Soutenons Djemila

Voici ma présentation lors de la soirée de soutien pour Djemila Benhabib qui a eu lieu hier soir au Lion d’Or

 Au Québec, il semble déjà bien loin le temps où l’appui à la laïcité faisait l’unanimité dans la gauche, dans les syndicats, chez les féministes et les militants laïques. Bien loin aussi le temps où les féministes étaient solidaires et se réclamaient d’un seul féminisme. Loin aussi le temps, où le sens critique était présent quand nous discutions de religion.

Aurait-on imaginé, il y a à peine vingt ans, qu’après avoir déconfessionnaliser nos commissions scolaires et mis fin à l’enseignement religieux dans nos écoles publiques, qu’après avoir retiré des manuels scolaires les stéréotypes sexistes dans le but de promouvoir l’égalité des sexes, l’on se retrouverait aujourd’hui avec des petites filles voilées dans ces mêmes cours d’école et des enseignantes voilées dans les classes et les garderies?

Aurait-on imaginé un État qui subventionne, les yeux fermés, des écoles privées confessionnelles où l’on soumet les élèves à des versets haineux, violents et sexistes tirés du Coran et qui oblige les élèves à porter le voile islamique?

Et de voir aujourd’hui, les militants laïques subir les pires insultes et être accusés de racisme et d’islamophobie? Et le comble, de voir certains d’entre eux, comme Djemila Benhabib, amenés devant les tribunaux pour avoir dénoncé ces pratiques condamnables dans une émission de radio ?

Le Québec change sous l’effet d’une immigration à dominance musulmane qui nous amène une nouvelle religion, l’islam, pour qui la séparation du religieux et du politique demeure une hérésie. Au Québec comme partout en Occident, l’islam pose de nouveaux défis à la laïcité et n’est pas non plus sans conséquence sur le mouvement féministe. Mais le plus inquiétant demeure encore son instrumentalisation politique; l’islamisme, dont bien des musulmans, vivant à nos côtés, nous mettent en garde, pour l’avoir vécu dans leur pays d’origine. Djemila en est un exemple éloquent.

La partie la plus visible de cette idéologie fasciste et totalitaire est le voile et toutes ses autres versions que l’on impose aux femmes et aux fillettes musulmanes. Ce voile n’est pas une question futile. Si c’était le cas, les islamistes ne s’entêteraient pas à vouloir l’imposer. Il n’est pas non plus un simple vêtement comme on s’obstine à nous le présenter.

Ce voile est lié au contrôle de la sexualité des femmes et au désir des hommes. Il fait de la femme un objet sexuel et il a pour fonction de soustraire les femmes musulmanes au regard des hommes qu’elles pourraient épouser, minimisant ainsi les occasions de séduction. C’est la raison pour laquelle les femmes voilées ne se dévoilent qu’en présence des hommes de leur famille et cachent leurs cheveux, leur cou, leurs oreilles, leurs bras et leurs jambes aussitôt qu’elles se retrouvent en public.

C’est la pudeur islamique qui prend sa source dans un patriarcat enrobé de religieux et de sacré et qui fait croire aux fillettes et aux femmes que leur corps est impur et source de tentation pour les hommes. Voilà ce que l’on enseigne aux jeunes filles dans ces écoles musulmanes; la honte et la détestation de leur propre corps.

Présenter ce voile comme un simple vêtement, nous empêche de comprendre sa fonction réelle et contribue à le banaliser, à neutraliser toute la charge politique qui est contenue dans ce bout de tissu de même que de passer sous silence la résistance et le combat de milliers de femmes qui ont connu et connaissent toujours l’humiliation, la prison, la violence et même la mort pour avoir refuser de le porter.

Le voile, un simple vêtement? Vous avez entendu Shiva. Allons donc! Nommez-moi un seul vêtement, un seul qui a causé et cause toujours autant de souffrance dans le monde ? Et s.v.p. Mme Massé, fichez-nous la paix avec votre string!

Présenter ce voile comme un simple vêtement arrange bien les islamistes mais cela fait aussi l’affaire des politiciens comme Philippe Couillard, Stéphanie Vallée et Justin Trudeau qui s’empressent de nous dire qu’il n’est pas question que l’État dise aux femmes comment s’habiller. C’est l’excuse facile des politiciens pour se débarrasser d’une question sensible et ne pas avoir à légiférer sur celle-ci. De la lâcheté bien davantage que de la naïveté.

L’État n’a jamais dit aux femmes comment s’habiller. L’Église oui, mais pas l’État. Et quand l’État interdit le port de signes religieux dans ses institutions publiques, il n’est pas en train de dire aux femmes comment s’habiller mais il défend la séparation du politique et du religieux et assume ses responsabilités en protégeant la laïcité de ses institutions.

Ce voile est tout, sauf futile. Symbole éclatant de l’islamisme, il est la tête de pont de leurs visées théocratiques et de leur volonté d’imposer la charia. Vous savez, il y a deux choses que les islamistes détestent plus que tout le reste, c’est la laïcité et la liberté des femmes. C’est pourquoi ils mènent une offensive sur ces deux fronts, avec le voile comme cheval de bataille.

Partout en Occident, ce voile marque le point de rupture qui divise en deux l’histoire du féminisme. Le vieux féminisme, le dépassé et le nouveau féminisme, ouvert et évolué qui défend le port de signe religieux et sexiste pour les femmes musulmanes. Voilà, pour l’évolution. Avancez en arrière. On ne naît pas burkini mais on le devient, ça c’est fini! De Beauvoir, fini! Et toutes celles qui suivent en marchette, ça achève de toutes façons.

Notre féminisme démodé et dépassé a obtenu pour toutes les femmes, quel que soit leur origine, leur couleur ou leur religion, le droit de vote, l’égalité dans le mariage, la contraception, l’avortement, des cliniques de planning familial qui ont permis aux femmes de poursuivre leurs études post-secondaires et d’entrer sur le marché du travail, l’équité salariale, l’autonomie financière, les garderies, les congés de maternité, l’ouverture à des professions masculines, des politiques contre le harcèlement sexuel au travail, la criminalisation du viol. Dépassé ça? On n’a même pas terminé!

Parait qu’il faut maintenant s’ouvrir au féminisme islamique. Mais il a fait quoi jusqu’à maintenant le féminisme islamique? A-t-il abrogé les versets sexistes du Coran, où il est dit que les femmes doivent obéir aux hommes et que ces derniers ont le droit de les battre si elles désobéissent? Où l’on compare les femmes à un champ de labour que les hommes peuvent cultiver à leur guise? Et l’impureté des menstruations? Et l’inégalité dans l’héritage? Et la répudiation et la polygamie qui sont le privilège des hommes? Et le voilement des fillettes dans les écoles? On aimerait cela les entendre les féministes islamiques. Ça nous changerait de Benhabib!

Je vais vous dire à quoi il sert le féminisme islamique; il sert à défendre le voile et l’islam, à diviser les féministes alors que nous étions solidaires, à nous culpabiliser en nous traitant de blanches, de racistes, de colonialistes et d’islamophobes et à berner les jeunes féministes en leur faisant faire croire qu’elles sont cool parce qu’elles pensent que le voile est un vêtement et que l’État n’a pas à dire aux femmes comment s’habiller.

Depuis quelques années, l’offensive anti-laïque et anti-féministe a franchi une nouvelle étape; celle de la judiciarisation du débat public sur la laïcité. Des musulmans recourent aux tribunaux pour intimider et bâillonner certains militants laïques, les ostraciser, les écarter du débat public, en faire des exemples et décourager les vocations.

Dans une société dite libre et démocratique, il est scandaleux d’utiliser le système judicaire pour réduire au silence ses adversaires politiques. Le Québec est une démocratie, pas une dictature et il n’est pas question d’y limiter la liberté d’expression qui est au coeur de notre culture et de nos institutions.

On connaît tous l’engagement profond, indéfectible et exemplaire de Djemila Benhabib pour la laïcité et la liberté d’expression et son infatigable et courageux combat contre l’islamisme qu’elle a connu de près dans le pays de son enfance; l’Algérie.

La cause qu’elle défend dépasse bien largement sa personne. Cette cause est aussi la nôtre, celle de tous les québécois parce qu’elle engage l’avenir et les fondements même de notre démocratie.

La bataille juridique qui va s’enclencher, lors de son procès au Palais de justice de Montréal le 26 septembre prochain, sera d’une importance politique décisive en ce qu’elle va tracer la voie de l’avenir pour le Québec; soit de protéger la liberté d’expression ou soit d’empêcher toute critique de l’islam et de l’islamisme.

