Avortement : les femmes ne sont pas des animaux !

Le récent jugement de la Cour suprême américaine retirant aux femmes la protection constitutionnelle du droit à l’avortement représente une des plus violentes attaques à leur dignité et à leur liberté, que les femmes américaines aient vécue depuis plusieurs décennies. En abandonnant le corps de celles-ci à la guérilla juridique menée par les chrétiens évangéliques dans nombre d’États, ce jugement abject rabaisse les femmes au niveau de l’animalité, à égalité, non plus avec les hommes, mais bien avec les souris, les chattes et les chiennes.

La biologie, un élément essentiel de la « situation » des femmes

De Condorcet en France à Mary Wollstonecraft et John Stuart Mill en Angleterre, on a toujours invoqué la « coutume » ou le manque d’éducation des femmes pour expliquer leur infériorisation. Ainsi la solution proposée résidait dans l’instruction obligatoire et la mixité dans l’éducation, afin que les filles puissent bénéficier des mêmes enseignements et des mêmes chances de promotion sociale que les garçons. 

Ce sera l’une des grandes leçons du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, qui, dès le premier chapitre de son ouvrage, insiste sur l’importance décisive de la biologie dans la vie des femmes et sur la nécessité de pouvoir contrôler leur fertilité afin que cette biologie ne devienne pas un destin figé, où les filles et les femmes subissent des grossesses à répétition et enfantent sans l’avoir choisi.

Alors que chez les autres mammifères, le cycle œstral ne se déroule que pendant une saison, chez la femme, celui-ci a lieu à chaque mois, faisant que « de la puberté à la ménopause, la femme est le siège d’une histoire qui se déroule en elle et qui ne la concerne pas personnellement ». « Sans répit, dira de Beauvoir, la femme ébauche le travail de la gestation ». « Ces données biologiques sont d’une extrême importance : elles jouent dans l’histoire de la femme un rôle de premier plan, elles sont un élément essentiel de sa situation. »

Le droit à l’avortement pour enfanter librement

C’est pourquoi, il ne peut y avoir de liberté et d’égalité pour les femmes sans un contrôle rationnel de leur fertilité et une prise en charge sociale de celle-ci, c’est-à-dire un accès gratuit à la contraception, à l’avortement et aux services de garderie qui soient garantis par l’État, pour permettre aux femmes de décider si elles veulent ou non un enfant, du moment de leur maternité et du nombre d’enfants souhaités. 

Car que peut bien vouloir dire pour une femme poursuivre des études supérieures, décrocher un emploi et avoir une carrière, si elle risque de devenir enceinte chaque mois sans l’avoir voulu ? Honnêtement, quel homme se trouve dans pareille situation ? Aucun, alors que c’est le lot de chaque femme.

Contrôler son corps est l’assise de sa liberté et refuser ce droit aux femmes, comme le font toutes les religions, c’est contraindre celles-ci à enfanter contre leur gré, les abaisser à n’être que des poules pondeuses au service de la famille, de la communauté ou de la nation, qu’importe, et les empêcher d’entrer de plain-pied dans l’humanité. Le scandale, il est là. L’inacceptable, il est là, parce que les femmes ne sont tout simplement pas des animaux ! Et si les chiennes et les chattes, coincées dans leurs poils et leur animalité, enfantent dans la répétition et l’inconscience, les femmes sont, en revanche, des êtres historiques, avec une conscience, des désirs, des projets et une volonté de vivre librement, à l’égal des hommes. 

« Tosca, tu me fais oublier Dieu ! »

Cette petite phrase de Scarpia qui fantasme sur le corps de Tosca dans l’opéra de Puccini résume magnifiquement la criante opposition entre le plaisir sexuel et le ciel. Cela explique pourquoi toutes les religions sont obsédées par le sexe, dont elles redoutent la puissante force d’attraction. Il est leur pire ennemi parce qu’il éloigne de Dieu et ruine l’intérêt pour l’autre monde. Limiter le plaisir sexuel à la stricte reproduction et condamner tout ce qui s’en écarte, telle est l’intention fondamentale de toute religion. 

Il faut donc voir ces idéologies patriarcales comme étant un formidable dispositif de contrôle de la sexualité, particulièrement de celle des femmes, qui occupent une position centrale quant à la reproduction.

Pour parvenir à un tel rétrécissement de la sexualité, les religions doivent contraindre les femmes à la maternité et réprimer toute vie sexuelle qui ne vise que le plaisir. Voilà pourquoi les religions condamnent la contraception, l’avortement et le mariage homosexuel, alors qu’ils font la promotion morale de l’épouse et de la mère comme étant un gage d’accomplissement et d’émancipation pour les femmes. Doit-on alors s’étonner que la contraception et le mariage homosexuel soient dorénavant dans le collimateur des juges conservateurs de la Cour suprême américaine ?

Les femmes, des animaux ? 

Ce qui émane de ce jugement est carrément ignoble parce que les femmes y sont humiliées et déchues de leur humanité. Pendant que l’on dénonce avec raison la maltraitance face aux animaux de compagnie et que l’on exige la fermeture des animaleries pour mettre fin aux usines à chiots, les chrétiens évangéliques veulent interdire la contraception et l’avortement pour transformer les femmes en usines à bébés. Bienvenue dans le meilleur des mondes !

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L’affaire de Chelsea, une mise à feu réussie mais attention à l’explosion !

On croyait avoir tout vu et tout entendu concernant la loi sur la laïcité, mais détrompez-vous chers amis, une nouvelle manche est en train de se jouer et la partie continue. Qui aurait pu imaginer une stratégie aussi vicieuse et malhonnête que celle de l’embauche illégale d’une enseignante voilée par la commission scolaire Western Québec pour transformer celle-ci en premier martyr de la loi 21 et mettre à nouveau en orbite les plus farouches opposants à cette loi ? 

En une seule semaine, la machine médiatique de La Presse et de Radio-Canada s’est emballée pour « fabriquer » et amplifier cette nouvelle, espérant susciter une vague d’indignation et de soutien à l’enseignante, plutôt que de dénoncer son engagement illégal, deux ans après l’adoption de la loi 21. Mais l’objectif principal de ce pilonnage médiatique, c’était de forcer les politiciens à se prononcer sur cet événement, de faire pression sur eux afin qu’ils fassent monter les enchères, condamnent la loi 21 et qu’ils interviennent dans la contestation de celle-ci devant les tribunaux. 

C’est ainsi que l’on a pu comprendre que Justin Trudeau interviendra en Cour suprême après les prochaines élections québécoises et que Jagmeet Singh, qui avait promis lors de la dernière campagne électorale fédérale, de ne pas intervenir devant les tribunaux pour contester la loi 21, a changé son fusil d’épaule et n’écarte plus la possibilité de se mêler des affaires du Québec. Maintenant que les élections fédérales sont passées et qu’il a compris que son Klondike est davantage dans l’Ouest canadien qu’au Québec. 

