islamique; il sert à défendre le voile et l’islam, à diviser les féministes alors que nous étions solidaires, à nous culpabiliser en nous traitant de blanches, de racistes, de colonialistes et d’islamophobes et à berner les jeunes féministes en leur faisant faire croire qu’elles sont cool parce qu’elles pensent que le voile est un vêtement et que l’État n’a pas à dire aux femmes comment s’habiller.

Depuis quelques années, l’offensive anti-laïque et anti-féministe a franchi une nouvelle étape; celle de la judiciarisation du débat public sur la laïcité. Des musulmans recourent aux tribunaux pour intimider et bâillonner certains militants laïques, les ostraciser, les écarter du débat public, en faire des exemples et décourager les vocations.

Dans une société dite libre et démocratique, il est scandaleux d’utiliser le système judicaire pour réduire au silence ses adversaires politiques. Le Québec est une démocratie, pas une dictature et il n’est pas question d’y limiter la liberté d’expression qui est au coeur de notre culture et de nos institutions.

On connaît tous l’engagement profond, indéfectible et exemplaire de Djemila Benhabib pour la laïcité et la liberté d’expression et son infatigable et courageux combat contre l’islamisme qu’elle a connu de près dans le pays de son enfance; l’Algérie.

La cause qu’elle défend dépasse bien largement sa personne. Cette cause est aussi la nôtre, celle de tous les québécois parce qu’elle engage l’avenir et les fondements même de notre démocratie.

La bataille juridique qui va s’enclencher, lors de son procès au Palais de justice de Montréal le 26 septembre prochain, sera d’une importance politique décisive en ce qu’elle va tracer la voie de l’avenir pour le Québec; soit de protéger la liberté d’expression ou soit d’empêcher toute critique de l’islam et de l’islamisme.

À nous d’être à ses côtés, pour lui témoigner notre appui et notre estime.

Montréal, 12 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le burkini, version aquatique du hidjab

Vous souvenez-vous du sketch dans le film de Woody Allen, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander, dans lequel Allen lui-même, fourré dans un burkini tout blanc, incarnait un spermatozoïde? C’était en 1972, l’époque d’après Mai 68, celle de la révolution sexuelle où l’on se libérait des tabous et du carcan moral de la religion catholique face au sexe. L’époque où l’on enseignait Wilhelm Reich, Freud avec son Malaise dans la culture et Marcuse avec son fabuleux Éros et civilisation. C’était aussi l’époque de la révolution féministe avec La femme eunuque de Germaine Greer, La politique du mâle de Kate Millett et le percutant Ainsi soit-elle de Benoîte Groulx.

Au Québec, les années 70 furent celles du premier écrit féministe avec l’audacieux L’Euguélionne de Louky Bersianik, livre-culte qui connut un succès immédiat auprès des femmes. Ce fut aussi, en 1978, la présentation au TNM de la très irrévérencieuse pièce Les fées ont soif de Denise Boucher qui avait provoqué la colère des catholiques, ceux-ci ayant même demandé une injonction pour la faire interdire. Des manifestations eurent lieu et des appuis de partout se firent entendre pour dénoncer la censure des catholiques.

Dans les années 70, ça discutait fort et on avait l’impression que le Québec prenait enfin le virage féministe et que tous les espoirs étaient permis. Les femmes prenaient conscience de leur aliénation, conscience de l’existence du patriarcat à qui la morale catholique servait d’idéologie. Elles luttèrent alors pour l’obtention de droits reproductifs parce qu’elles ne voulaient plus laisser l’époux, le curé ou le médecin définir leur vie et contrôler leur propre corps. Dites, vous souvenez-vous de cela?

Mais à quoi auront servi tous ces efforts si ce n’est aujourd’hui pour se prosterner devant le burkini de ces femmes déguisées en spermatozoïde et qui, dans les années 70, auraient passé pour des saintes nitouches? Sommes-nous tombés sur la tête? Est-ce cela, l’émancipation des femmes ? Que sert d’avoir la liberté d’aller à la plage seulement si nous cachons tout notre corps ? Sommes-nous assez naïves pour penser que celles qui «choisissent» le burkini, auraient pu tout aussi bien choisir le bikini? Et comment se fait-il qu’aucun homme ne fasse jamais ce choix? Ils sont libres, eux aussi, non?