À nous d’être à ses côtés, pour lui témoigner notre appui et notre estime.

Montréal, 12 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le burkini, version aquatique du hidjab

Vous souvenez-vous du sketch dans le film de Woody Allen, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander, dans lequel Allen lui-même, fourré dans un burkini tout blanc, incarnait un spermatozoïde? C’était en 1972, l’époque d’après Mai 68, celle de la révolution sexuelle où l’on se libérait des tabous et du carcan moral de la religion catholique face au sexe. L’époque où l’on enseignait Wilhelm Reich, Freud avec son Malaise dans la culture et Marcuse avec son fabuleux Éros et civilisation. C’était aussi l’époque de la révolution féministe avec La femme eunuque de Germaine Greer, La politique du mâle de Kate Millett et le percutant Ainsi soit-elle de Benoîte Groulx.

Au Québec, les années 70 furent celles du premier écrit féministe avec l’audacieux L’Euguélionne de Louky Bersianik, livre-culte qui connut un succès immédiat auprès des femmes. Ce fut aussi, en 1978, la présentation au TNM de la très irrévérencieuse pièce Les fées ont soif de Denise Boucher qui avait provoqué la colère des catholiques, ceux-ci ayant même demandé une injonction pour la faire interdire. Des manifestations eurent lieu et des appuis de partout se firent entendre pour dénoncer la censure des catholiques.

Dans les années 70, ça discutait fort et on avait l’impression que le Québec prenait enfin le virage féministe et que tous les espoirs étaient permis. Les femmes prenaient conscience de leur aliénation, conscience de l’existence du patriarcat à qui la morale catholique servait d’idéologie. Elles luttèrent alors pour l’obtention de droits reproductifs parce qu’elles ne voulaient plus laisser l’époux, le curé ou le médecin définir leur vie et contrôler leur propre corps. Dites, vous souvenez-vous de cela?

Mais à quoi auront servi tous ces efforts si ce n’est aujourd’hui pour se prosterner devant le burkini de ces femmes déguisées en spermatozoïde et qui, dans les années 70, auraient passé pour des saintes nitouches? Sommes-nous tombés sur la tête? Est-ce cela, l’émancipation des femmes ? Que sert d’avoir la liberté d’aller à la plage seulement si nous cachons tout notre corps ? Sommes-nous assez naïves pour penser que celles qui «choisissent» le burkini, auraient pu tout aussi bien choisir le bikini? Et comment se fait-il qu’aucun homme ne fasse jamais ce choix? Ils sont libres, eux aussi, non?

Même morale étriquée

Le burkini participe de la même idéologie, de la même morale étriquée que celle du hidjab. Une morale patriarcale et sexiste qui définit les femmes comme des objets sexuels appartenant aux hommes. Faut-il rappeler que le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman, sauf si l’époux se convertit à l’islam.

Le burkini tout comme le hidjab ont la même fonction sociale : soustraire les femmes musulmanes aux regards des hommes qu’elles pourraient épouser, minimisant ainsi les occasions de séduction. C’est la raison pour laquelle les femmes voilées ne se dévoilent qu’en présence des hommes de leur famille et cachent leurs cheveux, leur cou, leurs oreilles, leurs bras et leurs jambes aussitôt qu’elles se retrouvent dans l’espace public. Le burkini n’est que la version aquatique du hidjab, symbolisant l’un comme l’autre, l’absence de liberté sexuelle des femmes musulmanes de même que l’instrumentalisation de leur corps au profit de la communauté. Cela rappelle l’époux, le curé et le médecin, vous ne trouvez-pas?

Le burkini comme indice de la pénétration de l’islamisme

L’immense controverse qui fait rage en France à propos du burkini est révélatrice du succès des islamistes à imposer leur idéologie patriarcale et à contrôler le corps des femmes musulmanes jusque sur les plages. La stratégie des islamistes est fort simple. Dans un premier temps, faire accepter le burkini sur les plages en nous le présentant comme un maillot de bain qui va permettre aux femmes burkinisées de profiter de la plage comme tout le monde. Bref nous culpabiliser de vouloir interdire cet accoutrement sexiste et faire pleurer dans les chaumières.

Si nous ne résistons pas fermement à ce chantage émotif, cela aura pour effet d’augmenter la pression sur les femmes musulmanes qui refusent de porter le burkini, les incitant à rester chez elles plutôt que de s’exposer au harcèlement des burkinisées. Une fois les femmes musulmanes mises au pas, les islamistes s’attaqueront aux femmes non-musulmanes, avec cette fois-ci la rhétorique de la femme qui, en choisissant le burkini, refuse d’être un objet sexuel. Et au nom de l’émancipation des femmes, les plages deviendront bondées de saintes nitouches. Ainsi soient-elles…

Au Québec, la morale islamiste n’est pas que sur les plages

La morale islamiste a pénétré depuis plusieurs années nos écoles publiques, là où sont socialisés la plupart des jeunes québécois. Elle s’affiche dans le hidjab des fillettes et des jeunes filles, dans celui des enseignantes et dans celui des éducatrices en garderie.

Suite aux recommandations faites par le Conseil du statut de la femme en 1978, le gouvernement modifia sa politique en matière d’édition de manuels scolaires afin d’en retirer toute référence à des stéréotypes sexistes dans le but exprès de promouvoir l’égalité des sexes. Alors qu’aujourd’hui nous exposons les jeunes au sexisme outrageant du hidjab des enseignantes et des éducatrices voilées au nom de l’ouverture à la différence. Le sexisme n’est devenu qu’une simple différence. Voilà où nous en sommes après quarante ans de luttes féministes.

Interdire le burkini au Québec?

Oui, il faudrait interdire le burkini au Québec, mais avant de penser à légiférer sur les plages, il faudrait avoir le courage de légiférer sur le port de signes religieux à l’école et dans les garderies. Car si tout le monde ne va pas à la plage, tous en revanche doivent fréquenter l’école, qui est une institution publique.

J’ai souvenir d’un gouvernement qui, il y a à peine trois ans, a voulu, au nom de la laïcité, légiférer sur le port de signes religieux dans les institutions publiques. Les appuis furent nombreux dans la population et les attaques des multiculturalistes, des islamistes et des groupes religieux furent virulentes. Nous savons comment tout cela s’est terminé.

Les péquistes se sont retrouvés dans le confessionnal des curés du multiculturalisme, à se repentir d’avoir été trop loin. Tellement qu’aujourd’hui, bon nombre de politiciens, péquistes comme caquistes, se cramponnent au rapport Bouchard-Taylor, devenu soudainement La Mecque de la laïcité, le meilleur rempart contre les accusations de racisme et d’islamophobie.

Mais savez-vous que ce rapport autorise le port de signes religieux chez les enseignantes et les éducatrices en garderie? À trop vouloir ne pas faire de vagues, on risque bien de se noyer. L’été tire à sa fin et bientôt les plages seront désertes. Il serait peut-être temps d’envisager le retour en classe…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Projet de loi n°59 : De la grande séduction

Le projet de loi n°59 concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux a été l’objet de vives critiques l’automne dernier en commission parlementaire. Jugé liberticide par la plupart des intervenants, la ministre Vallée continue malgré tout de faire la sourde oreille face aux critiques qui lui ont été adressées.

Comment expliquer cet entêtement à vouloir limiter ainsi la liberté d’expression si ce n’est que parce que ce projet de loi s’inscrit dans une stratégie plus large concernant la nouvelle politique d’immigration du gouvernement libéral.

Le secteur privé et les accommodements religieux

Cette nouvelle politique d’immigration a comme axe principal le recrutement des immigrants en fonction des besoins du marché du travail à partir d’une déclaration d’intérêt des entreprises privées.

La stratégie proposée entend corriger d’importants obstacles à l’insertion professionnelle par une meilleure francisation, une reconnaissance des acquis et des compétences et une réduction du délai pour le traitement des demandes. Il manque toutefois un élément important que la ministre Weil n’a pas abordé, c’est celui des accommodements raisonnables en milieu de travail.

Dans le mémoire que la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a présenté lors des auditions sur la Charte des valeurs en janvier 2014, elle souligne que ce projet de loi va nuire à l’image du Québec à l’international et que ceci va rendre difficile les efforts pour attirer des talents provenant de l’immigration alors que l’augmentation de la main-d’oeuvre se fait essentiellement par l’immigration. De plus, y lit-on que, pour la période 2008-2012, 36,9 % des immigrants de la catégorie immigration économique proviennent d’Afrique. Près de 25 % d’Afrique du Nord. Et la FCCQ d’ajouter : «On sait tous qu’une forte proportion de ressortissants d’Afrique, en particulier du Maghreb, est de confession musulmane. Quel message reçoivent-ils du Québec depuis quelques mois?» La FCCQ conclut qu’elle ne réclame aucune intervention du gouvernement.