On apprend même que le maire de Brampton en Ontario, Patrick Brown, dont 70 % de la population appartient à des minorités visibles, a accordé 100 000 $ à certains organismes, dont le Conseil national des musulmans canadiens, qui contestent la loi 21 devant les tribunaux et qu’il a envoyé une lettre aux maires des 100 plus grandes municipalités canadiennes, leur demandant de faire de même, ajoutant qu’il est important de combattre cette loi qui pourrait créer un dangereux précédent. 

Le maire de Toronto lui a emboîté le pas, suivi de ceux de Calgary et Winnipeg. En France, on dit de la mairie : une mosquée, trois mandats. Je vous prédis que le maire de Brampton a au moins deux autres mandats devant lui. 

La loi 21, celle par qui tout nous arrive 

Les insultes

Depuis des décennies, il n’y a pas une seule loi votée au Québec qui a connu autant d’opposition et nous a valu autant de mépris et d’injures que la loi 21. Pour vouloir séparer les religions de l’État, comme on l’a fait avec les catholiques, mais cette fois-ci en incluant l’interdiction du port du voile islamique chez les enseignantes, nous avons reçu les pires insultes ; la loi 21 a été comparée à un génocide ethnique pacifique (!) par le maire d’Hampstead, William Steinberg. Elle a aussi été comparée aux lois de Nuremberg par l’avocat Azim Hussain lors du procès en Cour supérieure, un dangereux prélude au nazisme, semble-t-il. 

De nombreuses manifestations contre cette loi, ont été organisées à Montréal. Sur les pancartes, on pouvait y lire : fascisme, KKK, racisme systémique, islamophobie, populisme, identitaires d’extrême-droite, laïcards. On le dit dans les journaux, sur les réseaux sociaux et même dans les universités. On a même fait un lien entre l’attentat de London en Ontario et la loi 21 au Québec. C’est fou comme on s’amuse quand on défend la laïcité face à l’islam.

La désobéissance civile

Moins d’une semaine seulement après le dépôt du projet de loi 21, notre bon ami Julius Grey, reprend le bâton de pèlerin de Gandhi et de Thoreau pour prôner la désobéissance civile, disant que « s’il y a une loi qui est contraire à notre conscience, vous pouvez désobéir. » Au même moment, le député de Québec solidaire, Alexandre Leduc, déclarera à l’Assemblée nationale : « La désobéissance civile, ce n’est pas un crime. C’est une tactique qui existe pour contester un projet de loi ou pas. Je ne dis pas que c’est la meilleure stratégie à utiliser. Les gens qui veulent la contester utiliseront cette stratégie s’ils le veulent. » 

Me Grey a même menacé d’entreprendre des démarches auprès de l’ONU pour dénoncer cette loi, ce qui a probablement donné des idées à Bob Rae, ambassadeur canadien à l’ONU, qui a déclaré ces jours-ci sur Twitter que la loi 21 est discriminatoire et qu’elle va à l’encontre de la Déclaration des droits de l’homme.

Se soustraire à la loi 21

En avril 2019, avant même l’adoption de la loi 21, en juin 2019, un front commun des élus de la métropole demandait au gouvernement l’octroi d’un statut particulier pour Montréal, qui lui permettrait de se soustraire à l’application de la loi alors même que l’association des municipalités de banlieue menaçait de ne pas appliquer cette loi.

La commission scolaire de Montréal (CSDM) s’opposait à la loi et demande au gouvernement, quatre jours après son adoption, un délai d’un an avant de se conformer à celle-ci. Ce qui lui sera refusé. 

Le Canada se mêle de nos affaires

En novembre 2019, les élus à Queen’s Park (Ontario) réclament l’abrogation de la loi 21. Deux jours après, le gouvernement manitobain de Brian Pallister lance des publicités dans les journaux et les médias numériques, invitant les fonctionnaires du Québec à déménager au Manitoba. À « Winnipeg, où les nuits sont longues … » comme dans la chanson ! Deux jours après, le maire d’Edmonton (Alberta) applaudit la sortie du premier ministre manitobain contre la loi 21. En février 2020, le conseil municipal de la ville d’Ottawa dénoncera à son tour la loi 21.

Novembre 2020, début du procès contre la loi 21 : le combat de David contre Goliath

Intervenants en défense de la loi 21 : 

Le gouvernement du Québec, le Mouvement laïque québécois (MLQ) et Pour les droits des femmes-Québec (PDF-Q).

Intervenants contre la loi 21 : 

Ichrak Nourel Hak, Amrit Kaur, Andréa Lauzon, Hakima Dadouche, Bouchera Chelbi, Mubeenah Mughal, Pietro Mercuri, Corporation of the Canadian Civil Liberties Associations, National Council of Canadian Muslims, World Sikh Organization of Canada, Amnistie international section Canada francophone, Commission canadienne des droits de la personne, Quebec Community Groups Network, Association de droits Lord Reading, Comité juridique de la Coalition inclusion Québec, English Montreal School Board et la Fédération autonome de l’enseignement.

La clause dérogatoire, le nœud de la guerre

N’eut été de la clause dérogatoire, la loi 21 aurait été invalidée en entier par le juge Marc-André Blanchard. Il faut savoir que cette clause ne permet pas au législateur de se soustraire à la totalité des articles de la Charte canadienne mais uniquement à l’article 2 et ceux allant de 7 à 15, où ce dernier article interdit notamment la discrimination basée sur un motif religieux.

Pour le dire simplement, le juge dont le jupon dépassait tout au long du procès a donné raison aux opposants à la loi qui ont appuyé leur requête sur des articles auquel le législateur ne pouvait pas déroger.

La loi 21, celle par qui tout adviendra

De toute évidence cette cause est de première importance pour l’ensemble du Canada parce que si la Cour suprême validait la loi 21, cela modifierait de façon significative et substantielle la jurisprudence canadienne. 

Dans l’hypothèse où la loi 21 serait déclarée constitutionnelle, cela autoriserait toutes les provinces canadiennes à légiférer de la même façon que le Québec. Quand on sait que plus de 40 % de Canadiens donnent leur appui à la loi 21, on comprend que l’enjeu soit énorme pour les lobbys religieux qui font pression sur les élus à travers tout le Canada pour qu’ils condamnent cette loi. C’est de ce « dangereux précédent » dont parle le maire de Brampton.

À l’inverse, si la loi 21 était déclarée inconstitutionnelle, nos adversaires auraient gagné non seulement le droit constitutionnel d’invalider la loi 21 au Québec, mais également celui d’empêcher toutes les autres provinces canadiennes à pouvoir légiférer dans le même sens.

La clause dérogatoire protège la loi 21 et soyons assurés que c’est sur celle-ci, davantage que sur la laïcité, que va se concentrer les efforts des opposants à cette loi. D’abord, on essaie de nous convaincre de l’inutilité de celle-ci. C’est d’ailleurs ce que nous ont dit Julius Grey et Charles Taylor et c’est exactement ce que nous martèlent des chroniqueurs de La Presse, tels Yves Boisvert et Michel C. Auger, depuis une semaine. On va l’entendre encore et souvent, croyez-moi.