Même morale étriquée

Le burkini participe de la même idéologie, de la même morale étriquée que celle du hidjab. Une morale patriarcale et sexiste qui définit les femmes comme des objets sexuels appartenant aux hommes. Faut-il rappeler que le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman, sauf si l’époux se convertit à l’islam.

Le burkini tout comme le hidjab ont la même fonction sociale : soustraire les femmes musulmanes aux regards des hommes qu’elles pourraient épouser, minimisant ainsi les occasions de séduction. C’est la raison pour laquelle les femmes voilées ne se dévoilent qu’en présence des hommes de leur famille et cachent leurs cheveux, leur cou, leurs oreilles, leurs bras et leurs jambes aussitôt qu’elles se retrouvent dans l’espace public. Le burkini n’est que la version aquatique du hidjab, symbolisant l’un comme l’autre, l’absence de liberté sexuelle des femmes musulmanes de même que l’instrumentalisation de leur corps au profit de la communauté. Cela rappelle l’époux, le curé et le médecin, vous ne trouvez-pas?

Le burkini comme indice de la pénétration de l’islamisme

L’immense controverse qui fait rage en France à propos du burkini est révélatrice du succès des islamistes à imposer leur idéologie patriarcale et à contrôler le corps des femmes musulmanes jusque sur les plages. La stratégie des islamistes est fort simple. Dans un premier temps, faire accepter le burkini sur les plages en nous le présentant comme un maillot de bain qui va permettre aux femmes burkinisées de profiter de la plage comme tout le monde. Bref nous culpabiliser de vouloir interdire cet accoutrement sexiste et faire pleurer dans les chaumières.

Si nous ne résistons pas fermement à ce chantage émotif, cela aura pour effet d’augmenter la pression sur les femmes musulmanes qui refusent de porter le burkini, les incitant à rester chez elles plutôt que de s’exposer au harcèlement des burkinisées. Une fois les femmes musulmanes mises au pas, les islamistes s’attaqueront aux femmes non-musulmanes, avec cette fois-ci la rhétorique de la femme qui, en choisissant le burkini, refuse d’être un objet sexuel. Et au nom de l’émancipation des femmes, les plages deviendront bondées de saintes nitouches. Ainsi soient-elles…

Au Québec, la morale islamiste n’est pas que sur les plages

La morale islamiste a pénétré depuis plusieurs années nos écoles publiques, là où sont socialisés la plupart des jeunes québécois. Elle s’affiche dans le hidjab des fillettes et des jeunes filles, dans celui des enseignantes et dans celui des éducatrices en garderie.

Suite aux recommandations faites par le Conseil du statut de la femme en 1978, le gouvernement modifia sa politique en matière d’édition de manuels scolaires afin d’en retirer toute référence à des stéréotypes sexistes dans le but exprès de promouvoir l’égalité des sexes. Alors qu’aujourd’hui nous exposons les jeunes au sexisme outrageant du hidjab des enseignantes et des éducatrices voilées au nom de l’ouverture à la différence. Le sexisme n’est devenu qu’une simple différence. Voilà où nous en sommes après quarante ans de luttes féministes.

Interdire le burkini au Québec?

Oui, il faudrait interdire le burkini au Québec, mais avant de penser à légiférer sur les plages, il faudrait avoir le courage de légiférer sur le port de signes religieux à l’école et dans les garderies. Car si tout le monde ne va pas à la plage, tous en revanche doivent fréquenter l’école, qui est une institution publique.

J’ai souvenir d’un gouvernement qui, il y a à peine trois ans, a voulu, au nom de la laïcité, légiférer sur le port de signes religieux dans les institutions publiques. Les appuis furent nombreux dans la population et les attaques des multiculturalistes, des islamistes et des groupes religieux furent virulentes. Nous savons comment tout cela s’est terminé.

Les péquistes se sont retrouvés dans le confessionnal des curés du multiculturalisme, à se repentir d’avoir été trop loin. Tellement qu’aujourd’hui, bon nombre de politiciens, péquistes comme caquistes, se cramponnent au rapport Bouchard-Taylor, devenu soudainement La Mecque de la laïcité, le meilleur rempart contre les accusations de racisme et d’islamophobie.

