Femmes et laïcité

Ce n’est certes pas un hasard si aujourd’hui, réunies autour de cette table, nous sommes toutes des femmes, québécoises, de différentes origines, toutes féministes et laïques, ayant décidé de prendre la parole devant le Québec entier, pour dire à nos concitoyens et concitoyennes l’urgence et l’importance de débattre et de préciser la place que nous voulons accorder à la religion, ici même au Québec, dans notre société, afin de préserver les valeurs d’égalité entre les femmes et les hommes, ces valeurs qui sont chères à tous les québécois et que nous avons acquises, il y a à peine quelques décennies, en se libérant de la tutelle d’un clergé catholique.

C’est quasiment devenu un lieu commun que de dire combien les religions ont opprimé et oppriment toujours et encore les femmes. Femmes au corps second, au corps raté, au corps passif pour la reproduction, au corps menaçant parce que sexué, au corps impur parce que menstrué. C’est ainsi que les religions ont toujours refusé aux femmes la libre disposition de leur corps en interdisant la contraception et l’avortement, en imposant aux femmes l’excision, la flagellation, la lapidation et l’enfermement sous le voile ou la burqa. « Rien ne fait chuter l’esprit de l’homme de son élévation autant que les caresses de la femme » disait Thomas d’Aquin. C’est pourquoi ce n’est qu’à elles et à elles seules de porter la vie durant, tout le poids de la vertu. De n’être que l’objet du plaisir des hommes et de n’avoir pour seul avenir que celui d’être une mère et une épouse, soumise à son mari.

Ce n’est pas non plus un hasard si la révolution féministe qui a transformé le Québec, et disons-le, contribué largement à sa modernisation, s’est produite au moment où l’Église a vu son emprise sur la vie des gens fondre petit à petit comme neige au soleil. L’équation est simple et l’histoire en fait foi. Lorsque la religion domine l’espace public, les femmes, elles, dominent leur foyer et passent leur temps à faire des galettes. Lorsque la religion est limitée à la sphère privée, les femmes deviennent des architectes comme Hafida, des professeures émérites comme Marie-Andrée et des fouteuses de merde comme Djemila. Le droit au travail et l’autonomie financière, ici dans les années 40, les prêtres appelaient cela du communisme.

La laïcité que nous défendons est celle de la complète neutralité de l’État et de ses représentants. Nous ne sommes pas contre les religions mais contre leur volonté d’envahir les institutions publiques et de se rapprocher du politique pour soumettre les corps et les esprits. Nous souhaitons que Yahvé, Dieu ou Allah restent à la maison, dans le cœur ou la tête de chacun. Pour que toutes les femmes d’ici puissent vivre librement comme elles le méritent, à égalité avec tous ceux qu’elles ont mis au monde…

L’égalité des sexes ne peut passer que par la laïcité. L’égalité des femmes et des hommes ne peut être garantie que par la laïcité. Pour préserver les acquis de la plus grande révolution de ce vingtième siècle, la tranquille révolution féministe, qui est incontestablement, partout à travers le monde, la superbe bête noire de toutes les religions, une bête à la crinière sensuelle et magnifique. La bête à abattre, il va sans dire.

Et c’est bien sûr ce qu’ont compris tous les intégrismes religieux qui aujourd’hui gagnent en force à l’échelle mondiale. Qu’il soit juif, protestant, catholique ou musulman, les fondamentalismes ont tous compris que pour soumettre les hommes dans leur corps et dans leur esprit, il faut d’abord soumettre les femmes.

Il y a quelques années, le Québec déconfessionnalisait ses écoles, amorçant ainsi un processus de laïcisation. Il est temps maintenant de terminer ce que nous avons commencé et de consolider par une Charte de la laïcité comme nous l’avons déjà fait avec notre langue, les valeurs fondamentales auxquelles nous sommes profondément attachées comme peuple. Et de se donner un Québec, qui a défaut d’être libre… pourrait du moins être laïque!

Montréal, 21 mai 2009

 



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