De son côté, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) qui regroupe majoritairement des travailleurs et travailleuses du secteur privé, dans son mémoire présenté en 2007 à la Commission Bouchard-Taylor, bien qu’elle reconnaisse que le service public diffère d’un emploi au privé, elle insiste sur l’obligation d’accommodement raisonnable pour rendre les milieux de travail plus inclusifs dans le secteur privé.

Plus soucieux d’engranger les profits que de défendre des valeurs collectives, vous aurez compris que le secteur privé, n’étant pas tenu à l’exigence de laïcité puisqu’il ne relève pas de l’État, sera très conciliant face aux demandes d’accommodements religieux.

Jacques Frémont et l’Open Society Foundations

Un article du journal Forum du 20 février 2012, nous apprend qu’à cette époque, Jacques Frémont, l’actuel président de la Commission des droits de la personne et de la Jeunesse (CDPDJ), était directeur de l’International Higher Education Support Program à l’Open Society Foundations – un organisme financé par le milliardaire Georges Soros.

Dans une conférence qu’il a prononcé à l’Université de Montréal en février 2012, M. Frémont affirme que : «L’enseignement supérieur est devenu un important objet de préoccupation des États, en Afrique comme en Asie centrale, partout! C’est un enjeu de développement, de diplomatie, de positionnement international qui est incontournable actuellement». On en déduit que la concurrence à l’échelle mondiale entre les universités pour recruter des étudiants étrangers soit devenue un enjeu majeur. Rappelez-vous la ministre Weil en conférence de presse disant vouloir «les amener à rester».

De la grande séduction pour le vivre-ensemble

Et pour charmer ces étudiants étrangers ainsi qu’établir des partenariats avec d’autres universités, pour attirer ces travailleurs immigrants, le milieu éducatif et celui du travail devront être très accueillants et donc peu scrupuleux sur des accommodements religieux tel la prière, le port du voile, le ramadan, les congés, le halal, les horaires de travail. Ce qui rendra le Québec plus attrayant et facilitera le libre marché de la main-d’oeuvre et des cerveaux conformément aux intérêts du capitalisme mondial néolibéral.

Mais voilà que ceci risque de créer bien du mécontentement dans la population, dans un Québec qui a connu deux épisodes de contestation d’ouverture au religieux; celui des accommodements raisonnables en 2007 et celui de la Charte des valeurs qui, en 2013, a obtenu un fort appui chez les francophones. C’est la raison pour laquelle le gouvernement Couillard a conclu qu’une telle entreprise de séduction des immigrants doit être assortie d’un volet répressif dans le but d’empêcher une nouvelle montée de lait des Québécois et que le peuple devienne un acteur politique important.

De la grande répression pour mieux vivre ensemble

Dénonciation, plaintes anonymes, accusations devant un tribunal civil, interdiction de publication, amendes etc… Une procédure simple, efficace et sans frais pour quiconque se sentira lésé. Un projet de loi orwellien qui va museler toute critique des religions, particulièrement de l’islam, et offrir aux intégristes et à tous ceux et celles qui mènent une bataille politique contre les laïques un outil répressif digne des pires fascismes.

Ce gouvernement a compris que les insultes et les accusations habituelles de xénophobie et d’islamophobie ne suffisent plus pour faire taire les gens. Il faut dorénavant les amener devant un tribunal. Ainsi le privé pourra tranquillement accommoder le religieux comme bon lui semble et, pourquoi pas, devenir dans le futur le modèle qui servira à la gouverne des nos institutions publiques.

Ce projet de loi n°59 n’est pas tombé du ciel et l’obstination de la ministre Vallée à vouloir aller de l’avant malgré une forte opposition révèle à quel point il est lié à un d’autres enjeux comme celui de la laïcité, de l’immigration et du libre marché. Et pour parvenir à leurs fins, les libéraux n’hésitent pas à bafouer la liberté d’expression qui est l’un des droits les plus fondamentaux de toute démocratie.

Les planètes libérales sont bien alignées; augmentation des réfugiés du côté fédéral et augmentation des immigrants économiques au provincial. On ouvre les vannes de l’immigration tout en soumettant le Québec à une répression sans précédent qui en plus de river définitivement le clou à la fameuse Charte des valeurs, servira d’exemple pour le reste du pays.

 

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Cologne, et après ?

Les crimes sexuels de masse dont des femmes européennes ont été victimes au Nouvel An soulèvent une question essentielle; si ces femmes avaient été voilées, auraient-elles été agressées par ces hommes arabes? Je pense que non.

Ces évènements scandaleux illustrent à quel point le voile islamique est bien plus qu’un simple vêtement religieux ou culturel comme le prétendent les militantes pro-voile, en ce qu’il participe d’une idéologie patriarcale et comporte une fonction sociale et politique que nous aurions tort d’ignorer.

Le voile fait de la femme un objet sexuel

Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que la femme est un objet sexuel. C’est s’afficher ostensiblement comme une proie sexuelle au regard des hommes. C’est se définir comme objet du désir des hommes, tout en transformant ceux-ci en de vulgaires prédateurs.

Cacher ses cheveux, son cou, ses oreilles, ses bras et ses jambes, c’est reconnaître que le sexe n’appartient qu’aux hommes et que le désir sexuel ne se conjugue qu’au masculin. C’est témoigner publiquement de la négation de son propre désir dans ce qu’il a de plus sauvage et de plus intime. C’est consentir à son refoulement le plus violent, dont la version sublimée se drape dans la vertu, la respectabilité et la pudeur.

Cacher ainsi son corps, c’est accepter de n’être définie que par le regard des hommes. C’est se constituer en objet au lieu de se comporter en sujet libre et autonome. C’est se poser comme l’inessentiel, l’accessoire, le factice en face de l’essentiel masculin. Tout le contraire de la liberté. C’est d’ailleurs l’une des grandes leçons du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’était en 1949 …

Le voile islamique est un formidable pied de nez à toutes ces femmes qui se sont battues pour la reconnaissance de leur désir et de leur sexualité. Il représente la triste et silencieuse liquidation de plusieurs décennies de luttes féministes qui ont permis aux femmes d’aujourd’hui d’avoir droit au sexe.

Le voile comme prolongement de l’espace domestique
La femme, c’est le sexe et le sexe c’est le désordre. Très tôt, l’on apprend aux femmes que leur corps est une menace pour les hommes. Lorsque Khomeiny a pris le pouvoir en 1979 en Iran, il a d’abord exigé que les femmes soient voilées sur les lieux de travail, puis quelques mois plus tard, il a étendu l’obligation du port du voile à tout l’espace public.

Par le voile des femmes, Khomeiny a chassé le sexe de l’espace public et aseptisé le regard, minimisant ainsi les occasions de séduction. Ce voile islamique avait pour fonction principale de prolonger l’espace domestique dans l’espace public et de confiner le sexe au mariage et à la famille. Il devenait ainsi le rempart contre la dislocation de la famille et la dépravation des moeurs, le socle sur lequel se fondera la morale islamique.

Encore aujourd’hui dans nos démocraties occidentales, ce voile réfère au sexe et à cette morale étriquée avec pour ambition de purifier l’espace public de tout ce qui n’est pas conforme à celle-ci. Pour ces femmes voilées que nous croisons sur la rue, liberté d’étudier, oui, liberté de travailler, oui, mais liberté sexuelle, non.

Le voile est lié à la liberté sexuelle des femmes
Le sujet est tabou, même dans islam; le Coran interdit aux femmes musulmanes d’épouser un non-musulman sauf si l’époux se convertit à l’islam. Les codes de la famille marocain et algérien reprennent d’ailleurs cet interdit. Sachant que l’enfant aura la religion du père, on comprend mieux pourquoi les femmes ne doivent épouser que des musulmans.

Cette limitation à leur liberté sexuelle et affective montre bien à quel point la sexualité des femmes demeure soumise aux exigences de la communauté pour être mise au service de la Oumma. Le voile islamique n’est qu’un puissant révélateur de cette instrumentalisation de leur sexualité et d’une morale patriarcale et antiféministe qui refuse aux femmes le droit individuel à disposer de leur propre corps. Contrairement à ce que prétendent les pro-voile, celui-ci n’est pas un symbole d’émancipation mais bien un prodigieux symbole d’aliénation.

