Dieu, Allah et Petit Pois

Mon Dieu à moi, c’est Petit Pois. Il est tout vert comme un martien, et il roule nuit et jour, n’importe où. Il ne me demande jamais rien, se fiche de moi comme d’Épicure. Ne me dis pas quoi, quand ou comment manger ou pas manger, ni comment m’habiller ou dans quelle direction pisser. Petit Pois est bien trop grand pour cela. Tellement grand, qu’il est incapable de me faire toute petite. Il me laisse toute la place, pour manger, boire, prendre femme, ou homme, et baiser. Petit Pois est vraiment grand, il me laisse toute ma vie, et c’est cela que j’apprécie.

Je peux le fourrer partout. Dans l’espace public comme dans l’espace privé. Petit Pois, l’espace, il connaît ça! Les sans Pois devraient voir que Petit Pois est partout, mais ils n’ont pas de yeux pour le voir, ni d’oreilles pour l’entendre. À l’Orient comme à l’Occident des continents, mon dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent pas, que Petit Pois est le Roi.

Ma vie sans mon géant vert de Petit Pois serait assurément un gros enfer. Une litière où je dormirais tous les soirs dans la crotte. C’est pourquoi, partout où je vais, j’emmène mon Petit Pois. Je le place, là où je vous dis pas, et où certains sans Pois, y mettent l’honneur de toute leur famille. Il est au chaud, mais je ne vous dis pas où. Et pour rien au monde, je ne demanderais aux sans Pois de s’en occuper, parce que ce sont des barbares infidèles qui détestent les homosexuels et qui soumissionnent toute la femme, parfois au grand complet, sauf les yeux, pour ne pas qu’elle se cogne sur l’espace, et surtout, sur le grand public, enfin, disons, la moitié du grand public à la puissance virile, débordante et détraquée. Oui, cher lecteur, mon Petit Pois à moi, je l’emmène partout. Même à l’école, lorsque j’étais toute petite, je le cachais dans mon tire pois. C’était ma coupe Grey. Ma riche richesse. « Mon plus grand bien, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse », comme je l’ai appris dans monsieur Baudelaire. « C’est pour défendre les filles », me disait ma mère, aujourd’hui réduite en cendres de cendrier, les filles, que même encore aujourd’hui, il faut toujours défendre…

Petit Pois est l’absurde de toute ma vie. Sa présence, où je ne vous dis toujours pas où, me laisse seule et bien tranquille, dans un immense univers, un vaste désert à la Camus, rempli de roches et d’effet de serre. Pas terrible pour la conversation, me direz-vous. En cela, vous avez mille fois raison. Et quand l’envie me prend de parler à mon parfait Petit Pois, je me tais, pour ne pas avoir l’air d’une carpe qui ne parle à personne et passer aux yeux des autres, pour la schizophrénie sur deux pattes.

N’avoir foi qu’en Petit Pois, sans prophète et sans loi, pour nous accommoder de tout. Du meilleur comme du pire. D’une vie, où enfin, on respire. N’être né pour rien, comme les petits pois, parfois dans mon assiette, mais ne jamais être né pour un petit pain, et comme les sans Pois, se contenter des miettes. Tout vouloir et tout prendre. Vouloir toute la boulangerie jusqu’à se crever la panse. Que voulons-nous? Vivre! Jusqu’à ce que la mort nous efface. Arrêter d’égrener les chapelets, ces tristes bouliers de prières, qui mettent de la gélatine dans le cerveau et figent les idées comme du gras de cochon, à quarante sous zéro. Et que la pensée devienne populaire! Ainsi soit-elle!

Assez parlé du bœuf et de l’âne. N’avez-vous donc pas remarqué qu’on se réchauffe de plus en plus à l’électricité? Tous les cerveaux à lunettes sont des pois chiches qui savent que les sans Pois éteignent sans arrêt les Lumières, mais pourquoi faire semblant, et le taire? Et ne vanter que leurs mérites, sans oser la moindre critique? Sommes-nous devenus frileux au point de nous agenouiller devant le bœuf et l’âne? Du Saint-Barthélemy pour tout le monde! Allez! La nuit à boire! Buvez, buvez, car ceci est mon sang. Le plus beau des miracles. La Croix-Rouge au grand complet ne pourrait suffire à la tâche, pour renflouer d’hémoglobine, ceux qui depuis toujours, n’en finissent plus de s’égorger. L’agneau de Dieu, crucifié et ressuscité. Il a mélangé tout le monde, celui-là…

Non, en vérité, je vous le dis, mon Dieu à moi, c’est Petit Pois. Point n’est besoin de faire parler le plâtre, de quoi ravir les psychiatres. Suffit de se lever tous les matins, pour se rendre compte, que l’on est au monde. De se cracher dans les mains, et d’aller, loin, chacun son chemin. Petit Pois et moi n’irons nulle part, ailleurs qu’ici. Sans rêver, un seul instant, d’un monde où l’on pourrait aligner les maniaques de Petit Pois, tout à côté de ceux qui sont dans les patates. Nous n’avons, à vrai dire, Petit Pois et moi, qu’un seul vœu, et c’est celui de Spinoza : « Soyons le plus nombreux possible à penser » Et que les Lumières, soient!

Janvier 2007

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