Conférence au «Souper du 15 février» du Rassemblement pour un pays souverain

Le projet de Charte des valeurs soulève des enjeux qui vont bien au-delà de la laïcité parce qu’il confronte directement trois fronts de résistance qui sont bien implantés dans notre société; d’abord celui du multiculturalisme qui conteste la légitimité d’un État national en limitant son pouvoir, obligeant nos élus d’être à la remorque des Chartes et des décisions des juges, de sorte que les droits individuels prime sur les droits collectifs de la nation. Julius Grey a d’ailleurs résumé ce point de vue en affirmant que : «C’est le propre des Chartes des droits que l’opinion de la majorité ne compte pas.»

Le deuxième front est celui de l’islamisme qui en imposant le voile aux femmes et aux fillettes souhaitent donner un maximum de visibilité à l’islam et nous habituer à sa présence. Le voile constitue une étape décisive dans la progression de l’islamisation de notre société, c’est pourquoi les islamistes veulent l’imposer dans nos institutions publiques, particulièrement dans les garderies et les écoles qui sont le lieu de passage obligé de chaque citoyen. On se trompe en pensant que le voile n’est pas lié à l’intégrisme puisqu’il est la première condition du contrôle de la sexualité des femmes.

Le troisième front est celui de l’interreligieux dans lequel toutes les religions sont solidaires les unes des autres, espérant ainsi ramener le religieux dans les institutions publiques et faire ainsi reculer la laïcité.

Ces trois fronts de résistance ne sont pas isolés les uns des autres et ils s’appuient mutuellement. Les multiculturalistes se servent de la religion des minorités pour diluer notre nation et minimiser notre culture alors que les islamistes utilisent le multiculturalisme qui encourage la promotion de la culture d’origine pour créer, sous prétexte d’ouverture à l’autre, une ouverture à leurs revendications religieuses et ainsi faire avancer leur agenda politique. Finalement le front de l’interreligieux qui appuie sans aucun scrupule les islamistes, fondant dans cet islam anti-laïque, un immense espoir de retour du religieux pour le Québec. Les catholiques de gauche enseignant dans les facultés de théologie ou de sciences religieuses de nos universités, ceux qui militent à Québec solidaire, à la Fédération des Femmes du Québec de même qu’à la Ligue des droits et libertés sont particulièrement actifs dans ce dossier.

En plus de se soutenir mutuellement, ces trois fronts ont en commun trois choses bien simples; la première, ils veulent tous éviter une intervention de l’État, qu’il qualifie de totalitaire parce qu’il va dire aux femmes musulmanes quoi faire, un État fasciste comme celui de Poutine ou de Franco. La seconde chose, c’est qu’ils veulent éviter l’opinion publique, cette majorité supposément tyrannique. C’est Françoise David demandant en commission parlementaire à un professeur de droit, à combien une majorité serait-elle légitime? On croirait entendre Stéphane Dion et sa loi sur la clarté. Troisièmement, ils sont tous anti-laïques.

Le projet de loi 60 propose justement ce qu’ils redoutent le plus: une intervention de l’État.

Par ce projet de loi, le gouvernement rétablit son autorité politique en matière de laïcité en précisant les principes et les valeurs qui doivent primer dans nos institutions publiques, obligeant donc les gestionnaires et leurs employés à respecter des règles claires concernant la présence du religieux dans l’espace civique.

C’est un changement radical, un virage à 180°degrés dans la culture institutionnelle à laquelle le Parti libéral nous avaient habitués, lui qui abandonnait son autorité au juridique, à la Commission des droits de la personne (CDPDJ) et aux juges de la Cour suprême.

Depuis plusieurs années des ajustements concertés pour des motifs religieux se font dans nos institutions publiques, dans nos écoles, nos hôpitaux, nos garderies. C’était d’ailleurs le souhait le plus cher exprimé dans le rapport Bouchard-Taylor, que les demandes à caractère religieux n’empruntent pas la voie juridique mais bien plutôt celle de la conciliation, c’est-à-dire du règlement au cas par cas, balisé par les Chartes. Des ajustements réalisés sur place dans les milieux de travail, loin des médias et des cours de justice, par des gestionnaires à qui on a pris soin de donner une formation préalable les disposant favorablement aux accommodements religieux.

Contrairement à ce que tout le monde pense, il ne s’est pas «rien passé» depuis Bouchard-Taylor. Il s’est même passé des choses avant Bouchard-Taylor, des choses probablement plus importantes que la commission elle-même. Et sous prétexte de n’avoir rien fait, l’ancien gouvernement libéral a fait bien plus que l’on pensait.