Exit le féminisme : On naît femme
Par choix ou non, il n’y a que les femmes qui portent le voile. Naturaliser les différences entre les sexes et essentialiser les identités sexuées; voilà une des principales fonctions du voile islamique qui contribue à renforcer la thèse voulant que ce soit la nature qui détermine le destin des femmes. Parce que dans l’islam comme dans toutes les autres religions, on naît femme.

Du dix-huitième siècle jusqu’à aujourd’hui, tout le féminisme s’est bâti sur une contestation radicale de cette thèse voulant que la vie des femmes soit basée sur leur anatomie. C’était d’ailleurs la thèse centrale du Deuxième Sexe; on ne naît pas femme, on le devient. Le féminin est bien davantage une construction sociale qu’un donné de la nature. Tout le contraire de ce qu’affirme les religions qui n’ont jamais été un facteur d’émancipation pour les femmes. Et le voile islamique nous fait reculer de quelques siècles.

Cologne, et après?
Quel rapport avec les évènements de Cologne, me direz-vous? Ces agressions nous donnent une indication sur la vision islamique de la sexualité et sur le sens du port du voile. Porter et défendre le voile, c’est partager la même vision, la même idéologie que ces hommes arabes qui ont agressé des milliers de femmes non voilées. Le voile islamique n’est que l’autre face d’une même médaille.

Dans le but de mettre un terme à ces agressions, plusieurs pays européens ont mis sur pied des cours de relations hommes-femmes pour les migrants. Mais on ne peut pas éduquer ces hommes arabes d’un côté et laisser des éducatrices musulmanes en garderie et des enseignantes musulmanes dans nos écoles publiques porter un symbole sexiste. Est-ce ainsi que l’État québécois entend éduquer nos jeunes et protéger les droits des femmes? On devrait également interdire le port du voile pour les filles fréquentant l’école publique. Protéger les mineures et envoyer un message clair sur l’égalité des sexes.

25 janvier 2016

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Entrevue sur la laïcité à l’émission de Nathalie Di Palma

http://archives.ckut.ca/128/20150216.19.00-20.00.mp3

 

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Défense et demande reconventionnelle de Louise Mailloux

Faisant suite à la poursuite intentée contre moi par Dalila Awada, voici le document relatif à ma défense que mon avocat,  Me Patrick Ouellet du cabinet Woods, a signifié aujourd’hui à ses procureurs.

Defense et demande reconventionnelle de Louise Mailloux

Considérant que Dalila Awada a choisi d’intenter une poursuite abusive contre moi, afin de me discréditer dans l’opinion publique dans le but de me bâillonner

Je demande à la Cour :

– De rejeter la poursuite intentée par Dalila Awada

– Et de condamner celle-ci à me payer au total $68,000.00 pour atteinte à ma réputation

Pour ceux et celles qui souhaitent m’aider à financer ma défense, vous pouvez faire une contribution en cliquant ici

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Charlie Hebdo, on continue!

Nous avons assisté ce soir à une grande démonstration de solidarité envers l’équipe de Charlie Hebdo parce que nous sommes tous révoltés par l’assassinat sauvage de leurs collègues et que nous avons choisi nous aussi de nous lever pour défendre la liberté d’expression et la laïcité.

Depuis ces évènements tragiques, on a l’impression que les démocraties occidentales prennent soudainement conscience de leur vulnérabilité et de leur difficulté à défendre la liberté et la laïcité lorsqu’il s’agit de l’islam.

C’est Michel Houellebecq qui disait que les gens de Charlie Hebdo étaient des soixante-huitards qui avaient l’habitude de bouffer du curé mais qu’ils n’avaient pas compris que le combat pour la laïcité avait changé de nature.

L’islam pose aujourd’hui de nouveaux défis au combat pour la laïcité et constitue le fer de lance de l’offensive anti laïque en Occident.

D’abord parce qu’il est soutenu par la puissante idéologie du multiculturalisme où il incarne l’exemple-type de l’Autre et réclame au nom de l’ouverture à cet autre, l’ouverture au voile et à l’islam et qu’il rallie partout en Occident une bonne partie de l’élite intellectuelle qui se porte à sa défense.

Ainsi l’islam jouit d’une protection dont aucune autre religion ne peut se réclamer et fait que sa critique nous prive de la zone de confort habituel parce qu’il bénéficie d’un statut privilégié; celui de faire passer les militants laïques pour des racistes, des islamophobes ou des identitaires d’extrême-droite. Aucune autre religion n’a le pouvoir de produire un tel effet réfrigérant.

Pourquoi croyez-vous que le combat laïque face aux catholiques faisait l’unanimité dans les syndicats, la gauche, les féministes et tous les progressistes alors qu’aujourd’hui ce même combat, au nom des mêmes principes nous divise et devient face à l’islam, du racisme et de l’islamophobie?

L’islam renforce aussi la solidarité entre toutes les religions parce qu’il incarne pour celles-ci le plus grand espoir de faire reculer la laïcité en ramenant le religieux dans nos institutions publiques.

Mais plus encore, il pose de nouveaux défis à la défense de la liberté d’expression, imposant la rectitude politique qui rend frileux les politiciens et les journalistes. Frileux dans le débat et la critique comme dans le travail d’enquête sur les réseaux islamistes. Frileux aussi dans le soutien nécessaire aux militants laïques et aux musulmans laïques.

En 2015, au coeur de l’Europe, on a utilisé des kalachnikovs pour éliminer des journalistes et des dessinateurs qui ont osé caricaturer le prophète de l’islam. Pour des raisons de sécurité, des spectacles sont annulés, des écrivains et des blogueurs se censurent, des journalistes et des militants laïques sont sous protection policière. En France et ailleurs en Europe, les mosquées et les synagogues sont surveillées. Est-ce normal qu’on assassine des gens parce qu’ils ont caricaturé un prophète? Sommes-nous toujours dans un pays laïque ou dans un pays qui de plus en plus se soumet à la charia?

Le message des terroristes est clair. On ne critique pas l’islam et son prophète. Ce message est le même quant l’Organisation de la coopération islamique, regroupant 57 pays musulmans, fait pression sur les pays membres de l’ONU pour qu’ils rétablissent le blasphème afin d’empêcher toute critique de l’islam.

Au Québec nous sommes en train de judiciariser le débat public sur la laïcité en intentant des poursuites pour diffamation à des journalistes et des militants laïques afin d’en faire des exemples et de les écarter de l’arène publique. Récemment la Commission des droits de la personne a demandé au gouvernement l’ajout d’une disposition à la Charte québécoise des droits et libertés interdisant l’incitation publique à la haine pour un motif interdit de discrimination, telle la religion.

On veut ici limiter la liberté d’expression et s’en prendre à ceux qui critiquent des idées, une religion, en particulier l’islam.

Avec courage et lucidité, il est important de regarder ce à quoi nous faisons face alors que les politiciens sont toujours dans le déni et le calcul politique. Il est grand temps de se ressaisir, et rapidement, si nous souhaitons préserver les valeurs qui nous sont chères, arrêter de tourner autour du pot, de tergiverser et légiférer sur la laïcité.

Pour envoyer un message clair aux islamistes que la religion doit être séparée de la politique, qu’elle doit être privée et s’en tenir au ciel, que nous avons le droit de la critiquer, le droit de blasphémer et que la charia n’a pas sa place au Québec.

C’est le plus bel hommage que nous puissions rendre à ceux qui, pour avoir défendus ces valeurs, sont morts debout.

Soirée Charlie Hebdo

Montréal 26 janvier 2015

 

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Allocution présentée à la remise du prix Condorcet-Dessaulles

Je suis très honorée de recevoir ce prix Condorcet-Dessaulles et je tiens à remercier bien sincèrement le Mouvement Laïque Québécois d’avoir pensé à moi pour cette distinction si prestigieuse.

Lorsqu’ils ont appris la nouvelle, plusieurs m’ont dit: «Louise, ce prix ne pouvait pas mieux tomber!». En effet, avec tout ce qui m’est tombé dessus depuis les dernières élections, je peux dire que cette reconnaissance par mes pairs est la seule chose qui tombe en montant et c’est avec une grande fierté que j’accepte ce prix qui est en quelque sorte la «coupe Stanley» des militants laïques québécois.

