La CAQ donne son appui aux parents catholiques

En réponse à une question des journalistes de La Presse concernant la position de son parti sur le mariage gai, François Legault, raconte-t-on, est mal à l’aise et déclare «qu’il faut être prudent avec la droite morale» et que les anciens adéquistes «doivent faire des compromis». Une telle déclaration est pour le moins surprenante puisqu’au congrès de fondation de la Coalition Avenir Québec en avril dernier, les militants caquistes ont voté majoritairement en faveur d’une proposition présentée par Éric Caire demandant l’abolition du cours d’éthique et de culture religieuse (ÉCR) au niveau primaire.

Cette proposition visait à satisfaire les parents catholiques de la Coalition pour la liberté en éducation (CLÉ) qui ont été déboutés en février dernier par un jugement de la Cour suprême, alors qu’ils demandaient d’obtenir le droit d’exemption à ce cours pour leurs enfants. Suite à cette défaite juridique, les catholiques de la CLÉ sont donc revenus à la charge, cette fois-ci sur le terrain politique, où ils ont trouvé dans la CAQ un appui solide et inespéré.

Quelles valeurs défend cette droite morale?

Permettez-moi d’abord de citer un commentaire, tel que rédigé par un internaute, suite à mon article «Les religieux se mobilisent contre le PQ» et qui, à mon avis, est très révélateur des valeurs qui animent cette droite morale, présente à l’intérieur de la CAQ. «Je suis un catholique, père bientôt d’un 5e enfants et ma femme est mère au foyer. Je suis totalement contre les droits de l’homme et je suis entièrement de la pensée du Pape Pie IX. La meilleur façon d’éliminer les féministes est de les laisser faire parce-qu’elles ne font pas d’enfants. Je me pose cependant une question… Qu’es-ce qu’une femme? Et quel est la différence entre un homme et une femme?»

Contre la contraception, contre la fécondation artificielle, contre l’avortement, contre l’euthanasie, contre le suicide assisté, pour la peine de mort, contre le féminisme qui refuse de cantonner les femmes au seul rôle d’épouse et de mère, contre le divorce, contre le mariage des conjoints de même sexe, contre les droits de l’homme qui reconnaît la liberté de conscience, le pluralisme religieux et l’athéisme, ces droits universels que le pape Pie IX a déclaré «impies et contraires à la religion» parce qu’ils égalisent tout et que pour ces catholiques, ce relativisme est une grave erreur car seul le catholicisme est la vraie religion.

Ce cours d’ÉCR a essuyé bien des critiques et il demeure encore fort controversé. On peut s’y opposer pour bien des raisons, par exemples, parce qu’il fait l’apologie du religieux, parce qu’il associe la morale à la religion ou encore parce qu’il fait la promotion du multiculturalisme mais l’important ici est de comprendre que ces parents catholiques s’y opposent non pas pour toutes ces raisons mais à cause du relativisme moral et religieux que renferme ce cours qui banalise le sacré et fragilise à la face même de leurs enfants la suprématie du catholicisme romain.

La droite morale milite au sein de la CAQ

Ces catholiques de droite existent bel et bien, ici même au Québec. Ils sont pour ainsi dire notre Ti-Party à nous qui a trouvé dans la CAQ de François Legault une oreille attentive et le parti idéal pour faire avancer leur agenda politique et nous faire reculer d’une bonne soixantaine d’années.

Rappelons pour mémoire qu’en 1997, à la demande de Pauline Marois, alors ministre de l’Éducation, un groupe de travail a été créé pour examiner la place de la religion à l’école et dont les principales recommandations étaient d’abolir le statut confessionnel des écoles publiques et de mettre fin à tout enseignement confessionnel dans les écoles publiques. Il a fallu attendre jusqu’en 2005 avec l’adoption du projet de loi 95 pour que ces recommandations entrent finalement en vigueur.

Que penser d’un chef disant aux journalistes qu’il faut être prudent avec la droite morale alors que son parti a donné à ces catholiques un solide appui en avril dernier ? Si on se fie aux derniers sondages, il se pourrait que la Coalition de François Legault forme l’opposition officielle au lendemain des élections, avec en face d’elle, Pauline Marois et un Parti Québécois qui nous proposent d’aller de l’avant avec une Charte de la laïcité. Une autre bonne raison d’aller voter «pour ne pas que ça change… !»

 

 

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