L’idée c’est d’amener le gouvernement Legault à devoir prouver l’utilité de sa loi et de devoir démontrer qu’il est donc pleinement justifié d’utiliser la clause dérogatoire. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, un gouvernement peut se prévaloir de la clause dérogatoire sans avoir à se justifier d’aucune façon. Et c’est justement cela que les avocats des opposants vont attaquer en Cour suprême en demandant aux juges de baliser et d’imposer des limites à cette fameuse clause dérogatoire. 

Je l’ai déjà dit et je le répète, cette bataille autour de la loi 21 constitue un formidable tremplin vers l’indépendance. Parce que c’est à travers elle que l’on va faire la démonstration la plus éloquente de notre aliénation dans le régime fédéral et que c’est aussi à travers elle que nous retrouverons le goût, la force et la fierté de se donner un pays.

Michel C. Auger concluait un de ses plus récents articles en disant que « Le premier ministre Legault ne s’aide certainement pas en répétant chaque fois qu’on lui en parle que la loi 21 est populaire. Sauf, ajoutait-il, que les chartes des droits existent précisément pour protéger les minorités contre des lois injustes mais populaires pour la majorité. Un sondage, devant un tribunal, ça ne pèse pas lourd. » 

Mais, croyez-moi, quand cette majorité va se lever, on verra bien que ce n’est pas qu’un sondage. Pour une raison fort simple. L’arrogance et le mépris ont assez duré. Nous en avons assez. Attention à l’explosion ! …

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Culture et citoyenneté québécoise : objectif Terre !

Vous pensez à Tintin ? En fait, il s’agit plutôt de Prévert. En prenant connaissance des orientations du nouveau programme Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) en remplacement du cours d’Éthique et de culture religieuse (ECR), je n’ai pu m’empêcher de penser aux toutes premières phrases de son Pater Noster« Notre Père qui êtes aux cieux. Restez-y. Et nous nous resterons sur la terre. Qui est quelquefois si jolie ». 

Contrairement au cours ECR, ce nouveau cours va s’ancrer avec bonheur non seulement dans notre histoire et notre culture mais aussi sur la terre, délaissant le ciel et la valorisation des arrières-mondes pour une approche résolument séculière, qui s’inscrit dans l’horizontalité, avec des thèmes bien actuels couvrant les multiples facettes de la vie en société et dont le fil conducteur est, comme l’a affirmé le ministre Roberge, celui d’une éducation à la citoyenneté. 

La citoyenneté, un concept politique 

La citoyenneté est ce qui définit l’individu dans son rapport à l’État, avec ses droits et ses devoirs, et qui par l’exercice de ceux-ci, le fait accéder à la communauté politique. Un citoyen est plus qu’un simple individu. C’est celui qui, conscient de son histoire, de sa culture, des valeurs partagées et du rôle des institutions publiques, a acquis non seulement une maturité politique mais aussi le sentiment d’appartenance à une grande communauté, celle de la nation.

La citoyenneté nous place au cœur de la tradition républicaine, où l’État garantit à tous et à chacun, l’égalité en droit et en dignité, indépendamment de ce qui le distingue, que ce soit le sexe, la race, l’orientation sexuelle ou encore la religion, etc. Organiser la vie sociale et politique selon l’exigence de l’universalisme, en misant sur ce que nous avons en commun, la citoyenneté.

Bâtir ce nouveau programme autour de la citoyenneté implique donc de rompre avec la vision libérale du cours d’ECR dans laquelle il n’y a que des individus qui se définissent en fonction de leurs particularismes religieux, mettant ainsi l’accent sur ce qui les différencie, ce qui a pour effet de miner la cohésion sociale.

La liberté de conscience ou la possibilité d’un monde sans Dieu

Il existe une liberté encore plus fondamentale que la liberté religieuse et dont le cours d’ECR ne dit mot, c’est la liberté de conscience. Elle se définit comme le droit de croire ou de ne pas croire, incluant celui de changer de religion ou de l’abandonner. Cette liberté est, par principe, antérieure à la liberté religieuse puisqu’elle reconnaît le droit de ne pas croire, posant ainsi la possibilité d’un monde sans Dieu, celui de l’athéisme, un monde où l’homme se réapproprie sa vie et assume ses choix. Un monde où sa liberté et sa responsabilité sont totales et dans lequel l’éthique est enfin débarrassée de la théologie.

Cette liberté de conscience n’est pas banale puisqu’elle est également au cœur de la posture laïque, car si l’on sépare la religion de la politique, c’est justement pour préserver la liberté de conscience de chaque citoyen. Ainsi la laïcité pourra être expliquée dans les écoles et ce sera une première au Québec, où l’éducation à la laïcité manque cruellement.  

Alors que tout dans le programme, supposément sans biais, du cours d’ECR pointait dans la même direction, celle d’un monde avec Dieu, on a volontairement ignoré la liberté de conscience, l’athéisme et la laïcité pour se consacrer à la seule promotion du fait religieux et normaliser l’existence d’un autre monde. Avouez que comme neutralité, il est difficile de faire pire … Fort heureusement, le nouveau programme CCQ propose de corriger ces lacunes inacceptables.

La religion comme fait social 

Contrairement au cours ECR, le nouveau cours CCQ n’accorde pas à la religion de statut privilégié mais propose plutôt de l’aborder comme un fait sociologique et de la traiter au même titre que la culture ou la science. Qui sait, peut-être que les élèves en discutant de dilemmes moraux pour développer leur esprit critique découvriront que les religions prescrivent des positions éthiques sexistes et homophobes, anti-contraception, anti-avortement et opposées à « mourir dans la dignité » ? Parce que dans une perspective profane, où la religion ne tombe pas du ciel et qu’elle n’est pas coulée dans le béton de la révélation, rien ne justifie d’accorder à celle-ci un statut épistémique particulier qui l’exempterait de tout examen critique. 

Traiter la religion comme un fait social parmi d’autres, c’est aussi rompre avec l’idée largement répandue par le cours d’ECR, qu’il n’y a que la religion qui ait la compétence dans le traitement des questions du sens comme celle de la mort, de l’origine et de la finalité de l’univers. Cette prise de position n’est pas sans rappeler les propos de Benoît XVI dans son célèbre Discours de Ratisbonne (2006), dans lequel il déclarait que les interrogations concernant l’éthos ne trouvent pas de place dans les sciences et donc que celles-ci sont insuffisantes pour construire une éthique. Ce nouveau cours CCQ permet toutefois d’envisager d’autres perspectives pour traiter des questions ultimes, notamment celle de la science ou des philosophies matérialistes. 