Mais savez-vous que ce rapport autorise le port de signes religieux chez les enseignantes et les éducatrices en garderie? À trop vouloir ne pas faire de vagues, on risque bien de se noyer. L’été tire à sa fin et bientôt les plages seront désertes. Il serait peut-être temps d’envisager le retour en classe…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Projet de loi n°59 : De la grande séduction

Le projet de loi n°59 concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux a été l’objet de vives critiques l’automne dernier en commission parlementaire. Jugé liberticide par la plupart des intervenants, la ministre Vallée continue malgré tout de faire la sourde oreille face aux critiques qui lui ont été adressées.

Comment expliquer cet entêtement à vouloir limiter ainsi la liberté d’expression si ce n’est que parce que ce projet de loi s’inscrit dans une stratégie plus large concernant la nouvelle politique d’immigration du gouvernement libéral.

Le secteur privé et les accommodements religieux

Cette nouvelle politique d’immigration a comme axe principal le recrutement des immigrants en fonction des besoins du marché du travail à partir d’une déclaration d’intérêt des entreprises privées.

La stratégie proposée entend corriger d’importants obstacles à l’insertion professionnelle par une meilleure francisation, une reconnaissance des acquis et des compétences et une réduction du délai pour le traitement des demandes. Il manque toutefois un élément important que la ministre Weil n’a pas abordé, c’est celui des accommodements raisonnables en milieu de travail.

Dans le mémoire que la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a présenté lors des auditions sur la Charte des valeurs en janvier 2014, elle souligne que ce projet de loi va nuire à l’image du Québec à l’international et que ceci va rendre difficile les efforts pour attirer des talents provenant de l’immigration alors que l’augmentation de la main-d’oeuvre se fait essentiellement par l’immigration. De plus, y lit-on que, pour la période 2008-2012, 36,9 % des immigrants de la catégorie immigration économique proviennent d’Afrique. Près de 25 % d’Afrique du Nord. Et la FCCQ d’ajouter : «On sait tous qu’une forte proportion de ressortissants d’Afrique, en particulier du Maghreb, est de confession musulmane. Quel message reçoivent-ils du Québec depuis quelques mois?» La FCCQ conclut qu’elle ne réclame aucune intervention du gouvernement.

De son côté, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) qui regroupe majoritairement des travailleurs et travailleuses du secteur privé, dans son mémoire présenté en 2007 à la Commission Bouchard-Taylor, bien qu’elle reconnaisse que le service public diffère d’un emploi au privé, elle insiste sur l’obligation d’accommodement raisonnable pour rendre les milieux de travail plus inclusifs dans le secteur privé.

Plus soucieux d’engranger les profits que de défendre des valeurs collectives, vous aurez compris que le secteur privé, n’étant pas tenu à l’exigence de laïcité puisqu’il ne relève pas de l’État, sera très conciliant face aux demandes d’accommodements religieux.

Jacques Frémont et l’Open Society Foundations

Un article du journal Forum du 20 février 2012, nous apprend qu’à cette époque, Jacques Frémont, l’actuel président de la Commission des droits de la personne et de la Jeunesse (CDPDJ), était directeur de l’International Higher Education Support Program à l’Open Society Foundations – un organisme financé par le milliardaire Georges Soros.

Dans une conférence qu’il a prononcé à l’Université de Montréal en février 2012, M. Frémont affirme que : «L’enseignement supérieur est devenu un important objet de préoccupation des États, en Afrique comme en Asie centrale, partout! C’est un enjeu de développement, de diplomatie, de positionnement international qui est incontournable actuellement». On en déduit que la concurrence à l’échelle mondiale entre les universités pour recruter des étudiants étrangers soit devenue un enjeu majeur. Rappelez-vous la ministre Weil en conférence de presse disant vouloir «les amener à rester».

De la grande séduction pour le vivre-ensemble

Et pour charmer ces étudiants étrangers ainsi qu’établir des partenariats avec d’autres universités, pour attirer ces travailleurs immigrants, le milieu éducatif et celui du travail devront être très accueillants et donc peu scrupuleux sur des accommodements religieux tel la prière, le port du voile, le ramadan, les congés, le halal, les horaires de travail. Ce qui rendra le Québec plus attrayant et facilitera le libre marché de la main-d’oeuvre et des cerveaux conformément aux intérêts du capitalisme mondial néolibéral.

