La montée de l’islamisme au Canada

Interviewée par Hamid Zanaz , auteur de «  L’islamisme vrai visage de l’islam »                  

Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de l’offensive musulmane (ou islamiste) sur le territoire canadien ?

Au Canada, les islamistes sont actifs sur divers fronts. Celui du terrorisme est le plus inquiétant. Les exemples les plus récents révèlent le rôle qu’un Canadien, supposément lié au Hezbollah chiite libanais, a joué dans un attentat anti-israélien en Bulgarie, de même que deux autres membres du groupe terroriste islamiste sunnite, tués par l’armée algérienne lors de l’assaut du complexe gazier d’In Amenas détenaient des passeports canadiens.

En 2004, des rapports du Service canadien de sécurité et de renseignements (SCRS) révèlent qu’une frange de la communauté musulmane canadienne se radicalise et s’engage dans le djihad, que ces individus ne sont pas forcément des réfugiés qui arrivent de l’extérieur du pays mais bien des citoyens qui sont nés ou qui ont immigrés très jeunes au Canada.

Le cas le plus médiatisé a été celui du torontois Ahmed Said Khadr, égyptien d’origine et proche d’Oussama ben Laden, qui avait emmené son jeune fils Omar dans les camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan. Le père a été tué par les forces de sécurité pakistanaise alors que son fils a été capturé par les Américains. À 15 ans, Omar devint alors le plus jeune prisonnier de Guantanamo.

Également celui de l’Algérien Ahmed Ressam résidant à Montréal depuis 1994 et qui s’est lui aussi rendu dans les camps d’Al-Qaïda en Afghanistan. En décembre 1999, Ressam a été arrêté à Seattle avec une soixantaine de kilos d’explosifs dans le coffre de sa voiture alors qu’il projetait de faire sauter l’aéroport de Los Angeles. Il purge présentement une peine de 37 ans de prison aux États-Unis.

En octobre 2011, Mounia Diab qui faisait partie de la délégation de femmes musulmanes voilées s’étant rendues dans la désormais célèbre municipalité d’Hérouxville en février 2007, est accusée d’avoir tenté d’exporter des pièces d’armes d’assaut vers le Liban.

Tous ces exemples confirment la présence de Canadiens au sein de la mouvance terroriste internationale. La nationalité et le passeport canadien ont une bonne réputation dans le monde et cela facilite le mouvement de ces terroristes.

C’est un sérieux problème ces nouveaux arrivants musulmans, selon vous …

La grande majorité des musulmans canadiens sont des citoyens pacifiques mais cela ne doit pas nous faire oublier que le terrorisme islamique est présent au Canada et que Montréal et Toronto servent de bases importantes de repli à des organisations terroristes internationales, cela depuis des décennies.

Pouvez-vous nous livrer plus de détails sur cette implantation terroriste islamique au Canada ?

Un récent rapport du SCRS dévoile que les islamistes diffusent leur idéologie violente dans nombre d’endroits et que la radicalisation ne se fait pas que dans les mosquées. Ce rapport, rendu public en vertu de la loi sur l’accès à l’information, a été lourdement censuré et il mentionne le rôle des prisons, d’internet et des voyages à l’étranger pour expliquer la conversion de Canadiens en djihadistes. Le rapport fait également mention de la radicalisation en milieu familial.

Quant aux mosquées, elles sont souvent financées par le Qatar, l’Arabie saoudite ou l’Iran et certains imams y diffusent un discours pro-charia, hostile à l’Occident et dénigrant à l’égard des femmes canadiennes. L’année dernière, l’imam d’une mosquée de la rive sud de Montréal a déclaré à la télévision que les lois de Dieu ordonnent l’amputation des voleurs et la lapidation pour adultère et qu’on ne peut pas les changer. Alors que des militants laïques ont dénoncé les propos barbares de cet imam, certains dirigeants d’organisations musulmanes se sont portés à sa défense.

Sur le plan politique, nombreuses sont les organisations islamistes faisant la promotion de la charia en sol canadien. Pour en nommer quelques-unes, le Forum musulman canadien (FMC), une organisation-parapluie représentant plusieurs entités associées à l’infrastructure des Frères Musulmans au Québec. Le FMC s’est fréquemment impliqué dans les campagnes électorales provinciales et fédérales des dernières années et il s’oppose à un projet de Charte de la laïcité pour le Québec. La Muslim Association of Canada (MAC), pour sa part, déclare appliquer l’islam tel qu’il a été compris par le fondateur des Frères Musulmans, Hassan al-Banna. Cette organisation a pignon sur rue au nord de Montréal et elle invite régulièrement le prédicateur islamiste Tariq Ramadan.

Également l’International Relief Fund for the Afflicted and Needy (IRFAN-Canada) qui était un collecteur de fonds du Hamas au Canada au moins jusqu’à la révocation récente de son statut d’organisme de bienfaisance par le gouvernement canadien. L’Agence de revenu Canada a déterminé qu’IRFAN-Canada avait financé le terrorisme en acheminant 14,6 millions $ au Hamas uniquement pour la période 2005-2009. Il faut comprendre ici que certaines organisations islamistes se présentent comme des organismes caritatifs et reçoivent à ce titre des subventions du gouvernement.

