Allocution de réception du Grand Prix de la Laïcité du Rassemblement pour un pays Souverain

Chers amis,

Lorsque Benoît Roy m’a téléphoné pour m’annoncer que j’étais récipiendaire du Grand Prix de la Laïcité, nous étions le 23 décembre. Je ne pouvais recevoir un plus beau cadeau de Noël que celui-ci. Ce prix est une distinction qui me touche profondément parce qu’il signifie la reconnaissance de celles et ceux qui partagent avec moi les mêmes aspirations, les mêmes espoirs, ceux de vivre dans un Québec laïque et indépendant, la reconnaissance de celles et ceux qui m’ont toujours soutenue dans la défense de ces idéaux et dont votre présence témoigne ici ce soir. Merci à chacun d’être là.

Je tiens à remercier Benoît Roy et ses collègues du RPS d’avoir créé ce Grand prix de la Laïcité qui saura mettre en valeur l’importance de ce combat pour le Québec et pensé à moi comme première récipiendaire. Tout un honneur ! Merci aussi de nous avoir réunis ici ce soir autour d’une table et avec beaucoup plus que « quatre bouteilles de vin ! », pour célébrer ce moment unique.

Merci également à Djemila pour cet hommage, l’amie avec qui je partage le même combat, une grande complicité et une profonde amitié. Vous êtes nombreux à me demander des nouvelles d’elle. Elle va très bien. Très bien. Beaucoup de boulot. Les Frères musulmans et les curés de la bien-pensance la tiennent passablement occupée !

Mes remerciements seraient incomplets si j’oubliais ma compagne Lorraine, avec qui je partage ma vie depuis 25 ans. Celle qui est la première lectrice de mes textes et depuis toujours la meilleure et la plus impitoyable critique. Celle qui m’a toujours encouragée à écrire et qui soutient mon combat. Merci Lorraine.

Vous connaissez tous mes convictions et mon engagement pour la laïcité, mon attachement au Québec et mon désir d’en faire un pays. De toutes les causes qui me tiennent à cœur, celle de la défense de la laïcité est celle que je porte le plus fidèlement depuis de nombreuses années.

Comment suis-je devenue ce que je suis aujourd’hui ? Laïque et indépendantiste. C’est la faute à qui ? Mes parents assurément, à qui je dois beaucoup. C’est d’abord à eux que je dois mon amour pour le Québec et la volonté d’en faire un pays. J’ai souvenir de ces assemblées de cuisine à la maison réunissant le premier candidat du Parti québécois dans le comté de Témiscouata, c’était le directeur de la polyvalente que je fréquentais, et son équipe, des professeurs dont certains m’enseignaient, assis aux côtés de mes parents à préparer la première campagne électorale.

On m’avait intégrée à l’équipe. Quand on se déplaçait dans les villages avec un char et des haut-parleurs su l’top, pour annoncer une assemblée du PQ, je faisais la musique. Chante Louise! Eh oui, je chantais Bozo-les culottes de Raymond Lévesque, les gens sortaient sur leur galerie les uns après les autres, se demandant ce qui se passe, et là, bingo, on les invitait à une assemblée du Parti québécois. Oubliez les rouges, oubliez les bleus. On vote pour nous. On vote PQ.

C’est comme ça que je suis devenue indépendantiste. Avec le cœur d’abord, nourri par les chansonniers qui ont baigné mon adolescence, les Vigneault, Leclerc, Léveillée, Leyrac et Pauline Julien qui chantaient notre pays et l’admiration face à mes parents ouvriers qui refusaient d’être colonisés par les Anglais !

Une fois au cégep, la lecture de Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières viendra mettre des mots sur ce que mon cœur avait déjà compris. C’est là que je suis devenue indépendantiste et de gauche.

De mes études en philosophie, j’ai retenu que les idées doivent servir à quelque chose. Ces idées m’ont d’ailleurs servi pour vider des salles de cours et emmener ma gang manifester au centre-ville, rue Sherbrooke, devant l’université McGill en scandant à plein poumons « Mc Gill français ! »

Puis vint l’enseignement au collégial alors qu’un jour, demandant à des étudiantes algériennes pour quelles raisons elles avaient quitté leur pays pour venir s’installer au Québec, elles m’ont raconté les atrocités qu’elles avaient vécu durant les années noires d’Algérie. Je me disais, peut-être qu’elles exagèrent. Se peut-il qu’une religion fasse cela encore aujourd’hui ?

C’est la lecture de Ma vie à contre Coran de Djemila qui a mis des mots sur les horreurs que mes étudiantes m’avaient raconté. Par la suite ma rencontre avec Djemila fut déterminante. C’est ainsi que je suis devenue une militante laïque.

