Louise Mailloux, vous connaissez?

Extrait de l’article de Lise Payette,
Le Devoir, 02 décembre 2011
J’ai choisi de vous parler plutôt de Louise Mailloux et de son livre La laïcité ça s’impose publié aux éditions du Renouveau québécois. Madame Mailloux est professeure de philosophie au cégep du Vieux-Montréal et son livre est une réponse courageuse et éclairée à la commission Bouchard-Taylor et au malaise qu’il a engendré.
Ce livre est essentiel au moment où se déroule le procès de la famille Shafia, accusée d’avoir assassiné quatre femmes de la famille sous prétexte d’honneur bafoué. Il permet de comprendre mieux les risques que comporte le flou artistique entretenu par nos gouvernements qui encouragent une laïcité ouverte qui leur évite d’avoir à prendre position, permettant ainsi à tous les intégristes de se frayer un chemin dans nos vies quotidiennes. Nous pensions avoir mis la religion à sa place avec la Révolution tranquille? La voilà qui se refaufile partout où les règles ne sont pas claires et où le «mou» est fortement encouragé.
Parce que nos règles sont molles, «la caravane du pluralisme religieux prospère parmi nous, dans nos garderies, nos écoles, nos universités, nos hôpitaux, nos cafétérias, nos piscines, nos services publics, nos rues, dans les fenêtres givrées ou, mieux, les femmes de noir givrées. Elle a pour noms la tolérance, le pluralisme, la différence, le vivre-ensemble, le respect de l’autre, l’ouverture à l’autre, l’identité de l’autre, la communauté de l’autre, la culture de l’autre, les traditions de l’autre et bien évidemment la religion de l’autre. Les Québécois ne veulent pas que la religion, la leur ni celles des autres, ne revienne à l’avant-plan… parce que nous n’avons pas oublié de quel prix se paie l’emprise politique d’une religion sur un peuple…»
Louise Mailloux houspille les féministes québécoises qui n’ont pas eu le courage de se prononcer contre le port du voile en public et dans les institutions d’État et rappelle aux femmes québécoises le poids que les exigences de la religion ont fait peser sur elles pendant des siècles.
Elle rappelle que depuis toujours le patriarcat est fondé sur la domination et le contrôle du corps des femmes et de leur sexualité. Que les religions sont basées sur le patriarcat, ce qui explique la présence pratiquement exclusive d’hommes dans leurs structures. Les femmes étant considérées comme des occasions de péché, elles doivent être couvertes, voilées, enfermées à la maison et absentes des lieux fréquentés par les hommes qui, seuls, ont le droit de jouir de la liberté.
Il y a quelques jours, une nouvelle annonçait justement qu’en Arabie saoudite, après des autobus de couleur rose, réservés exclusivement aux femmes, il y aurait dorénavant des taxis de couleur rose pour les femmes et conduits par des femmes. La raison invoquée par les autorités est qu’il faut protéger les femmes contre le harcèlement et le viol par les hommes qui pourraient les approcher. Ce qui en dit long sur les hommes musulmans de ce pays et sur leur façon de percevoir les femmes.
La laïcité ça s’impose, un livre qui doit être lu avant que les accommodements raisonnables ou déraisonnables n’aient fait leur nid pour toujours. Un livre qui permet de comprendre ce qui est en jeu et pourquoi toutes les femmes ont raison d’être méfiantes.
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