Pour illustrer cela, je vous propose un retour dans le passé pour élargir la perspective, ce qui va nous permettre de mieux comprendre les visées réelles du Parti libéral.

Rapportons-nous au mois de mars 2006 où la Cour d’appel du Québec ayant donné raison à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys d’interdire le kirpan à l’école, est débouté par un jugement de la Cour suprême qui va l’autoriser. L’affaire est grandement médiatisée, les Québécois sont choqués par ce jugement et il semble bien y avoir unanimité au Québec sur la condamnation de cette décision de la Cour suprême.

Les libéraux et leurs amis multiculturalistes sont inquiets, craignant que les Québécois optent pour une laïcité plus rigide, disent-ils, qui exclurait les appartenances religieuses de l’école et même de l’espace public.

Octobre 2006, Jean-Marc Fournier alors ministre de l’Éducation met sur pied un Comité consultatif sur l’intégration et l’accommodement raisonnable en milieu scolaire. Ce comité aura pour but de documenter la question de la diversité religieuse à l’école et de faire des recommandations au Ministère de l’Éducation des Loisirs et des Sports (MELS) concernant la gestion de cette diversité. L’orientation générale de ce comité allant dans le sens de la laïcité ouverte, il s’agissait ici de faciliter les accommodements religieux à l’école afin d’éviter une autre cause «kirpan» qui alerterait l’opinion publique.

Quelques mois plus tard, en janvier 2007, une invitation pour participer à trois journées d’étude est lancée à un large éventail de partisans de la prise en compte de la diversité à l’école, dans le but d’apporter une contribution significative à la Commission des droits de la personne ainsi qu’au Comité consultatif sur l’intégration formé en octobre 2006.

Ces journées d’étude prévues pour les 27-28 mars et 18 avril 2007, ont été organisées par la chaire de recherche du Canada sur l’Éducation et les rapports ethniques de l’université de Montréal dont la titulaire est Marie McAndrew et le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM) auquel McAndrew était affiliée et dont la responsable était Micheline Milot, mentor de Québec solidaire pour les questions de laïcité. Parmi la liste des partenaires financiers pour ces journées, on y retrouve le MELS et la Commission des droits de la personne.

Dans le programme d’invitation de janvier 2007, on y lit : «Comme chacun sait, la place de la diversité religieuse dans les normes et pratiques de l’école fait l’objet de nombreuses controverses au Québec, comme dans d’autres provinces canadiennes ou pays d’immigration. Qui plus est, il s’agit d’un débat récurrent souvent caractérisé par une amnésie totale ou partielle des réalisations et acquis des vingt dernières années, ainsi que par certains dérapages ethnocentriques où le caractère inachevé de la transformation pluraliste de l’identité québécoise apparaît dans toute son évidence.»

Il s’agissait ici de recentrer la mission de l’école pour l’ouvrir à la diversité religieuse et par là, reprogrammer l’ensemble de la société québécoise à une identité non pas nationale mais multiculturelle. Utiliser en quelque sorte la religion des minorités à l’école pour imposer le multiculturalisme au Québec. L’école qui est le lieu de passage obligé de chaque citoyen, celui de sa socialisation, l’endroit par excellence où l’on forge l’identité d’un peuple.

A-t-on fait des études comme l’exige Gérard Bouchard et bien d’autres à propos de la Charte des valeurs avant de choisir cette option? A-t-on consulté les élus et la population? Parlait-on de faux problème comme le font actuellement les médecins et le recteur de l’Université de Montréal? Rien. On agissait au-dessus du bon peuple avec l’appui du gouvernement libéral.

Puis l’imprévu arriva. 27 janvier 2007, Hérouxville  publie son code de vie. Et voilà, c’est reparti de plus belle. Les Québécois parlent d’accommodements religieux comme jamais. Il faut les faire taire. Traitons les gens d’Hérouxville d’arriérés et de morrons. Mais ça ne suffira pas parce que les morrons se multiplient dans tout le Québec.

Février 2007. Le premier ministre Jean Charest annonce donc la création de la commission Bouchard-Taylor. Pour redonner le monopole du discours sur les accommodements aux intellectuels pluralistes que l’on va présenter en experts, calmer le jeu et laisser croire aux Québécois que le gouvernement va prendre ses responsabilités en matière de laïcité.