Au fil des années, mon enseignement est devenu plus engagé. J’avais 15 semaines pour défaire 10 années de cours d’ECR. Un jour j’ai dit à Lorraine, ma salle de cours est trop petite. Je veux écrire et prendre la parole.

Voilà, vous connaissez la suite qui fait que je me retrouve ici devant vous ce soir à recevoir cet honneur et que j’aimerais en profiter pour vous parler de la loi 21.

Je suis convaincue que la laïcité n’est pas une question parmi d’autres, que ce n’est pas une question que l’on peut additionner à d’autres comme l’écologie ou l’économie ou que sais-je encore. Je ne suis pas en train de vous dire que l’écologie ou l’économie ne sont pas importantes, loin de là, mais je suis persuadée que nous allons vers un affrontement en Cour suprême, que le gouvernement Trudeau va intervenir pour contester la loi 21 parce que les enjeux sont trop importants et que c’est sur le terrain de la laïcité que les choses vont se jouer. C’est là que nous allons confronter le régime fédéral et tester les limites du système.

On a tort de penser que la loi 21 ne concerne que le Québec et qu’elle n’aura aucun impact sur les autres provinces canadiennes. Cette lecture est incomplète. La loi 21 représente à l’échelle canadienne un enjeu national primordial puisqu’elle soulève une question constitutionnelle majeure qui est celle pour une province de pouvoir ou non légiférer dans le but d’interdire le port de signes religieux à certaines catégories d’employés de l’État.

Dans l’hypothèse où la loi 21 serait déclarée constitutionnelle, cela autoriserait toutes les provinces canadiennes à légiférer de la même façon que le Québec. Quand on sait que plus de 40 % de canadiens donnent leur appui à la loi 21, on comprend que l’enjeu soit énorme pour les lobbys religieux qui font pression sur les élus à travers tout le Canada pour qu’ils condamnent cette loi.

À l’inverse, si la loi 21 était déclarée inconstitutionnelle, nos adversaires auraient gagné non seulement le droit constitutionnel d’invalider la loi 21 au Québec mais également celui d’empêcher toutes les autres provinces canadiennes à pouvoir légiférer dans le même sens.

Voilà pourquoi le Manitoba de Brian Pallister et les autres provinces se mêlent de nos affaires et que le gouvernement Trudeau va intervenir en Cour suprême.

La loi 21 a acquis dans l’esprit des gens une immense portée symbolique, qui va bien au-delà des principes qu’elle met en œuvre, bien au-delà de la protection de la liberté de conscience. La laïcité et, à travers elle, la défense de la loi 21 sont devenues une cause politique de premier plan, une sérieuse menace au multiculturalisme canadien en même temps qu’un incroyable geste d’affirmation identitaire qui redonne de la fierté aux Québécois.

Certains indépendantistes pensent à tort que la laïcité est une question secondaire et qu’elle devrait le demeurer. Loin d’être une distraction qui va nous éloigner de l’indépendance, bien au contraire, la laïcité nous en rapproche au point où c’est à travers cette question que nous sommes en train de poser à nouveau celle de la souveraineté de notre État et de repolitiser la question nationale.

Il n’est pas normal pour un peuple normal que ce soit neuf juges de la Cour suprême qui décident de nos lois. Et il n’est pas normal pour un peuple normal que son gouvernement vote démocratiquement une loi et qu’il soit obligé par la suite de la défendre devant les tribunaux.

Cette loi 21 constitue un formidable tremplin vers l’indépendance. Parce que c’est à travers elle que va se poser la question de notre aliénation dans le régime fédéral. Nous tous réunis ici aujourd’hui, nous savons que rien ne sera définitivement réglé tant et aussi longtemps que nous n’aurons pas un pays.

La bataille ne fait que commencer mes amis et elle va se jouer sur deux fronts, l’un juridique, l’autre politique. En tant que citoyens, en tant que nationalistes, en tant qu’indépendantistes, nous avons un rôle à jouer dans ce combat et nous nous devons de poser des actions concrètes afin de soutenir ceux qui défendent la loi 21, que ce soit sur le terrain juridique comme sur le terrain politique. Cette bataille est celle de notre nation et nous devons la gagner !

On dit souvent que l’argent, c’est le nerf de la guerre. Je ne vous cacherai pas qu’une contribution financière au Mouvement laïque québécois qui va défendre la loi 21 devant les tribunaux de même qu’une contribution financière à la campagne de Frédéric Bastien, qui est le seul candidat dans la course à la chefferie du PQ à avoir posé des gestes concrets, des gestes forts pour défendre la loi 21, serait chers amis, une excellente façon de vous impliquer.

Allez, on continue et on lâche pas !

Montréal, 15 février 2020

 

 

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