Mais voilà que ceci risque de créer bien du mécontentement dans la population, dans un Québec qui a connu deux épisodes de contestation d’ouverture au religieux; celui des accommodements raisonnables en 2007 et celui de la Charte des valeurs qui, en 2013, a obtenu un fort appui chez les francophones. C’est la raison pour laquelle le gouvernement Couillard a conclu qu’une telle entreprise de séduction des immigrants doit être assortie d’un volet répressif dans le but d’empêcher une nouvelle montée de lait des Québécois et que le peuple devienne un acteur politique important.

De la grande répression pour mieux vivre ensemble

Dénonciation, plaintes anonymes, accusations devant un tribunal civil, interdiction de publication, amendes etc… Une procédure simple, efficace et sans frais pour quiconque se sentira lésé. Un projet de loi orwellien qui va museler toute critique des religions, particulièrement de l’islam, et offrir aux intégristes et à tous ceux et celles qui mènent une bataille politique contre les laïques un outil répressif digne des pires fascismes.

Ce gouvernement a compris que les insultes et les accusations habituelles de xénophobie et d’islamophobie ne suffisent plus pour faire taire les gens. Il faut dorénavant les amener devant un tribunal. Ainsi le privé pourra tranquillement accommoder le religieux comme bon lui semble et, pourquoi pas, devenir dans le futur le modèle qui servira à la gouverne des nos institutions publiques.

Ce projet de loi n°59 n’est pas tombé du ciel et l’obstination de la ministre Vallée à vouloir aller de l’avant malgré une forte opposition révèle à quel point il est lié à un d’autres enjeux comme celui de la laïcité, de l’immigration et du libre marché. Et pour parvenir à leurs fins, les libéraux n’hésitent pas à bafouer la liberté d’expression qui est l’un des droits les plus fondamentaux de toute démocratie.

Les planètes libérales sont bien alignées; augmentation des réfugiés du côté fédéral et augmentation des immigrants économiques au provincial. On ouvre les vannes de l’immigration tout en soumettant le Québec à une répression sans précédent qui en plus de river définitivement le clou à la fameuse Charte des valeurs, servira d’exemple pour le reste du pays.

 

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Cologne, et après ?

Les crimes sexuels de masse dont des femmes européennes ont été victimes au Nouvel An soulèvent une question essentielle; si ces femmes avaient été voilées, auraient-elles été agressées par ces hommes arabes? Je pense que non.

Ces évènements scandaleux illustrent à quel point le voile islamique est bien plus qu’un simple vêtement religieux ou culturel comme le prétendent les militantes pro-voile, en ce qu’il participe d’une idéologie patriarcale et comporte une fonction sociale et politique que nous aurions tort d’ignorer.

Le voile fait de la femme un objet sexuel

Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que la femme est un objet sexuel. C’est s’afficher ostensiblement comme une proie sexuelle au regard des hommes. C’est se définir comme objet du désir des hommes, tout en transformant ceux-ci en de vulgaires prédateurs.

Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que le sexe n’appartient qu’aux hommes et que le désir sexuel ne se conjugue qu’au masculin. C’est témoigner publiquement de la négation de son propre désir dans ce qu’il a de plus sauvage et de plus intime. C’est consentir à son refoulement le plus violent, dont la version sublimée se drape dans la vertu, la respectabilité et la pudeur.

Cacher ainsi son corps, c’est accepter de n’être définie que par le regard des hommes. C’est se constituer en objet au lieu de se comporter en sujet libre et autonome. C’est se poser comme l’inessentiel, l’accessoire, le factice en face de l’essentiel masculin. Tout le contraire de la liberté. C’est d’ailleurs l’une des grandes leçons du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’était en 1949 …

Le voile islamique est un formidable pied de nez à toutes ces femmes qui se sont battues pour la reconnaissance de leur désir et de leur sexualité. Il représente la triste et silencieuse liquidation de plusieurs décennies de luttes féministes qui ont permis aux femmes d’aujourd’hui d’avoir droit au sexe.