26 mars 2007. Journée d’élections au Québec. Le Parti libéral est élu minoritaire et l’Action Démocratique de Mario Dumont qui avait dénoncé les accommodements raisonnables et défendu l’identité québécoise formera, à la surprise de plusieurs, l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Au lendemain des élections, c’est le début de ces fameuses journées d’étude réunissant les principaux acteurs des milieux gouvernementaux, scolaire, collégial, universitaire et communautaire. Plus de 230 participants au total, dont 15% provenaient du secteur religieux, sans compter des représentantes bien connues de lobbys politico-religieux, telles Najat Boughaba et Samira Laouni du Forum musulman canadien. Asmaa Ibnouzahir de Présence musulmane, un organisme créé par l’islamiste Tariq Ramadan et Geneviève Lepage de l’Association Musulmane Québécoise. Toutes des militantes islamistes dont certaines se retrouvent à la Fédération des femmes du Québec.

Avec des conférenciers triés sur le volet pour convaincre les participants de la pertinence de la laïcité ouverte.

Jacques Racine, le président du Comité sur les Affaires religieuses (CAR) a ouvert le colloque en insistant sur le rôle capital du cours d’éthique et de culture religieuse (ÉCR) comme pièce maîtresse pour développer une ouverture à la diversité religieuse chez les jeunes.

Jean Baubérot, historien et sociologue français, membre dissident de la commission Stasi qui en 2004 recommanda l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires chez les élèves des lycées. Baubérot en a profité pour exhorter les participants au colloque à ne pas s’inspirer du modèle français, l’expérience historique n’étant pas transférable.

Si la France n’est plus un modèle, il faut donc proposer une autre alternative et quoi de mieux qu’un conférencier de la Grande-Bretagne pour parler de l’expérience multiculturelle en Angleterre.

Était aussi invité un représentant du Conseil scolaire de Toronto qui a présenté un Guide de procédures pour les accommodements religieux conçu à l’usage des gestionnaires des écoles publiques dans lequel on va même jusqu’à exempter un élève musulman de son cours de natation en période de ramadan au cas où il pourrait avaler de l’eau.

Jocelyn Maclure qui a été conseillé-expert à la commission Bouchard-Taylor a aussi pris la parole et a qualifié de radicales les féministes qui considèrent que l’égalité des sexes doit avoir préséance sur toutes les valeurs. Entendez les valeurs religieuses…

Michel C. Auger, à l’époque journaliste au Soleil et à Cyberpresse et aujourd’hui journaliste et animateur à Radio-Canada a expliqué à propos du kirpan que les dérapages ne peuvent être expliqués uniquement par les grands médias et que nous aurions besoin pour les contenir de la participation d’intellectuels et de figures d’autorité pour faire la pédagogie du kirpan. Il a ajouté que de demeurer ouvert au hidjab ou à la kippa, n’est-ce pas également réaffirmer la mission de l’école publique québécoise en tant que lieu par excellence de l’intégration?

Quant à Marie McAndrew, elle s’est interrogée sur «Comment peut-on faire pour associer les organismes des minorités religieuses à la formation du personnel des écoles?» Le Forum musulman canadien pour former le personnel des écoles, rien de moins. Eux, qui en 2005, avaient demandé au gouvernement de retirer la motion contre les tribunaux islamiques, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale.

De toutes ces conférences se dégageait une orientation très nette en faveur d’une ouverture à la religion dans nos écoles publiques.

Suite à ces journées d’étude, des recommandations ont été formulées dont plusieurs d’entre elles se retrouveront dans le rapport du Comité consultatif sur l’intégration qui sera présenté en novembre 2007 à la Ministre de l’Éducation Michelle Courchesne. Fait remarquable, ce rapport déposé avant la fin des audiences publiques de la Commission Bouchard-Taylor a grandement inspiré le rapport Bouchard-Taylor à la fois dans son analyse et dans ses recommandations. C’est Marie McAndrew elle-même qui le confirmera en 2010.

Ce que j’essaie de vous dire ici, c’est que le rapport Bouchard-Taylor était en bonne partie déjà écrit avant même la fin des audiences publiques qui se sont tenues à l’automne 2007 et que l’orientation principale en faveur de la laïcité ouverte et les pratiques suggérées pour sa mise en application que l’on retrouve dans le rapport Bouchard-Taylor, tout cela était déjà décidé quasiment depuis 2006. La vraie consultation, c’est notre élite multiculturaliste qui s’en est chargée.

Bouchard-Taylor, c’était le show pour éteindre l’incendie d’Hérouxville et calmer le bon peuple qui va élire à nouveau le Parti libéral en décembre 2008. Majoritaire cette fois-ci. Durant tout ce temps, sous la gouverne du Parti libéral, on continuait tranquillement à faire ce que l’on avait prévu faire depuis 2006. Reprogrammer subtilement notre identité, achever sa «transformation pluraliste» en brandissant les Chartes comme si c’était la Bible ou le Coran et accommoder sur le terrain, au cas par cas, pour laisser passer le religieux. Et ça continue encore!