« Entrer en citoyenneté »

Les orientations du cours de Culture et citoyenneté québécoise présentent un projet ambitieux, non pas tant par la quantité de thèmes qui s’étaleront sur dix années, que par la profondeur des réformes annoncées et l’ouverture aux nouveau thèmes qu’elles génèrent.

En effet, en faisant de la citoyenneté le vecteur principal de cette refonte, ce nouveau cours invite à un changement de paradigme, marquant ainsi une rupture radicale d’avec le libéralisme anglo-saxon qui sous-tendait le cours d’ECR pour passer à celui du républicanisme français, hérité des Lumières et dans lequel la grande majorité des Québécois se reconnaît davantage.

Nombreux ont été ceux qui jusqu’à maintenant accusent le gouvernement Legault de vouloir instrumentaliser ce cours à des fins politiques. Il faudrait peut-être prendre un peu plus de hauteur pour s’apercevoir que ce cours propose d’amener les élèves à pouvoir exercer leur citoyenneté pleine et entière, c’est-à-dire de les amener à devenir des Sujets politiques au sens le plus noble du terme.

S’il fut une époque au Québec où l’un des rôles de l’école était de nous faire « entrer en religion », le temps est maintenant venu d’assumer pleinement l’héritage des Lumières et de nous faire « entrer en citoyenneté ».

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L’islamisme n’est pas une lubie islamophobe 

J’aimerais ici revenir sur certaines affirmations présentées dans la réplique de Michel Seymour, «L’envahissement de l’islamophobie », publiée dans La Presse le 20 septembre, en réaction à mon texte « L’envahissement de l’islam politique n’est pas une psychose », publié le 16 septembre. 

Selon Michel Seymour, « les attentats terroristes ne seraient pas la preuve d’une tentative d’envahissement de l’islam politique mais plutôt la réaction contre l’envahissement du Moyen-Orient par l’Occident. » Une réaction à la suite des interventions et de l’ingérence américaine, française et britannique dans cette région. 

Des attentats en pays musulmans

Mais que penser alors des nombreux attentats terroristes islamiques qui ont eu lieu depuis les années 80 au Moyen-Orient et en Afrique, en Inde, en Algérie, où 200 000 personnes ont été tués lors de la décennie noire, en Égypte contre les chrétiens coptes et en Irak contre des musulmans chiites ? C’était une réaction à quoi au juste ? 

Et que penser du vent de liberté qui a soufflé sur plusieurs pays arabes en 2011, lors des printemps arabes, et qui a été étouffé par les islamistes ? En Égypte, par exemple, où en 2012, avec le soutien du Qatar (3 millions de dollars), les Frères musulmans ont installé Morsi à la présidence du pays, qui a été renversé l’année suivante par l’armée et remplacé par le maréchal Sissi, avec le soutien financier de l’Arabie saoudite et du Koweit (12 milliards de dollars) ?

Ces rivalités entre le Qatar et l’Arabie saoudite sont bel et bien l’expression d’un califat jihadiste mené d’abord dans des pays musulmans pour islamiser les populations, et qui s’est transporté en Europe au cours des dernières décennies, où celle-ci est devenu le théâtre d’une concurrence entre ces deux puissances qui ambitionnent d’imposer leur vision fondamentaliste de l’islam aux musulmans d’Europe afin de contrôler le « marché de l’islam » dans les pays d’immigration et de poursuivre leur objectif ultime vers le califat.

Des lobbies islamiques mondiaux : l’OCI et l’ISESCO 

L’Organisation de la coopérations islamique (OCI), créée en 1969, en Arabie saoudite, est une sorte de Nations Unies du monde musulman qui regroupe 57 pays musulmans (sunnites et chiites) ayant pour but de défendre les intérêts de ces pays auprès d’autres pays, des instances internationales et des représentant politiques.

En Europe et en Occident, l’OCI est parrainée principalement par la Turquie et l’Arabie saoudite et elle a pour objectif de préserver l’identité islamique des communautés musulmanes afin d’éviter que celles-ci adoptent les valeurs occidentales, espérant ainsi que la protection de cette identité islamique serve également à des fins de prosélytisme religieux.

Dans un manuel de l’OCI appelé « Stratégie de l’Action culturelle islamique en Occident », l’OCI affirme « que les communautés d’immigrants musulmans en Europe font partie de la nation islamique » et recommande « une série de mesures visant à empêcher l’intégration et l’assimilation des immigrants dans la culture européenne ».

Vu sous cet angle, le hijab apparaît comme un élément important dans la construction de l’identité islamique de même qu’un puissant vecteur de propagation d’un islam fondamentaliste. En ce sens, il acquiert une connotation politique indéniable et ne peut être considéré comme un simple vêtement. Mais pour Michel Seymour, cette interprétation ne serait que le fruit d’une imagination débordante.  

Ajoutons ici qu’en opposition avec la Déclaration Universelle des droits de l’homme de 1948, l’OCI a adopté, en 1990 au Caire, une Déclaration des droits de l’homme en islam qui stipule que « tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sont soumis aux dispositions de la charia » (art.24) et « la charia est l’unique référence pour l’explication ou l’interprétation de l’un quelconque des articles contenus dans la présente Déclaration » (art. 25). En bref, que c’est la charia qui est la source de toute législation.

L’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO), une sorte d’Unesco de l’islam, initiée en 1981 par le Maroc et l’Arabie saoudite, est une filiale de l’OCI. S’adressant à des musulmans vivant dans des pays non musulmans, elle a pour objectif de promouvoir et de consolider chez les jeunes musulmans une identité islamique qui les dissuaderait d’adopter des valeurs et un style de vie qui ne seraient pas en conformité avec l’islam. 

Des textes officiels de l’ISESCO, consultables en ligne, décrivent d’ailleurs les différentes stratégies culturelles pour islamiser les jeunes, notamment le document « Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du Monde islamique».

Loi 21 et parents musulmans

Les parents musulmans qui ont témoigné l’automne dernier pour le Mouvement laïque québécois (MLQ) au procès contre la loi 21, ont défendu résolument cette loi et l’interdiction du port de signes religieux chez les enseignantes et les enseignants, expliquant au juge Blanchard qu’ils ne souhaitaient pas que leurs enfants soient soumis à un prosélytisme religieux qui les enfermerait dans une identité islamique qui ne serait ni leur choix ni celui des parents. 

C’est de cela dont ils parlaient, de cette pression d’un islam politique qui pourrait s’exercer sur leurs enfants, pas sur les Tremblay du Lac Saint-Jean, mais sur les enfants de parents musulmans et auquel le juge n’a malheureusement rien compris. 

Orientalisme imaginaire 

Parler de cela, est-ce de l’islamophobie ? Pour Michel Seymour, il semblerait que si. Nous considérons qu’une telle lecture doit pouvoir se faire sans subir les soupçons d’islamophobie.  Certains progressistes valorisent un Orient imaginaire qui serait émancipateur du seul fait qu’il s’oppose à l’Occident. Il faudrait peut-être aller au-delà de cela …

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L’envahissement de l’islam politique n’est pas une psychose

Dans l’article de Nicolas Bérubé « Comment le 11-Septembre a changé le Québec », paru dans La Presse le 7 septembre, le journaliste invite Michel Seymour à exposer son point de vue sur cette question. 