Cette exigence laïque, issue des Lumières, réside au coeur de notre histoire, depuis les Patriotes qui déjà réclamaient la séparation de l’Église et de l’État, en passant par les intellectuels libéraux de l’Institut canadien dont Louis-Antoine Dessaulles fut une figure de proue par sa résistance face au clergé et sa lutte contre la censure. Trois siècles plus tard, nous en sommes toujours à nous battre pour la laïcité comme quoi les religions n’acceptent pas et n’accepteront jamais d’être écartées du pouvoir politique pour lequel elles semblent avoir une attirance toute naturelle.

Malgré le fait que nous ayons complété, il y a à peine neuf ans, la laïcisation de nos écoles publiques, un des bastions les plus inébranlables de la présence du religieux dans l’État et que nous pensions alors que le plus difficile des combats étaient derrière nous, nous constatons aujourd’hui que le Québec subit des assauts et des reculs inquiétants en matière de laïcité alors que nous assistons à une offensive anti-laïque sans précédent, avec des acteurs nouveaux, provenant souvent de l’immigration, des acteurs pour lesquels ils se créent des solidarités inattendues qui redéfinissent les enjeux et posent de nouveaux défis pour la défense de la laïcité. Si on veut que notre combat ait un sens et un maximum d’efficacité, il importe de bien analyser le rôle de l’islam ici même au Québec pour comprendre comment celui-ci contribue à modifier le paysage politique.

Je vous propose donc de revenir sur un sujet que bien des gens préfèrent ne plus aborder; la fameuse Charte des valeurs du PQ. Bien que la laïcité ne peut se résumer à ce projet, il n’en demeure pas moins que ce dernier contenait politiquement deux éléments majeurs que je qualifierais de «dynamite» et qui en a fait d’ailleurs exploser plusieurs.

Le premier élément est que par ce projet de loi, le gouvernement affirmait sa légitimité politique en matière de laïcité au lieu de demeurer à la remorque des chartes et des juges et qu’il a osé défier ce que l’on appelle la judiciarisation du politique qui vise l’affaiblissement d’un gouvernement national. Premier péché mortel.

Deuxième élément; le voile islamique. À part le projet de loi 94 portant sur le niqab et mort au feuilleton, de toute notre histoire laïque, c’était la première fois qu’une proposition pour la laïcité s’adressait à une religion qui n’était pas la nôtre, une religion minoritaire et pas n’importe laquelle; l’islam pour qui la laïcité est une hérésie.

Bien sûr on dira que la proposition voulant interdire le port de signes religieux ostentatoires s’adressait à toutes les religions mais n’eût été que des crucifix pendus au cou, nous savons très bien que cette proposition n’aurait jamais vue le jour. Deuxième péché mortel.

L’importance du voile islamique a, dès le départ, occulté toutes les autres propositions de la Charte et c’est principalement autour de celui-ci que toute la controverse et tous les enjeux se sont cristallisés. Pourquoi?

Parce que le voile est un signe politique qui opère comme un procédé de marketing en rendant l’islam visible et présent dans tous les lieux publics et que porté par les employées de l’État, il sert aussi à contester la laïcité de nos institutions publiques et à remettre en question leur culture laïque.

La critique de l’islam n’est pas chose facile parce qu’il nous prive de la zone habituel de confort que nous avons lorsqu’il s’agit de critiquer les chrétiens par exemple et qu’il jouit d’une protection que ces derniers n’auront jamais au Québec. Celle d’incarner «l’Autre», l’altérité et de réclamer au nom de l’ouverture à l’autre, l’ouverture au voile et à l’islam.

Pourquoi croyez-vous que le combat laïque face aux catholiques faisait l’unanimité dans les syndicats, la gauche, les féministes et tous les progressistes alors que ce même combat, au nom des mêmes principes devient soudainement face à l’islam du racisme et de la xénophobie?

L’islam est porté par la puissante idéologie du multiculturalisme et il sert même de cheval de bataille à tous les fédéralistes du Québec qui instrumentalisent cette religion (c’est la seule qu’ils défendent d’ailleurs) pour nous imposer le multiculturalisme et son corollaire, la neutralisation d’une culture nationale.

Aujourd’hui au Québec, l’islam constitue le fer de lance de l’offensive anti-laïque. C’est pourquoi toutes les autres religions se rangent derrière elle parce que cet islam dispose d’un alibi d’une redoutable efficacité dont sont privées les autres religions et c’est celui de faire passer les militants laïques pour des racistes, des islamophobes ou des identitaires d’extrême-droite. Aucune autre religion au Québec n’a le pouvoir de produire un tel effet réfrigérant.

Ce qui donne à l’islam un statut privilégié et fait qu’il jouit d’une immunité à toute épreuve. Pour toutes les autres religions, l’islam représente le maillot jaune en tête de peloton du Tour de France parce qu’il incarne le plus grand espoir de pouvoir faire reculer la laïcité au Québec en ramenant le religieux dans nos institutions publiques.

C’est pourquoi les catholiques de gauche que nous retrouvons dans les départements de sciences religieuses de nos universités, à Québec Solidaire, à la Fédération des Femmes du Québec et à la Ligue des droits et libertés défendent tous l’islam et sa pub sexiste, le voile. C’est aussi pourquoi dans ce grand débat autour de la Charte des valeurs, toutes les religions ont mis de côté leur rivalité congénitale pour se liguer derrière le voile islamique et déferler dans les rues de Montréal pour manifester contre la Charte raciste des péquistes.

L’islam pose de nouveaux défis à la laïcité au Québec et le plus difficile est sans contredit celui d’empêcher les islamistes d’imposer la charia. Quand on voit comme on l’a vu cette semaine des musulmans, assis aux côtés du Premier Ministre, prétendant représenter la communauté musulmane, alors qu’ils ont tous milité activement contre la Charte des valeurs et que certains d’entre eux fréquentent des gens qui militent pour imposer la charia au Québec, il y a de quoi être inquiète pour l’avenir de la laïcité au Québec.

Un autre aspect inédit et inquiétant dans le combat pour la laïcité est la judiciarisation des débats publics où des musulmans bien appuyés par certains avocats fédéralistes amènent abusivement devant les tribunaux des militants laïques en les accusant de diffamation, dans le but de les faire taire, d’en faire des exemples et de faire taire tous les autres.

Je pense à Djemila Benhabib dont le combat contre l’intégrisme est connu de tous et qui est poursuivie par une école musulmane, je pense aussi à Philippe Magnan, le blogueur de Poste de veille qui cartographie les réseaux islamistes, également poursuivi. Permettez-moi de saluer leur courage, leur droiture et leur ténacité.

L’islam a redessiné le paysage politique et fait prendre au combat laïque une autre dimension. Il devient plus complexe, plus sensible et déconcerte par ses nouveaux opposants. Une certaine gauche, bon nombre de féministes, de syndicalistes et de progressistes s’opposent maintenant à la laïcité. Sans compter la rectitude politique qui empoisonne et étouffe la critique de la classe médiatique et rend frileux l’ensemble de nos politiciens. Tout ceci ne peut que profiter aux intégristes pour faire avancer leur agenda politique.

Si nous poursuivons ainsi, nous allons tout droit vers la catastrophe. Et ce sera d’abord les femmes qui écoperont et surtout les femmes musulmanes. Puis en regardant les choses à plus long terme, c’est carrément l’avenir du Québec qui est en jeu.

Contrairement à ce que certains politiciens prétendent, la laïcité est toujours d’actualité. Elle n’est pas derrière nous mais devant nous et sa défense est plus que nécessaire. Faire autrement serait faire preuve d’une grave inconscience.

Nous les laïques nous devons redoubler d’ardeur, nous consulter, nous solidariser et nous appuyer mutuellement. Nous devons également continuer d’éduquer la société civile.

Chers amis, je tiens à vous remercier bien chaleureusement d’être venus ici aujourd’hui pour me témoigner votre appui. Et soyez assurés que je ferai l’impossible pour être à la hauteur des idéaux de Condorcet et de Dessaulles qui ont consacré leur vie à la défense de la laïcité.

Montréal, 23 novembre 2014

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Le Mouvement laïque québécois décerne le prix Condorcet-Dessaulles 2014 à Louise Mailloux

Le Mouvement laïque québécois décerne
le prix Condorcet-Dessaulles 2014 à
Louise Mailloux.

Professeure de philosophie, auteure et polémiste, Louise Mailloux a contribué de façon importante à la promotion de la laïcité notamment par ses dernières publications, interventions et chroniques lors du débat qui a eu cours ces derniers mois.

La remise du prix aura lieu le dimanche 23 novembre 2014, à 13 heures
au Centre humaniste de Montréal
1225, boul. St-Joseph est, à Montréal (métro Laurier).
Tous les membres et amis du MLQ sont bienvenus.

