Procès contre la loi 21 : Jour 1

Les pleureuses

C’est lundi matin qu’a débuté en Cour supérieure du Québec le procès contre la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). Les audiences ont commencé par le témoignage d’une enseignante musulmane portant le hidjab, Ichrak Nourel Hak qui, avec le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC), l’un des lobbies musulmans les plus influents au Canada, et l’Association canadienne des libertés civiles, avait déposé une plainte devant les tribunaux au lendemain de l’adoption de la Loi 21 en juin 2019.

Dans son témoignage, madame Hak dit qu’elle a commencé à porter le voile à l’âge de 21 ans, au moment où fouillant les sources principales de l’islam, le Coran et les Hadiths, elle découvre que le port du hidjab est une obligation dans l’islam, que c’est pour elle une manière de pratiquer sa religion, précisant également que c’est son choix parce qu’elle veut donner l’image positive qu’une femme peut être voilée et épanouie.

Ayant obtenu son diplôme de baccalauréat en enseignement du français langue seconde après l’adoption de la Loi 21, elle affirme ne pouvoir travailler dans des écoles publiques et n’avoir d’autres options que celle d’enseigner dans des écoles privées car pour elle, le hidjab fait partie de sa religion et qu’il n’est donc pas imaginable de l’enlever.

Le témoignage d’Ichrak Nourel Hak s’appuie sur l’idée que le port du hidjab est une obligation dans l’islam tout en soutenant que c’est son choix ! Allez donc savoir ! Et s’il y en a qui peuvent mâcher de la gomme tout en marchant, eh bien madame Hak affirme ici sans broncher qu’elle peut avancer et reculer en même temps. Je suis obligée mais c’est mon choix ! Alors que la logique la plus élémentaire écarte la contradiction, madame Hak soutient cette contradiction sans jamais expliquer comment elle glisse de l’obligation au choix.

Elle oublie également de préciser que l’obligation du voile islamique est une question controversée et toujours en discussion dans le monde musulman, si bien que des musulmanes ne portant pas le voile n’en sont pas moins musulmanes pour autant.

Quant à la symbolique du hidjab sur laquelle Me Christiane Pelchat, l’avocate de Pour les droits des femmes (PDF-Québec) l’a questionnée, Hak a répondu que « ce n’est pas un symbole qui dégage un message haineux ». Vous demandez à quelqu’un ce que signifie une table et il vous répond que ce n’est pas un cheval. Décidément la logique n’est pas le point fort de madame Hak. Mais ne soyons pas dupe, c’était ici une façon d’éluder la question du symbolisme du voile islamique, de ne pas reconnaître son caractère sexuel, sexiste et politique.

Première pleureuse 

Le second témoignage a été celui de Messaouda Dridj pour la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) dont les avocats sont Me Rémi Bourget qui, à l’époque de la Charte des valeurs, présidait l’organisme Québec inclusif qui s’est opposé au projet de Charte. Il est assisté de Me Frédéric Bérard ainsi que de Me Nour Farhat qui étaient également membres de Québec inclusif. Comme quoi on retrouve la famille ! 

Madame Dridj était déjà enseignante dans une école publique de Montréal au moment de l’adoption de la loi 21. Elle bénéficie donc de la clause des droits acquis et conserve son emploi. Elle a fait valoir qu’elle a le DROIT de porter le voile (on ne sait pas où ce droit est énoncé mais enfin …) et que les contraintes géographiques et hiérarchiques imposées par la loi 21 affectent ses ambitions professionnelles et lui causent des inconvénients comme ceux de ne pouvoir obtenir un autre poste, ni d’acheter une maison en périphérie de Montréal. 

Messaouda Dridj est arrivée au Québec en 2004. Elle n’a pas manqué de souligner qu’en 2013, avec la Charte des valeurs de Madame Marois, le climat social face aux femmes voilées s’est détérioré. Qu’on les interpelle dans les centres commerciaux, les insulte et qu’une violence verbale s’exerce à leur endroit. Que tout cela s’est calmé par la suite, pour reprendre l’année dernière, insinuant qu’à chaque fois que le gouvernement veut légiférer sur la laïcité, les femmes voilées en font les frais. Encore et toujours cette sempiternelle victimisation pour culpabiliser les Québécois.

C’est alors que sous le regard de Me Bourget qui surveillait attentivement la réaction du juge, madame Dridj nous a servi son petit cinéma, s’élançant soudainement dans un élan de colère mêlée de pleurs, pour dire que le ministre Roberge qui a commandé un sondage sur les enseignants portant des signes religieux, les a injustement ciblés. Victime encore et toujours. 

Bref, après cette première journée d’audition sur la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État, a-t-on parler de laïcité ? Absolument pas ! De devoir se conformer aux prescriptions du Coran dans les écoles publiques du Québec, pas plus que de pouvoir s’acheter une maison en périphérie de Montréal n’a franchement rien à voir avec la laïcité.

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