Seymour dira que depuis les attaques terroristes du 11-Septembre, « il y a eu une montée internationale de l’islamophobie et que chez certains intellectuels français et québécois, on a commencé à sentir une sorte de psychose de l’envahissement de l’islam politique, qui curieusement n’arrive pas. » 

Il ajoutera que c’est dans ce contexte que le projet de Charte des valeurs et la loi 21 sont apparues. Non pas que ceux-ci soient islamophobes, précise Seymour, mais que l’argumentaire développé par Djemila Benhabib disant que l’islam politique allait s’installer au Québec et par Fatima Houda-Pepin, qui soutenait que toutes les mosquées du Québec étaient subventionnées par l’Arabie saoudite et qu’on y enseignait le salafisme, avait une teneur islamophobe et contribuait à l’apparition de groupuscules d’extrême-droite au Québec. Bref, Michel Seymour laisse entendre que cette peur de l’islam politique n’est pas fondée et que ceux qui l’alimentent sont islamophobes. 

Alors que vient de s’ouvrir en France le procès des attentats de Paris de novembre 2015, qui ont fait plus d’une centaine de victimes, où le témoin principal, Salah Abdeslam, s’est présenté comme un combattant de l’État islamique et alors que nous venons de commémorer les vingt ans des attaques du 11-Septembre perpétrées par 19 djihadistes d’Al-Qaïda et qui ont fait presque 3000 victimes, ces propos de Seymour ont de quoi faire bondir. 

L’islam politique en France 

Dans la foulée de la commission Stasi (2003), Jean-Pierre Obin, alors inspecteur général à l’Éducation nationale, s’est vu chargé d’une mission ayant pour but de dresser un état des lieux sur l’islamisation à l’école. Son équipe a visité 61 collèges et lycées publics, rencontrant la direction, des enseignants ainsi que des responsables de la vie scolaire. Elle constate qu’une montée en puissance du phénomène religieux dans les quartiers, notamment chez les jeunes, a un réel impact sur l’école, citant les tenues vestimentaires exprimant une identité religieuse, l’exigence de viande halal à la cantine, le prosélytisme en période de ramadan, le refus de la mixité et la contestation de certains enseignements. 

En 2020, dans son livre Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école, Obin reviendra sur le sujet, notant une progression depuis 2004, alors qu’à travers les parents, même l’école primaire est maintenant touchée par de multiples atteintes à la laïcité.

En 2015, Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, publie Terreur dans l’Hexagonedans lequel il fait la genèse du djihad français de 2005 à 2015. Il y dénonce la radicalisation islamique et affirme que « l’exacerbation identitaire de la norme salafiste importée d’Arabie saoudite et exprimée dans le comportement et la consommation, constitue un modèle de rupture d’avec les valeurs de la société mécréante. » Pour Kepel, cette rupture salafiste est en arrière-plan des actes de terrorisme.

En 2019, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot publient Qatar Papers ou comment l’émirat finance l’islam de France et d’Europe, un livre qui documente minutieusement le prosélytisme religieux du Qatar en dehors de ses frontières. Des révélations chocs, à la suite d’une masse importante de documents coulés par un lanceur d’alerte et qui montrent comment, à travers l’ONG Qatar Charity, le Qatar finance de nombreuses associations proches des Frères musulmans. 

Les pays européens les plus ciblés par ces investissements religieux sont : l’Italie (47 projets), la France (22), l’Espagne et la Grande-Bretagne (11 chacune), l’Allemagne, la Pologne et l’Ukraine (6 chacune), la Suisse (5), la Belgique (3) et les Pays-Bas (2). Et le Canada n’est pas en reste avec 8 centres islamiques construits par Qatar Charity. 

En 2020, paraît le livre Les territoires conquis de l’islamisme sous la direction de Bernard Rougier, universitaire et directeur du Centre des études arabes et orientales, dans lequel on y décrit tout l’écosystème des réseaux islamiques au sein des quartiers populaires en montrant « comment se fait le maillage des lieux de culte à ceux de loisir et d’activités professionnelles pour en arriver à la constitution de territoires de l’islam en rupture d’avec la société française. »

L’islam politique au Canada 

En 2007 paraissait le livre Montréalistan – Enquête sur la mouvance islamiste du journaliste Fabrice de Pierrebourg. On y apprenait que depuis le 11-Septembre 2001, le Canada, et Montréal en particulier, s’est retrouvé au centre de plusieurs enquêtes internationales sur le terrorisme. On y retrouve également les noms de plusieurs imams salafistes ou fréristes qui ont fait les manchettes à cette époque et qui prêchaient en faveur de la charia dans des mosquées qui ont pignon sur rue à Montréal. Pensons à Salam Elmenyawi qui souhaitait instaurer un Conseil de la charia au Québec alors qu’en Ontario, en 2004, on a tenté d’instaurer des tribunaux islamiques.

En 2015 est publié Djihad.ca de Fabrice de Pierrebourg avec Vincent Larouche. Se basant sur de nombreux témoignages ainsi que des documents d’enquête de la GRC, ces journalistes exposent des individus qui, par leur propagande et leur action, constituent une menace pour notre démocratie et notre sécurité nationale. 

On y apprend, par exemple, que le gouvernement canadien avait la preuve qu’entre 2005 et 2009, l’IRFAN, organisation basée à Mississauga, en Ontario, a transféré 14,6 millions de dollars à des organisations associées avec le groupe terroriste Hamas.

Qui a peur de l’islam politique ?

Le peuple ? L’extrême-droite ? Détrompez-vous, ce sont les universitaires qui préfèrent ne pas enquêter sur ce sujet. Doit-on s’étonner que dans ce pays où l’on brûle les livres, les travaux d’intellectuels et d’universitaires sur l’islam politique soient inexistants. La montée en puissance de l’islam politique est un phénomène mondial qui n’épargne ni le Québec ni le Canada. Soutenir le contraire, comme le fait Michel Seymour, revient à faire preuve d’aveuglement et d’irresponsabilité. 

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Bilinguisme des juges : Je porte plainte contre la juge Rondeau

J’ai déposé une plainte au Conseil de la magistrature du Québec contre la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau qui, la semaine dernière, a divulgué et commenté dans les médias des échanges privés entre elle et le ministre de la Justice, à propos du bilinguisme des juges, allant même jusqu’à accuser le ministre, d’intrusion dans son pouvoir exclusif et d’atteinte au principe de l’indépendance judiciaire.

Par cette sortie publique inhabituelle et pour le moins déplacée, la juge Rondeau a manqué à son devoir de réserve en plus de mettre en danger l’indépendance judiciaire, violant ainsi plusieurs articles du code de déontologie de la magistrature. Sachant que les critères d’embauche des juges relèvent de la responsabilité du gouvernement, on peut se questionner sur les raisons d’une telle sortie.