 

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Indépendance et laïcité : même combat !

Une entrevue de Pierre Cloutier avec Louise Mailloux

Tribune libre de Vigile
lundi 22 septembre

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Louise Mailloux est professeure de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal. Militante laïque, elle a publié « La Laïcité ça s’impose », Les Éditions du Renouveau Québécois, Montréal, 2012 et « Une Charte pour la nation », ERQ, Montréal, 2013. Elle a été candidate du Parti Québécois dans la circonscription électorale de Gouin lors de l’élection du 7 avril 2014. Elle répond ici à nos questions.

Q- Louise Mailloux, vous êtes professeure de philosophie au cégep du Vieux-Montréal et militante laïque. Qu’est-ce qui vous a motivée à quitter vos chers étudiantes et étudiants pour vous lancer dans ce sport extrême qu’est la politique partisane professionnelle en vous portant candidate pour le Parti Québécois lors des dernières élections ?

C’est le projet de Charte proposée par le PQ qui m’a décidée à entrer en politique. Au Québec, depuis plusieurs années, la laïcité subit régulièrement des assauts et connaît des reculs inquiétants et j’espérais qu’un parti politique ait le courage de légiférer sur cette question.

Le Parti Québécois a toujours été le parti de la laïcisation, celui qui a entamé les plus grands chantiers et Pauline Marois a été sans contredit l’une des politiciennes les plus résolues et les plus combatives sur cette question. C’était donc pour moi une chance et un honneur de me retrouver au sein d’un tel parti.

Et il y a aussi cet immense désir d’avoir un pays, d’être indépendant et maître chez nous qui m’habite depuis longtemps et pour lequel le Parti Québécois demeure la seule alternative.

Bref, je suis entrée en politique pour me donner les moyens de mes idées et de mes convictions les plus profondes, espérant faire avancer les choses sur ces questions si cruciales de laïcité et d’indépendance.

Q- Sur le plan émotif et personnel, comment en êtes vous sortie de cette « fosse aux lions » et quel bilan en faites-vous ?

J’en suis sortie moins naïve et plus combative que jamais.

Je savais que l’opposition à ce projet de Charte mobilisait les forces fédéralistes et les intellectuels multiculturalistes regroupés dans Québec inclusif, tous les groupes religieux, juifs, musulmans, sikhs, catholiques sans exception et aussi les islamistes, où on a vu la confrérie des Frères musulmans s’allier avec les khomeinistes pour faire barrage à cette Charte mais je n’avais jamais pensé qu’en me présentant comme candidate pour le PQ, je deviendrais la cible principale de tous ces anti-laïques. Une cible de choix dont on se servirait pour attaquer le PQ et le couper de ses assises francophones où il trouvait ses plus forts appuis à la Charte.

Il ne faut pas oublier qu’au moment de déclencher les élections le PQ était majoritaire dans les intentions de vote et que bien évidemment le projet de Charte y était pour quelque chose. Il fallait donc trouver une stratégie qui torpillerait ces appuis. Il fallait faire peur aux francophones, à tout le moins faire diversion afin d’empêcher le PQ d’imposer son agenda sur la charte. Les anti-chartes ont donc ciblé deux points sur lesquels les Québécois sont frileux ; la critique des religions et la tenue d’un prochain référendum.

Q- Lors de cette campagne, certains médias – la Presse entre autres – se sont acharnés sur vous en vous reprochant d’avoir écrit dans votre premier livre que le baptême et la circoncision peuvent être assimilés à un viol (psychologique pour l’un et physique pour l’autre). Vous attendiez-vous à ce genre d’attaques et comment avez-vous réagi émotivement ?

Quand on se présente en politique, vaut mieux n’avoir rien écrit ! Je savais que l’on scruterait mes écrits et tout le reste mais j’ai eu la naïveté de croire qu’on le ferait honnêtement ! Or, on a déformé mes propos intentionnellement voulant me créer une réputation de radicale, en espérant me rendre « toxique » au point où il deviendrait gênant pour le PQ de me compter parmi ses candidats.

J’ai effectivement dit que le baptême et la circoncision, c’est un viol mais un VIOL DE LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. Allez sur mon blogue et lisez l’article d’où est tirée cette citation, « Le commerce des petites âmes », et vous comprendrez que je parle bien évidemment d’un viol de la liberté de conscience. Cet article, que personne n’a évidemment cité, a été écrit au moment où, en 2010, la ministre de la Famille, Yolande James, a émis une directive interdisant l’enseignement religieux dans les garderies privées. Parce que des curés, des rabbins et des imams visitaient les garderies, figurez-vous.

J’ai dénoncé cela comme étant une atteinte à la liberté de conscience des enfants parce que tout comme avec le baptême et la circoncision, on impose ici aux enfants une religion sans leur consentement alors que la liberté de conscience se définit comme le droit de pouvoir choisir ou non une religion, d’en changer ou de l’abandonner. Ce qu’un enfant ne peut faire à l’âge de 3 ou 4 ans. Peut-on dire cela au Québec en 2014 sans passer pour une radicale ? Je n’en suis pas certaine.

C’est Richard Dawkins lui-même qui disait dans son livre Pour en finir avec Dieu que de la même façon qu’il ne peut y avoir des enfants qui sont libéraux, péquistes, caquistes ou solidaires, il ne peut y avoir d’enfant qui soit catholiques, juifs ou musulmans parce qu’ils n’ont pas à 3 ou 4 ans suffisamment de maturité et d’autonomie pour faire un choix personnel et éclairé.

Vous savez si Dawkins venait au Québec, il serait invité sur toutes les tribunes et dans les médias les plus en vues, présenté comme une sommité internationale et une icône de l’athéisme. Mais une Québécoise qui dit cela, une femme, simple professeure de cégep de surcroît et là, c’est l’odieux, la honte, le blasphème et le salissage en règle de la part de nos universitaires et de nos journalistes. Nous sommes probablement plus colonisés que l’on pense.

Vous savez, la philosophie, la liberté de conscience que garantit la laïcité, cela n’intéresse pas ceux qui m’ont attaquée. Pour dire vrai, ils s’en balancent. Ce qui les intéresse, ce sont plutôt les ravages que peut faire un pareil « spin » dans l’opinion publique.

Des membres influents de Québec inclusif ont d’ailleurs joué un rôle de premier plan pour ternir ma réputation et miner ma candidature durant la campagne électorale.

Voici en preuve, un échange qui a eu lieu sur Facebook, le 16 mars dernier entre Daniel Weinstock, professeur à la faculté de droit de l’Université McGill, Mathieu Marion, professeur de philosophie à l’UQAM, Siegfried L. Mathelet, post-doctorant en philosophie à l’UQAM et porte-parole du Collectif québécois contre l’islamophobie dont le coordonnateur est Adil Charkaoui, Line Merrette Vincent, étudiante en sciences des religions à l’UQAM et quelques autres. On y discute de la meilleure stratégie à adopter pour torpiller ma candidature dans Gouin. Leur trouvaille ? Continuer d’enfoncer le clou sur Mailloux avec l’idée du « baptême comme viol » qui a été soulevée la première fois, le 7 mars, dans un article de la grande journaliste Lise Ravary.






Voilà, en plus de me nuire, ce que cherchaient ces grandes âmes, c’était d’éloigner le PQ de sa base nationaliste catholique et de miner leur appui à la Charte. Rien à voir avec le baptême et la liberté de conscience. De la politique, tout simplement, dans tout ce qu’elle a de plus vil et de plus sale.

Q- À la suite de cette attaque, vous avez senti le besoin de vous excuser partiellement en déclarant que votre intention n’était pas de blesser. Avez-vous subi des pressions de la part du Parti Québécois ou de votre garde rapprochée et amis pour le faire ou avez-vous jugé que c’était la chose qu’il fallait faire pour continuer à être dans la lutte électorale ? Avez-vous trouvé cela difficile à vivre et quelle leçon en tirez-vous ?

Je n’ai subi aucune pression. La direction du PQ m’a simplement proposé un communiqué que j’ai immédiatement accepté de signer parce que j’ai jugé qu’à ce moment-là c’était la meilleure chose à faire puisqu’ultimement ceux qui m’attaquaient, sur le baptême et aussi sur le cachère, souhaitaient que le PQ me largue. Et je ne voulais surtout pas leur offrir cette victoire !