Le voile comme prolongement de l’espace domestique
La femme, c’est le sexe et le sexe c’est le désordre. Très tôt, l’on apprend aux femmes que leur corps est une menace pour les hommes. Lorsque Khomeiny a pris le pouvoir en 1979 en Iran, il a d’abord exigé que les femmes soient voilées sur les lieux de travail, puis quelques mois plus tard, il a étendu l’obligation du port du voile à tout l’espace public.

Par le voile des femmes, Khomeiny a chassé le sexe de l’espace public et aseptisé le regard, minimisant ainsi les occasions de séduction. Ce voile islamique avait pour fonction principale de prolonger l’espace domestique dans l’espace public et de confiner le sexe au mariage et à la famille. Il devenait ainsi le rempart contre la dislocation de la famille et la dépravation des moeurs, le socle sur lequel se fondera la morale islamique.

Encore aujourd’hui dans nos démocraties occidentales, ce voile réfère au sexe et à cette morale étriquée avec pour ambition de purifier l’espace public de tout ce qui n’est pas conforme à celle-ci. Pour ces femmes voilées que nous croisons sur la rue, liberté d’étudier, oui, liberté de travailler, oui, mais liberté sexuelle, non.

Le voile est lié à la liberté sexuelle des femmes
Le sujet est tabou, même dans islam; le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman sauf si l’époux se convertit à l’islam. Les codes de la famille marocain et algérien reprennent d’ailleurs cet interdit. Sachant que l’enfant aura la religion du père, on comprend mieux pourquoi les femmes ne doivent épouser que des musulmans.

Cette limitation à leur liberté sexuelle et affective montre bien à quel point la sexualité des femmes demeure soumise aux exigences de la communauté pour être mise au service de la Oumma. Le voile islamique n’est qu’un puissant révélateur de cette instrumentalisation de leur sexualité et d’une morale patriarcale et antiféministe qui refuse aux femmes le droit individuel à disposer de leur propre corps. Contrairement à ce que prétendent les pro-voile, celui-ci n’est pas un symbole d’émancipation mais bien un prodigieux symbole d’aliénation.

Exit le féminisme : On naît femme
Par choix ou non, il n’y a que les femmes qui portent le voile. Naturaliser les différences entre les sexes et essentialiser les identités sexuées; voilà une des principales fonctions du voile islamique qui contribue à renforcer la thèse voulant que ce soit la nature qui détermine le destin des femmes. Parce que dans l’islam comme dans toutes les autres religions, on naît femme.

Du dix-huitième siècle jusqu’à aujourd’hui, tout le féminisme s’est bâti sur une contestation radicale de cette thèse voulant que la vie des femmes soit basée sur leur anatomie. C’était d’ailleurs la thèse centrale du Deuxième Sexe; on ne naît pas femme, on le devient. Le féminin est bien davantage une construction sociale qu’un donné de la nature. Tout le contraire de ce qu’affirme les religions qui n’ont jamais été un facteur d’émancipation pour les femmes. Et le voile islamique nous fait reculer de quelques siècles.

Cologne, et après?
Quel rapport avec les évènements de Cologne, me direz-vous? Ces agressions nous donnent une indication sur la vision islamique de la sexualité et sur le sens du port du voile. Porter et défendre le voile, c’est partager la même vision, la même idéologie que ces hommes arabes qui ont agressé des milliers de femmes non voilées. Le voile islamique n’est que l’autre face d’une même médaille.

Dans le but de mettre un terme à ces agressions, plusieurs pays européens ont mis sur pied des cours de relations hommes-femmes pour les migrants. Mais on ne peut pas éduquer ces hommes arabes d’un côté et laisser des éducatrices musulmanes en garderie et des enseignantes musulmanes dans nos écoles publiques porter un symbole sexiste. Est-ce ainsi que l’État québécois entend éduquer nos jeunes et protéger les droits des femmes? On devrait également interdire le port du voile pour les filles fréquentant l’école publique. Protéger les mineures et envoyer un message clair sur l’égalité des sexes.

25 janvier 2016

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Entrevue sur la laïcité à l’émission de Nathalie Di Palma

http://archives.ckut.ca/128/20150216.19.00-20.00.mp3

 

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