Alors que nous attendons de la part du ministre Jolin-Barrette l’annonce de nouvelles mesures visant à renforcer la protection du français au Québec, cette sortie intempestive de la juge Rondeau sur le bilinguisme des juges constitue non seulement un manquement à l’indépendance judiciaire mais révèle également le rôle politique, partisan et militant de certains représentants de la justice. Quand on sait en plus que cette juge a fait une vidéo promotionnelle pour la Lord Reading ( https://vimeo.com/297252858 ), une association anti-loi 101 et anti-loi 21, et qu’elle tarde à respecter cette loi 21, on est en droit de demander une enquête.

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L’université, lieu de pouvoir et de contre-pouvoir

Les événements récents faisant état de cas censure à l’université ont soulevé, avec raison, la colère et l’indignation de bien des gens, nous rappelant l’importance de protéger la liberté d’enseignement au sein d’une institution vouée à la recherche de la vérité, à la production du savoir et à la transmission des connaissances. 

Cette vision quelque peu idyllique de l’université, qui semble encore largement partagée, correspond de moins en moins à ce que devient cette institution, qui est depuis nombre d’années travaillée et minée dans ses fondements par l’irruption des études postcoloniales et dont la pratique de la censure n’est que le symptôme le plus apparent.

Le problème va bien au-delà d’une minorité d’étudiants radicaux et il est bien plus profond qu’on ne le croit puisqu’il correspond à un changement radical de paradigme sur lequel repose l’enseignement universitaire.

La vérité n’existe pas

C’est l’un des principaux postulats de la pensée moderne qui caractérise les études postcoloniales. Il n’y a plus de vérité, rien que des interprétations. La recherche de la vérité suppose que chaque chose possède une essence, une nature propre que l’on va découvrir progressivement et que ces vérités seront universelles et intemporelles, c’est-à-dire qu’elles seront vraies partout et en tout temps. 

Or, cette conception de la vérité, qui nous a été donnée par la science classique et qui fut reprise par les penseurs des Lumières, est aujourd’hui mise à mal par le courant postcolonial pour lequel il n’y a plus de vérité, plus de savoir neutre, objectif et universel, plus de normes communes neutres ou naturelles, mais rien que des interprétations qui s’affrontent et pour lesquelles chaque énoncé devient un exercice politique.

Ainsi, le savoir se transforme en pouvoir et la raison est supplantée par la volonté de dominer. Vous aurez compris qu’ici nous avons quitté le champ de la connaissance et de l’épistémologie pour celui de la politique et de l’idéologie.

La pensée postcoloniale, qui nous vient des universités américaines, puise ses racines intellectuelles chez les penseurs de la French Theory, tel Michel Foucault dont l’influence est immense. Réfutant toute ontologie, ce dernier avance qu’il n’y a rien qui soit pourvu d’une essence ou d’une nature quelconque qui existerait en dehors de l’histoire et que le normal et l’anormal s’expliquerait par des mécanismes de domination à une époque donnée. Ainsi la normalité serait fabriquée dans l’intérêt des structures de pouvoir.

Voilà pourquoi, dans la pensée postcoloniale, le savoir universel devient un savoir particulier, un savoir qui se fait passer pour neutre alors qu’il est le reflet d’une culture hégémonique majoritaire. Un savoir dominant, blanc, mâle, hétérosexuel qui, par le regard qu’il porte sur l’autre, le constitue en dominé. Voilà pourquoi le recteur Frémont disait que « les membres des groupes dominants n’ont pas la légitimité pour décider de ce qui constitue une micro-agression ». 

Et voilà pourquoi on interdit aux Blancs de jouer des rôles d’Autochtones comme dans Kanata. Parce que le dominant projette une image du dominé et que, comme le disaient Franz Fanon et Albert Memmi, le colonisateur renvoie aux colonisés le portrait du colonisé. Justin Trudeau appelle cela les préjugés inconscients du racisme systémique.

Ce courant postcolonial va donc faire de l’identité le surdéterminant dans l’analyse d’une question et déboucher nécessairement sur une politique des identités.

Décoloniser le savoir dominant 

La pensée postcoloniale a un objectif bien précis qui n’a rien à voir avec la connaissance ou la recherche de la vérité. Il ne s’agit plus de connaître le monde mais bien de le transformer. Ce qui importe ici ce n’est pas de débattre ni d’argumenter pour convaincre, mais plutôt d’imposer son point de vue pour reformater les esprits. Neutraliser et mettre en échec le savoir dominant, voilà l’objectif politique inavoué. 

De quelle façon ? En exigeant la censure de certains mots ou titre de livres prononcés dans un cadre scolaire. En demandant le retrait de certaines œuvres à l’étude. En demandant le renvoie des professeurs qui refusent de se censurer. En remettant en question le corpus académique classique. En déboulonnant des statues. En pratiquant la cancel culture qui force l’expulsion du débat public de ceux que l’on veut faire taire. En refusant aux Blancs toute légitimité pour parler des minorités. En accusant des artistes d’appropriation culturelle. En pratiquant le lynchage en meute sur les réseaux sociaux, insultant et accusant de racisme quiconque ne souscrit pas au credo de la pensée postcoloniale. 

Ces stratégies d’intimidation sont d’une violence inouïe et portent un ambitieux projet de réingénierie sociale qui n’épargne aucun domaine ; l’histoire, la littérature, les arts, la philosophie, la sociologie, la science politique, les études féministes et l’anthropologie étant les disciplines les plus contaminées. Et c’est sans compter les médias, les partis politiques, les syndicats, le milieu féministe, le milieu culturel et même juridique.

Cette tendance est lourde et déjà bien installée dans des lieux de pouvoir. Elle ne disparaîtra pas et ira en s’accentuant. On peut s’attendre à ce que l’université qui forme l’élite de demain devienne un champ de bataille où l’ensemble des savoirs, même les sciences dures, n’échapperont pas à ce courant de décolonisation. Vous en doutez ?

Il existe à l’Université Concordia un projet de recherche « Decolonizing Light » qui étudie la reproduction du colonialisme dans et à travers la physique contemporaine et dans l’enseignement supérieur de la physique. Allez-y voir !

24 février 2021

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Voici l’entrevue que j’ai donnée ce matin à l’émission de Richard Martineau sur QUB Radio

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Loi 21 : l’éléphant dans la pièce

Le procès contre la loi sur la laïcité de l’État tire à sa fin et certains avocats défendant les opposants à la loi ne se sont pas gênés pour déverser leur ignoble mépris sur les Québécois francophones. À ce chapitre, les avocats de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Me Rémi Bourget et Me Frédéric Bérard, se sont particulièrement illustrés, parlant de diktat de la majorité canadienne-française, d’instinct identitaire, d’islamophobie, de gouvernement populiste et de montée du populisme en Occident, auquel le Québec n’échappe pas, et qui seraient, selon eux, à l’origine de la loi 21. 