Je suis une militante laïque connue et respectée par bon nombre de Québécois de toutes origines. J’ai une bonne connaissance du dossier de la laïcité au Québec, de celui de l’intégrisme et je me suis exprimée publiquement sur bien des sujets touchant cette question et mes positions républicaines ont toujours été claires, cohérentes et conséquentes. Alors vous vous doutez bien qu’avec une telle expertise, tout le front anti-charte ne souhaitait pas me voir députée à l’Assemblée nationale alors que j’aurais joui de l’immunité parlementaire.

Quelle leçon j’en tire ? Une mise au point rapide sur le fait que mes propos ont été déformés et cités hors contexte aurait été bien plus efficace que ces excuses mais la direction du PQ n’a pas compris que nous étions en guerre et qu’il fallait donc réagir avec davantage de fermeté et d’agressivité.

Q- Pensez-vous que cette prise de position concernant le baptême ou la circoncision a pu vous nuire pour le reste de la campagne électorale ?

Bien sûr, à travers moi, on a attaqué le PQ, espérant ainsi le couper de sa base nationaliste catholique favorable à la Charte mais on a aussi épargné à Françoise David d’avoir à débattre avec moi de ces questions sensibles puisque d’autres « s’occupaient » de moi. Je pense notamment à Lise Ravary du journal de Mtl, des membres de Québec inclusif, le Centre des relations juives et israéliennes, sans oublier le Collectif québécois contre l’islamophobie. Ça fait pas mal de monde à la messe !

Ainsi on a libéré la voie à Françoise David, ce qui lui a permis de pouvoir amener le débat sur PKP et la souveraineté.

Q – Comment expliquez-vous le comportement hostile voire hystérique d’une certaine gauche québécoise, notamment Québec solidaire, à l’endroit de l’interdiction du port des signes religieux ostentatoires dans les institutions publiques contenue dans le projet de charte déposé par le Parti Québécois ?

Québec solidaire ne défend pas la laïcité puisqu’il partage comme ses amis libéraux et néo-démocrates l’idéologie multiculturaliste voulant que les normes et les valeurs de la majorité ne soient pas neutres mais bien plutôt discriminatoires à l’égard des minorités.

Pour eux, cette majorité, pourtant au fondement de toute démocratie, est considérée comme dominante et illégitime. Dès lors, il faut donc s’en remettre aux chartes plutôt qu’aux représentants de la nation pour défendre ce qu’ils appellent les droits fondamentaux.

C’est exactement ce que souhaitait Pierre-Elliot Trudeau lorsqu’en 1971 le Canada a adopté une politique officielle sur le multiculturalisme ; ce qui a eu pour effet de nier la nation québécoise en tant que peuple fondateur et majorité francophone au Canada et de nous placer sur le même pied que toutes les autres minorités.

Ainsi toutes les cultures doivent être valorisées et aucune ne doit être privilégiée et encore moins s’affirmer comme culture nationale. Interdire le port de signe religieux ostentatoire est donc pour Québec solidaire faire preuve de racisme, de xénophobie et d’islamophobie à l’égard des musulmans. Ne perdons jamais de vue que le multiculturalisme a été inventé non pas pour reconnaître la diversité mais pour neutraliser l’affirmation nationale.

Ce relativisme issu de l’idéologie multiculturaliste est largement partagé par la gauche et les bien-pensants qui se disent progressistes que ce soit au Québec ou ailleurs. Ainsi, le voile islamique, je parle du voile parce que c’est ce signe et non la croix, la kippa ou le turban que défend Québec solidaire, puisqu’il est pour eux une façon de valoriser toutes les cultures.

Et puis il y a aussi des visées électoralistes qui motivent une telle prise de position. On l’a vu par exemple en France où le vote musulman a été important dans l’élection de François Hollande et on le voit également au Québec où, à chaque élection, les lobbys musulmans invitent les gens de leur communauté à voter pour le Parti libéral ou Québec solidaire.

Q- Qu’est-ce qui a fait défaut, selon vous, dans la gestion de ce projet de loi déposé par le ministre Drainville ? Est-on allé « trop loin » comme l’a mentionné Jacques Parizeau ou, au contraire, pas assez, en n’interdisant pas le port du voile par les élèves dans les institutions d’enseignement, ni le port du voile intégral dans l’espace public et en mettant fin au financement des écoles privées, notamment celles qui dispensent de l’enseignement religieux ?

Nous ne sommes pas allés assez loin. Lorsque je me suis présentée devant la commission parlementaire sur le projet de loi 60 accompagnée de Marc Laviolette et de Pierre Dubuc, respectivement président et secrétaire du SPQ Libre, c’est justement ce que nous avons souligné. Nous avons appuyé le projet de Charte mais en faisant valoir qu’il était nécessaire d’y inclure d’autres recommandations qui sont celles que vous venez d’énumérer.

Évidemment ceux qui m’accusent de défendre une catho-laïcité, d’être raciste et islamophobe se gardent bien de parler de ceci.

Q- L’avenir de la laïcité est-il menacé au Québec et quelle stratégie doivent utiliser ses défenseurs ?

Oui assurément. Menacé parce que ceux qui l’ont défendue semblent maintenant vouloir éviter le sujet et aussi parce qu’on ne peut sûrement pas compter sur le Parti libéral pour défendre la laïcité. Bien au contraire, ils font tout pour s’y opposer, espérant ainsi conserver le vote de la communauté juive et gagner celui de la communauté musulmane.

La stratégie à adopter dans le contexte actuel ? L’éducation. Il faut éduquer les gens sur ce qu’est la laïcité. Vous savez au Québec nous n’avons jamais eu d’éducation laïque alors il n’est pas étonnant que bien des gens ne comprennent pas ce que c’est et qu’ils associent à tort la laïcité à de l’athéisme. Certains pensent même que les laïques veulent supprimer les religions.

Devant pareille ignorance, ceux qui sont contre la laïcité en profitent pour alimenter la confusion et faire peur au monde. Je vais vous donner un exemple. L’automne dernier, j’étais invitée au Cégep de St-Jérôme pour débattre de la charte avec Jean Dorion. Il a été le premier à s’adresser aux étudiants et il a commencé en leur disant qu’avec la charte, le Cégep s’appellerait Cégep Jérôme au lieu de St-Jérôme. Cette affirmation est d’une mauvaise foi sans bornes ; elle fait aux laïques une réputation de talibans et n’aide en rien à éduquer les gens sur ce qu’est la laïcité. Nommez-moi un pays laïque où l’on a changé la toponymie des lieux ? Affirmer cela, c’est vraiment manquer d’honnêteté vis-à-vis les jeunes et profiter de leur ignorance au lieu de mieux les éduquer.

Il faut aussi dénoncer la laïcité dite inclusive qui se présente comme un nouveau modèle de laïcité alors que ce n’est qu’une ruse pour permettre l’intrusion du religieux dans nos institutions publiques sur la base des droits individuels.

Q- Quelle crédibilité accordez-vous au gouvernement Couillard lorsqu’il prétend vouloir faire la lutte à l’intégrisme religieux ?

Aucune. Il y avait une personne au Parti Libéral qui avait une solide expertise sur le sujet, c’est Fatima Houda-Pepin et ils l’ont virée. Parce qu’elle était sur ce sujet la bonne conscience des libéraux, celle qui refusait toute concession devant le lobby des intégristes et qui faisait passer ses convictions avant ses ambitions politiques. On ne peut malheureusement pas en dire autant de certains députés libéraux dont les circonscriptions englobent une bonne proportion de musulmans et qui prônent l’inclusion à n’importe quoi pour courtiser sa clientèle électorale.

Q- Avez-vous été surprise de voir l’étendue de l’hostilité virulente des médias québécois au projet de charte sur la laïcité du Parti Québécois et comment expliquez-vous cette hostilité alors que le projet de loi faisait l’objet d’un consensus de la part des parlementaires sur 90% de son contenu ?

