L’État québécois, raciste vous dites?

Le texte suivant est une réplique à celui d’Amel Zaazaa que Le Devoir a choisi de ne pas publier.

Dans une lettre ouverte au premier ministre du Québec, publiée dans Le Devoir du 28 décembre dernier, Amel Zaazaa, d’origine tunisienne, ayant choisi d’émigrer au Québec il y a cinq ans, accuse l’État québécois de ne pas être neutre et de pratiquer un racisme systémique à l’égard des minorités. Selon elle, ce racisme serait à ce point ancré dans les rouages de l’État québécois que l’on peut tout naturellement en conclure à un racisme d’État. Sa conclusion? Une loi sur la laïcité qui interdirait le port de signes religieux stigmatiserait les femmes voilées et ne ferait qu’ajouter à ce racisme d’État. Rien de moins!

Il y a racisme d’État lorsqu’une inégalité est inscrite dans la loi, n’accordant pas à tous les mêmes droits et les mêmes devoirs, sur la base de l’origine ethnique ou encore de l’appartenance religieuse, pour ne nommer que ceux-là. Aucune législation québécoise ne consacre de telles inégalités, mais peut-on en dire autant concernant les législations en Tunisie, au Maroc et en Algérie ?

Dans la Constitution de chacun de ces pays, on proclame que «l’Islam est la religion de l’État ». Tunisie (art. 1), Algérie (art.2), Maroc (art.3). Tout le contraire de la neutralité. Imaginez un peu si on proclamait qu’au Québec, le catholicisme est la religion de l’État.

Il s’ensuit que le chef de l’État doit obligatoirement être de confession musulmane. L’article 74 de la Constitution tunisienne le stipule clairement de même que l’article 73 de la Constitution algérienne. Le Maroc étant une monarchie, le pouvoir se transmet de manière héréditaire, le chef de l’État est donc forcément musulman. Imaginez si au Québec, nous disions que le premier ministre doit être de confession catholique.

Concernant le droit familial, en Algérie et au Maroc, une femme musulmane ne peut épouser un non-musulman alors qu’en Tunisie, cela est permis depuis la nouvelle Constitution de 2014. En Algérie, l’article 30 du Code de la famille interdit le mariage d’une musulmane avec un non-musulman. Même interdiction au Maroc (l’article 39 du Code de la famille) en plus d’interdire le mariage d’un musulman avec une non-musulmane, sauf si elle appartient aux gens du Livre (juive ou chrétienne), à l’exclusion des païennes (polythéistes et athées). Imaginez si on disait qu’au Québec une femme catholique ne peut épouser un non-catholique. Ils seraient nombreux à crier et hurler au racisme et à la discrimination religieuse. Avec raison d’ailleurs! Mais poursuivons…

Au chapitre de la liberté religieuse, afin de contrer le zèle des chrétiens évangéliques, particulièrement actifs en Kabylie, le Parlement algérien a adopté en 2006 une loi (l’ordonnance n° 06-03) qui prévoit des dispositions pénales qui criminalisent le prosélytisme religieux. L’article 11 indique qu’est puni d’un emprisonnement de deux à cinq ans quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ou qui utilise des moyens qui visent à ébranler la foi d’un musulman. Vous avez bien lu, on parle ici d’emprisonnement.

L’article 14 de cette même loi ajoute qu’une fois la peine purgée, les autorités peuvent expulser le contrevenant de manière définitive de l’Algérie. Quant au Maroc, convertir un marocain est aussi considéré dans le Code pénal (article 220) comme un délit puni de six mois à trois ans d’emprisonnement.

On comprend mieux pourquoi le gouvernement canadien informe les voyageurs à destination du Maroc « qu’il est illégal d’importer sans autorisation des bibles ou d’autre matériel religieux non islamique, sauf pour usage personnel. Le prosélytisme est également interdit ». Et pour la Tunisie, on précise aussi que « le prosélytisme religieux y est interdit ».

Alors madame Zaazaa, raciste l’État québécois? Raciste parce qu’il veut interdire le voile islamique pour certaines catégories d’employés de l’État? Vous n’êtes pourtant pas sans savoir que le voile islamique a été interdit dans les écoles en Tunisie par le Président Bourguiba dès 1957 et que cette interdiction s’est vue réactivée de 1981 à 1991 et même élargie jusque dans l’administration publique, les écoles et les universités mais aussi les espaces publics. Diriez-vous que la Tunisie est un État raciste parce qu’il interdit le voile? Bien sûr que non mais alors pourquoi le dire du gouvernement du Québec qui veut l’interdire pour certaines catégories d’employés, incluant les enseignants des écoles publiques?

La vérité, c’est que ce n’est pas la lutte contre le racisme qui vous motive mais bien d’imposer aux Québécois une logique anticolonialiste dans laquelle il vous faut mettre en échec la majorité blanche supposément dominatrice et raciste à l’endroit des minorités. Mettre en échec le féminisme parce qu’il est blanc, occidental, particulier, impérialiste et que son universalisme n’est pour vous que du colonialisme déguisé. Mettre en échec l’État national parce qu’il est blanc, occidental, particulier, impérialiste et que son universalisme n’est que du colonialisme déguisé. Par la défense du voile et les accusations de racisme que vous y liées, mettre en échec la séparation des Églises et de l’État, au fondement même de la laïcité, parce que cette laïcité est blanche, occidentale, particulière, impérialiste et que son universalisme n’est pour vous que du colonialisme déguisé.

Comme le dit l’adage populaire, quand on se compare, on se console. En termes de liberté religieuse, le Québec est un modèle et nous devons le dire haut et fort et en être fiers. Justement parce que nous avons fait le choix de vivre dans un Québec laïque où il n’y a pas de religion d’État avec toutes les discriminations qui en découlent. La laïcité, c’est l’égalité de tous les citoyens, quel que soit leur religion. Ceux qui ont choisi de venir vivre avec nous sont des privilégiés et non des victimes. Et nous ne devons plus nous laisser intimider et insulter par des accusations de racisme.

Les Québécois veulent poursuivre leur avancée vers davantage de laïcité. Consacrer par la loi ce qui l’est déjà par notre histoire. Le Québec est grand, le Québec est blanc, majoritairement blanc et on aura compris ici que je ne parle pas de l’hiver! Nous n’avons surtout pas à rougir de cela!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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