Nous retrouvons ici le même discours démagogique que ces deux avocats tenaient en 2013, contre les partisans de la Charte des valeurs, alors qu’ils étaient les principaux signataires du Manifeste pour un Québec inclusif. Sept ans plus tard, ils nous rabâchent la même rengaine, faisant pleuvoir les mêmes insultes et tentant désespérément de nous convaincre de la petitesse du petit peuple qui rêve de casser du sucre sur le dos des musulmans. Populisme, ils n’ont que ce mot à la bouche. Ils sont extras ces avocats. C’est, paraît-il, notre élite, convaincus qu’ils sont de faire l’histoire. Une histoire sans peuple, leur histoire, celle où le peuple ne doit d’aucune façon devenir un acteur politique. Que le peuple se contente de magasiner chez Walmart. On veut bien être démocrate mais tant que c’est nous, les avocats, qui décidons.

Nazisme

Ce refrain-là nous a aussi été servi à l’époque de la Charte des valeurs. Les croix gammées sur les pancartes, vous vous rappelez ? Nazisme, l’insulte suprême, la machine à faire peur au monde. Pire que la COVID-19. Il est pour le moins ironique que Me Azim Hussain ait comparé la loi 21 aux lois de Nuremberg promulguées par les nazis pour discriminer les Juifs alors que celles-ci incluaient notamment l’interdiction de mariage entre des Juifs et des citoyens de sang allemand et que dans l’islam, il soit interdit à une femme musulmane d’épouser un non-musulman sans compter l’interdiction pour un homme musulman d’épouser un polythéiste ou un athée. Se pourrait-il que Me Hussain, qui fait aussi partie de l’élite, puisse ignorer de telles prescriptions coraniques ?  

Ouvrir les vannes

M. le juge, disait l’avocat Hussain, « les lois de Nuremberg ont jeté les bases pour ce qui s’est passé plus tard. » Mais que pourrait-il bien se passer exactement ? 

M. le juge, disait l’avocat Bourget, « si on laisse passer ici, les vannes vont être ouvertes. N’importe quel autre gouvernement un peu populiste pourra aller plus loin. » Mais aller où, dites-moi ?

M. le juge, plaidait à son tour l’avocat Bérard, « deux options s’offrent à la Cour, soit valider la clause dérogatoire et ouvrir les vannes. » Mais ouvrir les vannes de quoi au juste ? « Mais dans dix ans, disait-il ? ». Mais dans dix ans, quoi ? Cela fait sept ans que vous nous répétez la même chose, sept ans que vous nous inondez d’insultes, alors on peut bien vous endurer encore dix ans ! Nous avons la vie devant nous et le soleil brille toujours. 

Quel message ces avocats ont-ils voulu envoyer au juge Blanchard ? Que le ciel va nous tomber sur la tête comme dans Astérix ? Par Toutatis ! Que le Québec est bien près de sombrer dans le nazisme ? Que les musulmans sont menacés d’extermination? Que le populisme gangrène le Québec au point de le faire basculer dans le fascisme ? 

Allons soyons sérieux, arrêtons de délirer et de faire peur au monde avec toutes ces bêtises. Parlons plutôt du vrai message, de celui que les opposants à la loi 21 n’ont jamais nommer et auquel ils pensent sans arrêt. Y penser toujours mais n’en parler jamais ! Voilà leur obsession. Celle pour laquelle ils ont interpelé le juge Blanchard avec tant d’insistance.

Le message 

Il est tout simple. Dans l’hypothèse où la loi 21 serait déclarée constitutionnelle, cela autoriserait également toutes les autres provinces canadiennes à légiférer de la même manière dans leur province respective. Et dans l’hypothèse contraire, où la loi 21 serait déclarée inconstitutionnelle en vertu de certains articles pour lesquels la clause dérogatoire ne s’applique pas, alors aucune autre province canadienne, pas plus que le Québec, n’aurait le droit de légiférer en ce sens. 

On a tort de penser que la loi 21 ne concerne que le Québec car l’enjeu est tel qu’il dépasse largement les frontières du Québec. L’enjeu est pancanadien et le Québec y joue un rôle de leadership. Il ne faut pas perdre de vue que, bien que l’élite politique, médiatique et académique, dans le reste du Canada, s’opposent à la loi 21, le peuple canadien, pour sa part, appuie la loi 21 dans une proportion de 46 % au Canada, incluant les Québécois. C’est à n’en pas douter ce genre de vannes que l’on craint de voir ouvrir. Que l’incendie se propage à travers tout le Canada et tout cela dans la plus parfaite légalité. 

Voilà pourquoi les Québécois en prennent plein la gueule parce qu’ils sont les premiers à se présenter au bâton. Voilà pourquoi on exagère les invectives à leur endroit parce que l’on veut tuer dans l’œuf toute velléité de légiférer dans le même sens au Canada anglais. Voilà pourquoi on a dépêché autant d’avocats de cabinets réputés, du Québec et de l’Ontario, pour combattre cette loi et que l’Association canadienne des libertés civiles intervient dans cette cause pour contester la loi 21, elle qui est un organisme qui a l’habitude de s’impliquer dans les causes types qui vont modifier de façon significative et substantielle la jurisprudence canadienne. Voilà de quoi il est question quand ces avocats disent que l’on va ouvrir les vannes. Oublier le nazisme et le populisme. C’est de cela dont ils parlent.

L’éléphant, c’est l’islam

M. le juge a raison et Me Bérard a aussi raison, l’éléphant dans la pièce, c’est l’islam. Sauf que ce n’est pas parce que les Québécois sont islamophobes, comme le prétend Me Bérard, mais bien parce que certains musulmans refusent la laïcité. Ne rien laisser sans islam et grâce au voilement des femmes, donner à cette religion le maximum de visibilité en se positionnant avantageusement dans les institutions publiques pour en contester le caractère laïque. Il est là le gros éléphant !

Ainsi comme le soulignait si pertinemment dans sa plaidoirie, Me Luc Alarie, l’avocat du Mouvement laïque québécois, le problème pour les femmes voilées, ce n’est pas la loi 21 mais plutôt leur religion. La loi 21, disait-il, n’est pas un obstacle à leur engagement comme enseignante puisqu’elle ne définit que les conditions d’exercice de la profession, c’est-à-dire de ne pas porter de signes religieux au travail.

Dans ce procès, nous avons affaire à un islam militant et anti-laïque qui se pointe devant les tribunaux à la moindre interdiction. Rappelez-vous en 2017, suite à l’adoption de la loi 62 sur la neutralité de l’État, le Conseil national des musulmans canadiens avait aussitôt demandé la suspension de l’article 10 de la loi qui exigeait que les services publics soient donnés et reçus à visage découvert. C’est ce même lobby musulman qui conteste aujourd’hui la loi 21. Est-il besoin de préciser que cette démarche ne relève pas de la foi, que nous sommes bien loin de la religion mais plutôt dans la chaude marmite du politique.