Il y a derrière cette façon de faire tout un projet de société qui trahit une volonté de neutraliser par le recours aux Chartes, toute volonté politique qui serait l’expression d’une majorité et d’utiliser la religion des minorités pour déliter progressivement notre nation et la laïcité de nos institutions.

C’est à cela que le projet de loi 60 s’objecte et s’il rencontre autant d’opposition, ce n’est pas seulement à cause de l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires, qui est somme toute une exigence minimale, mais bien parce qu’il heurte de plein fouet l’idéologie multiculturaliste qui a pénétré profondément les mentalités, définie les pratiques et plombée la culture de nos institutions publiques.

Si j’ai fait un rappel de ces journées d’étude et de d’autres initiatives, c’est pour illustrer la force, la profondeur, l’ampleur et l’omniprésence de l’idéologie multiculturaliste. Il existe au Québec un important réseau d’intellectuels qui sont bien implantés dans nos universités et qui font la promotion du multiculturalisme dans leurs recherches et auprès de leurs étudiants. S’adressant à notre jeunesse, ils forment l’élite de demain. Ces universitaires sont aussi présents dans les médias qui les sollicitent à titre d’experts, en plus de jouir de la confiance de la classe politique au point de se voir confier des dossiers majeurs sur lesquels ils vont conseiller les ministres.

Dans le mémoire du Centre d’études ethniques des universités montréalaises qui représentent bon nombre d’universitaires s’opposant à la Charte, on y lit ceci au tout début de leur conclusion: «La perspective adoptée dans le projet de loi no.60 constitue un renversement surprenant des politiques publiques et de l’économie du droit qui sont à la base du vivre-ensemble et de la volonté d’intégration depuis les années 1960 au Québec.» En effet, c’est un renversement surprenant qui pourrait bien sonner la fin de la récréation tout comme celle de la lune de miel avec le Parti libéral.

Le projet de loi 60 opère un renversement radical qui vient contrecarrer les plans des multiculturalistes, ceux des islamistes qui surfent sur le respect des Chartes et ceux de tous ces religieux qui se cachent derrière le voile pour défendre leur propre religion.

Il pose ainsi les premiers jalons d’un nouveau projet de société. En ce sens, il est un premier pas, essentiel et immense dans la bonne direction pour tenter de freiner ce monstre à trois têtes qu’est le multiculturalisme, l’islamisme et l’interreligieux.

Devant l’ampleur de ce qui délite progressivement notre nation, il faudra aller plus loin et cibler particulièrement l’école tout comme l’ont fait les multiculturalistes, parce que c’est là que se façonne l’identité d’une nation. On ne peut pas vouloir un projet de loi républicain sur la laïcité et inculquer en même temps à nos jeunes, à travers le cours d’éthique et de culture religieuse, une approche multiculturaliste face à la diversité religieuse.

On ne peut pas non plus vouloir un Québec laïque et continuer à subventionner des institutions privées confessionnelles tels les écoles, les établissements pré-scolaires et les garderies en milieu familial pas plus que de vouloir un État laïque ayant le devoir de protéger la liberté de conscience des enfants et qui accepte le port de signes religieux ostentatoires chez les élèves des écoles publiques.

La tâche est immense mais si nous le voulons, nous pouvons retrouver confiance en notre avenir. Les francophones sont majoritairement derrière ce projet de loi qui défend notre identité. Nous avons besoin de ce projet de loi sur la laïcité mais aussi d’un gouvernement péquiste majoritaire qui puisse avoir les coudées franches pour prendre des décisions à la mesure de ce qui s’impose. Et ce sera l’échec du multiculturalisme au Québec.

Et dites-vous bien que tant et aussi longtemps que le Québec demeurera une province canadienne, nous aurons toujours des partis fédéralistes à Québec comme à Ottawa qui travailleront sournoisement à détruire notre nation. Avec eux, nous ne serons jamais à l’abri d’un tel travail de destruction massive.

L’indépendance du Québec ne se fera pas qu’avec des chansons. Nous avons aujourd’hui dans cette Charte des valeurs, un projet de pays qui a tout pour nous ramener vers l’indépendance parce qu’il parle à notre coeur autant qu’à notre tête. Chers Québécois, le temps est venu de se retrousser les manches et de se dire «Oui» pour la dernière fois!

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