Absolument pas. En septembre dernier, alors que les hostilités allaient bon train et que l’on tirait à boulets rouges sur le PQ et le ministre Drainville, j’ai prononcé une conférence au colloque de Génération nationale, s’intitulant Une Charte pour la nation, dans laquelle j’expliquais pourquoi ce projet de charte suscite autant d’insultes et de haine. Je me permets de citer un extrait de cette conférence : 
« En voulant légiférer sur la laïcité, le PQ a réveillé d’autres démons et doit maintenant faire face à un feu nourri, digne d’une période référendaire. Parce que ce que l’on craint le plus à Ottawa et chez les fédéralistes du Québec, ce n’est pas la laïcité, ce n’est pas non plus l’interdiction des signes religieux. Ce que l’on craint le plus, c’est qu’un peuple se redécouvre une identité, qu’un peuple se redécouvre une fierté, que la nation se réveille, qu’elle se lève et qu’elle se remette à vouloir un pays.
Voilà de quoi ils ont peur. Voilà pourquoi ils paniquent et s’excitent, nous menacent et nous insultent. Dans la population francophone, l’appui au projet de loi est majoritaire, c’est pourquoi l’industrie du multiculturalisme s’est mise en mode « action »………. Ne perdons pas de vue que cette charge politique est menée à l’endroit d’un parti souverainiste qui, avec ce projet de loi, ravive la flamme identitaire au point où cette Charte des valeurs québécoises est en train de devenir, bien malgré elle, le projet d’une Charte pour la nation ». Voilà pourquoi la charge a été si virulente.

Q- Comme vous n’étiez pas membre du conseil des ministres, vous n’avez pas participé aux discussions concernant la gestion de ce projet de loi. Mais vous-a-t-on consultée ? Et aurait-il été possible, selon vous, de faire adopter en priorité les modifications à la charte québécoise des droits et libertés quitte à reporter à plus tard, dans une simple loi, comme celle sur la fonction publique, ou par décret, l’interdiction du port des signes religieux ostentatoires ?

Le ministre Drainville a consulté plusieurs groupes et rencontré bien des personnes qui ont pris part au débat sur la laïcité. À ce titre, j’ai effectivement rencontré le ministre.

Bien sûr qu’il aurait été possible de reporter à plus tard l’interdiction du port de signes religieux qui était la proposition controversée de ce projet de loi mais la question à poser ici est plutôt : est-ce que cela aurait été souhaitable ?

Je ne le crois pas. Le voile islamique est de plus en plus présent dans nos institutions publiques. Par exemple, il y a de plus en plus d’éducatrices en garderies qui le portent, défiant ainsi la laïcité de nos institutions publiques. Et on peut supposer qu’avec l’immigration en provenance du Maghreb, ce voile sera de plus en plus présent au Québec. Vous croyez vraiment qu’il sera plus facile de légiférer dans quelques années ?

Quand on veut préserver l’égalité entre les femmes et les hommes, la question du port du voile islamique dans nos institutions publiques se pose avec acuité. Ce voile est sexiste et que des femmes musulmanes disent le porter par choix n’y change rien. L’État québécois n’a pas à cautionner un pareil sexisme, encore moins s’il se présente avec le label religieux. Nous avons une histoire qui témoigne des batailles que nous avons menées pour faire avancer les droits des femmes et la laïcité. Et il n’est pas question de retourner en arrière.

En politique, il faut savoir prendre des décisions et ce n’est pas toujours facile. Rappelez-vous lorsqu’on a légiféré sur la langue, les péquistes se sont aussi fait traiter de xénophobes. N’empêche qu’aujourd’hui, nous sommes contents de l’avoir fait.

Q- Vous connaissez sans doute l’oeuvre et l’engagement social du philosophe français Michel Onfray, particulièrement son université populaire de Caen. Que pensez-vous de cette initiative et croyez-vous qu’elle pourrait être reprise avec succès au Québec ?

Je pense que c’est une excellente initiative. Éduquer les gens sera toujours quelque chose de noble et démocratiser cette éducation, comme le fait Onfray, pour que davantage de gens aient accès au savoir et à la culture ne peut que contribuer à améliorer une société à bien des égards.

Il existe déjà au Québec, du moins à Montréal, une université populaire qui offre gratuitement aux gens de tous âges des cours ou des conférences sur une grande variété de sujets. D’ailleurs, ceux qui y enseignent sont souvent d’anciens professeurs maintenant à la retraite. Cette initiative s’inspire probablement de celle d’Onfray et mériterait bien évidemment d’être appuyée financièrement et reproduite un peu partout au Québec.

Comme lui, croyez-vous que « Dieu n’est pas mort » mais qu’il revient en force et que la seule réponse est non seulement la laïcité républicaine mais également l’athéisme « argumenté, construit, solide et militant » ? Est-il difficile d’être athée au Québec et de l’affirmer publiquement et y-a-t-il un prix à payer pour le faire ?

Effectivement Dieu n’est pas mort, même qu’il se porte assez bien. Il est partout. Ce début de 21ième siècle marque un regain de ferveur religieuse. On le voit dans l’offensive qui est menée contre la laïcité en Occident mais aussi dans les conflits religieux qui font rage partout dans le monde. L’État Islamique (l’EI) en est l’exemple le plus horrible. Est-ce que la laïcité et l’athéisme sont la seule réponse à tout cela ? Je dirais que c’est la réponse que nous avons toujours donné parce que jusqu’à maintenant nous n’en connaissons pas de meilleure.

Oui c’est toujours difficile d’être athée au Québec et si beaucoup de gens ont délaissé la pratique religieuse, cela ne fait pas d’eux des athées pour autant. L’athée est encore vu comme un radical, un être immoral alors que beaucoup de gens ont un grand respect pour tout ce qui est religieux.

Dans le fond, les gens sont encore profondément religieux parce qu’ils sont incapables d’assumer leur propre mort. N’importe quoi plutôt que d’avoir à mourir comme son chien. Et c’est sur cette incapacité à assumer le tragique de la vie que repose le fait religieux parce que les religions nous disent exactement ce que l’on veut entendre « Tu ne mourras pas », alors que l’athéisme nous rappelle que si. Quoi de plus détestable !

Q- Michel Onfray affirme aussi qu’il faut se débarrasser de la laïcité « à l’eau bénite » imprégnée de 2000 ans de judéo-christanisme, que mettre sur un même pied d’égalité la fiction et la raison, le rabbin, le prêtre, l’imam et le philosophe est une aberration et il prône une laïcité post-chrétienne, militante, athée et radicalement opposée à tout choix de société entre le judéo-christianisme occidentale et l’islam qui le combat. Partagez-vous son point de vue ?

Je ne vois pas comment une laïcité pourrait être post-chrétienne puisque la laïcité c’est la tolérance à l’égard de toutes les options, qu’elles soient religieuses ou philosophiques. C’est une position d’ouverture maximale qui garantit la liberté de conscience et permet donc d’être chrétien comme n’importe quoi d’autre.

La laïcité place l’athéisme sur le même pied que les religions, faisant de celui-ci une croyance parmi d’autres alors que l’athéisme est une attitude rationnelle face à la vie qui n’a rien à voir avec les croyances. C’est effectivement une aberration qui affaiblit l’athéisme en mettant à égalité la foi et la raison. J’ai d’ailleurs développé cette idée lors d’une conférence que j’ai donnée au Congrès nord-américain de l’Alliance athée internationale et Humaniste athée à Montréal en 2010 et qui s’intitulait « La laïcité a-t-elle tué l’athéisme ? »

Comme Onfray, je crois qu’il faut faire la promotion de l’athéisme, une promotion énergique dans le but de valoriser le savoir rationnel et les sciences, d’écarter la superstition et de limiter le plus possible la soumission des esprits aux dogmes religieux mais le phénomène religieux n’est pas que superstition.

Il répond aussi à un besoin de sécurité et de grégarité, celui d’être rassuré, d’avoir un père qui est aux cieux et sur la terre d’appartenir à une communauté qui partage les mêmes règles et pratique les mêmes rites. La religion, en proposant des prescriptions et des interdits, renforce le conformisme, cimente la vie sociale et dispense l’individu d’avoir à prendre par lui-même des décisions sur des choses aussi banales que « devrais-je ou non manger du jambon ou boire une bière ? » Il y a des gens qui ont besoin de l’encadrement que leur fournit la religion au quotidien. Ils ont besoin du ciel et de l’enfer à chaque instant de leur vie. Cela les rassure, donne un sens à leur vie et les persuade qu’ils sont dans le droit chemin. Contre cela, l’athéisme ne peut pas grand-chose.

Et c’est sans compter tous ceux qui ne veulent pas mourir et aller au ciel !

Il y aura toujours des croyants et du point de vue de l’athéisme la laïcité sera toujours une solution de compromis.

Q- En France, la laïcité républicaine existe depuis 1905 et jamais l’islamisme n’a été aussi menaçant. Sans tomber dans la xénophobie du Front national et du frisson identitaire, comment contrer cette menace sans penser resserrer nos critères d’immigration et comment le faire sans l’indépendance ? N’a-t-on pas alors l’obligation de lier laïcité et indépendance comme un seul projet ?

L’indépendance d’un peuple, c’est le commencement de tout le reste. À nous de se tenir debout !

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