Ajoutez à cela que l’islam est la seule religion qui se présente comme une race, ce qui est bien évidemment une aberration, et qu’elle en tire un avantage politique indéniable, celui de transformer les musulmans en victimes, de culpabiliser la majorité francophone et de faire passer la défense de la laïcité pour du racisme. Nous ne jouerons pas dans ce film-là.

La laïcité, seule solution

La laïcité n’est pas parfaite mais, comme le disait Churchill de la démocratie, c’est ce que nous avons trouvé de mieux jusqu’à maintenant. Cela demeure encore la meilleure solution pour protéger les institutions publiques de l’intrusion du religieux et affirmer la neutralité de l’État parce que, comme le faisait remarquer si justement le Président Macron, dans les institutions publiques, c’est la loi des hommes qui doit primer et non celle de Dieu.

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Intimidation et sexisme s’invitent au procès contre la loi 21

Lundi matin, les audiences concernant la contestation de la loi 21 ont pris une tournure inattendue et inquiétante lorsque Me Christiane Pelchat, l’avocate du groupe Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Québec), a révélé avoir reçu une mise en demeure de la part de Me Rémi Bourget, avocat de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), et de Me Azim Hussain, l’avocat d’Ichrak Nourel Hak, lui demandant de s’excuser pour des attaques personnelles présumées dont ils disent avoir été victimes de la part de Me Pelchat, lors du témoignage de l’experte de PDF-Québec Yolande Geadah. 

Des mâles dominants portant la toge

Me Pelchat a rétorqué qu’elle n’a pas à s’excuser d’avoir défendu son experte à qui Me Hussain reprochait des réponses trop longues, qui feraient augmenter le coût de la transcription ! Alors qu’à eux deux seulement, ils ont présenté cinq experts ayant témoigné sur plusieurs jours, Me Pelchat leur a répliqué que PDF, pour sa part, n’a qu’une seule experte et que c’est la première fois dans tout ce procès que l’on invoque des frais de transcription. L’avocate s’est dite outrée par un tel sexisme et un pareil manque de respect envers son témoin. On peut, ajoute-t-elle, ne pas aimer le propos de Madame Geadah mais on ne peut invoquer la transcription pour la faire taire! 

Pourquoi faire taire Yolande Geadah ?

Parce qu’il s’agit bien de cela, faire taire Yolande Geadah. On veut bien entendre parler d’histoire du Québec, du degré de religiosité des Québécois, de sondages, de clause dérogatoire, de souveraineté parlementaire, de philosophie de la laïcité et de liberté de conscience mais on veut faire taire Yolande Geadah ? Pourquoi ? 

Parce que Madame Geadah, qui détient une scolarité de doctorat en sciences politiques, est une spécialiste de la situation des femmes dans la culture arabo-musulmane, qu’elle est une experte des effets des normes religieuses islamiques sur les femmes, particulièrement celles concernant les enjeux sociopolitiques autour du voile islamique sur lequel elle a rédigé un essai, parce qu’elle est la seule parmi tous les experts entendus à avoir une connaissance du terrain, alors que son champ d’expertise est basé sur 40 ans de vie, ponctués par des séjours de travail auprès des femmes et des jeunes en Égypte, d’où elle est originaire. Parce qu’elle parle arabe, ce qui lui donne accès aux prêches des imams et à des sites très consultés par des musulmans sur internet, parce qu’elle a une solide expérience de collaboration auprès des organismes internationaux œuvrant à la protection des droits des femmes, qu’elle a rédigé trois avis pour le Conseil du statut de la femme, l’un sur la polygamie et les deux autres sur la prostitution et les crimes d’honneur, et parce qu’elle est membre associée à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) de l’UQAM. Le curriculum parfait pour effrayer ceux qui contestent la loi 21.

Une qualification fortement contestée

Rien d’étonnant à ce que sa qualification l’autorisant à témoigner à titre d’experte soit contestée par Ichrak Nourel Hak. Alors que celles aussi contestées de Benoît Pelletier et de Jacques Beauchemin se sont réglées en moins de cinq minutes, il aura fallu, dans ce cas-ci, une heure et demie de tirs groupés des avocats des opposants à la loi qui tentaient de miner sa compétence. Me Pelchat a défendu son experte, faisant valoir qu’il serait pertinent de l’entendre parce que jusqu’ici, personne n’a parlé de la dimension politique du voile, ce qui pourrait éclairer le juge et le tribunal, ce que le juge Marc-André Blanchard a reconnu.

Un témoignage exceptionnel 

Affirmant que ce sont certaines croyances qui sont discriminatoires à l’égard des femmes et non la loi 21, madame Geadah souligne que toutes les religions sont issues d’un système patriarcal et que seule l’interdiction du port de signes religieux saurait garantir l’égalité des sexes. 

Abordant l’aspect politique du voile, Yolande Geadah insiste pour dire qu’il n’est pas anodin et que l’enjeu principal est la reconfessionnalisation de l’espace public. Que ce retour du religieux correspond à une interprétation rigide s’inspirant du mouvement salafiste et qu’en ne l’interdisant pas, on favoriserait l’intégrisme au lieu de protéger les femmes musulmanes qui ne le portent pas.

Elle ajoutera que le voile est lié à la pudeur, à la honte et à l’honneur, et qu’il vise le contrôle de la sexualité des femmes. Que le voile, ici au Québec, est le même que celui de pays musulmans où les femmes subissent les pires violences si elles refusent de le porter, que ce mouvement est mondial et dominant et que le discours sur le voile est le même ici qu’ailleurs, soulignant pertinemment que celles qui le portent en raison des pressions n’iront pas vers les médias et les chercheurs, de peur d’être ostracisées par leur communauté et que de dénoncer un préjudice est parfois pire que de le subir. 

En contre-interrogatoire, on a tenté de discréditer son rapport, lui reprochant à maintes reprises de ne pas s’appuyer sur des études, insinuant par-là que son propos relève de l’opinion et n’a donc rien de véridique, ce à quoi madame Geadah a répondu que les études sont souvent limitées et orientées parce qu’elles ne tiennent compte que de celles qui disent porter le voile par choix, que la réalité est beaucoup plus complexe et qu’après 20 ans de travail auprès d’elles sa connaissance du terrain n’est pas une affaire d’opinion, mais de constat. 

De l’intimidation à outrance

Yolande Geadah a parlé et son témoignage constitue un tournant décisif dans ce procès parce qu’il va au cœur des enjeux politiques. Les avocats des opposants à la loi ont échoué à la faire taire. Leur dernière trouvaille ? Une mise en demeure à son avocate, Me Pelchat, une procédure inhabituelle entre collègues, alors que le procès est toujours en cours, une procédure visant à l’intimider, espérant la déconcentrer et la déstabiliser avant le début des plaidoiries. Odieux, n’est-ce pas ? 

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