Puis le Conseil musulman de Montréal (CMM) dont le président souhaitait implanter des tribunaux de la charia au Québec et le Congrès islamique canadien (CIC) également en faveur des tribunaux islamiques et qui exhorte les musulmans à exiger la ségrégation des sexes dans les hôpitaux. Le CIC a aussi déposé en 2007 deux plaintes pour « islamophobie » devant la Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique et de l’Ontario contre le magazine MacLean’s et son éditeur en chef. Les plaintes faisaient suite à la publication de l’article « The Future Belongs to Islam », qui présente des extraits du livre d’un journaliste et écrivain canadien Mark Steyn « America Alone : The End of the World as We Know It ». L’article de Steyn attirait l’attention sur l’impact démographique de l’immigration musulmane en Amérique. Les plaintes du CIC allèguaient que cet article a pour effet d’exposer les musulmans à la haine. Finalement le Maclean’s et Mark Steyn sont sortis gagnants de cette cause.

Un autre organisme le Conseil canadien en relations islamo-américaines (CAIR-CAN) qui est relié à l’organisme américain CAIR, lié au Hamas et dont la base est à Washington, est aussi un lobby très actif des Frères Musulmans au Canada. CAIR-CAN s’oppose à une Charte de la laïcité et a réclamé en justice le droit au port du voile pour les agentes correctionnelles dans les prisons au Québec. Ils ont finalement obtenu gain de cause contre le gouvernement du Québec.

Également l’Islamic Society of North America (ISNA-Canada) qui est impliquée dans de nombreux domaines, notamment sur les campus universitaires, dans des associations étudiantes musulmanes. Il ne faudrait pas non plus oublier l’Islamic Online University, en banlieue de Montréal, qui dispense des cours de charia alors que son fondateur s’est déclaré favorable à l’exécution des homosexuels et à la lapidation.

Quelle est la réaction des musulmans dits ‘modérés’ ?

Une seule organisation regroupant des musulmans combat ouvertement les islamistes au Canada. Il s’agit du Congrès musulman canadien (CMC) dont les dirigeants reçoivent régulièrement des menaces de mort. Ce qui ne les empêche pas de prendre la parole publiquement et d’intervenir dans les médias.

Bref, les organisations islamistes qui militent au Canada sont nombreuses, tellement que l’on a parfois du mal à s’y retrouver. Toutefois, une chose est certaine, c’est que les Frères Musulmans sont bel et bien présents et actifs au pays et qu’il ne faut pas se leurrer sur leurs intentions d’imposer la charia aux musulmans canadiens d’abord, puis dans une seconde étape, à l’ensemble de la population canadienne.

Comment procèdent-ils ?

Les moyens mis en œuvre sont aussi multiples que variés.

En 2004 en Ontario, des groupes islamistes ont réclamé des tribunaux de la charia en matière de droit familial, d’héritage et de succession dans le but de soustraire les femmes musulmanes canadiennes au droit canadien. Des femmes torontoises d’origine iranienne, appuyées par des féministes et des laïques au Canada et en France se sont mobilisées et ont alerté l’opinion internationale pour finalement obliger le gouvernement ontarien à faire marche arrière sur cette question.

Sans surprise, les islamistes courtisent les politiciens de tous les partis, les invitant fréquemment à des rencontres et en appuyant aux élections les candidats qui défendent la laïcité dite «ouverte». Le clientélisme électoral étant un enjeu primordial pour tous les politiciens, les islamistes ne sont évidemment pas sans l’ignorer. Il arrive parfois que ces derniers se présentent comme candidats aux élections mais cela est plutôt rare.

Également présent dans le milieu universitaire, les islamistes ont gagné la confiance de toute une élite bien-pensante, des intellectuels multiculturalistes, souvent de gauche, qui au nom de l’ouverture, du pluralisme et de l’inclusion sont devenus leurs alliés les plus sûrs. Ces intellectuels interviennent régulièrement dans les médias pour défendre l’islam et accuser d’intolérance et de racisme ceux qui osent le critiquer.

Des universitaires islamistes interviennent aussi dans les médias qui leur offrent bien gentiment une tribune. Ils en profitent alors pour donner une image positive de l’islam, défendre la laïcité «ouverte», appeler à la tolérance tout en condamnant l’islamophobie.

L’interreligieux est aussi un créneau important que les islamistes exploitent habilement, permettant ainsi à leurs leaders d’acquérir une respectabilité et une crédibilité. Le 7 septembre 2011, Montréal a été l’hôte de la deuxième conférence mondiale des religions organisée par l’Université McGill et l’Université de Montréal. Parmi les invités les plus connus se trouvaient le Dalaï Lama, Tariq Ramadan et Gregory Baum. Cette conférence avait pour but de discuter d’une Déclaration universelle des droits de la personne par les religions du monde qui accorderait aux religions le droit de ne pas être dénigrées par les médias et le milieu académique. Un appel à la censure qui mettrait l’islam à l’abri de la critique. Cette même année, l’Université McGill a accepté 1.25 million $ du Qatar pour son Institut des études islamiques.

Soucieux de donner à l’islam une visibilité au moyen du voile islamique, les islamistes ont infiltré des groupes féministes influents et ils ont réussi à les convaincre de défendre le port du hijab et même parfois le niqab dans les institutions et les services publics. Ainsi le voile se fait de plus en plus présent chez les employés de l’État, particulièrement chez les éducatrices dans les Centres de la petite enfance (garderies) et dans les écoles publiques, incluant les élèves. On pourrait résumer la chose en disant que partout au Canada, le voile islamique est permis. Il est même autorisé pour les policières de Toronto.

Et le niqab ?

En décembre dernier, le plus haut tribunal du pays, la Cour Suprême a refusé d’interdire le niqab dans les cours de justice pour les femmes musulmanes qui portent des accusations au criminel, laissant au juge de première instance le soin de décider au cas par cas si le niqab compromet ou non le droit des accusés à avoir un procès équitable. Ce jugement a soulevé l’indignation dans la population canadienne alors que le parti de gauche du Nouveau Parti démocratique (NPD), représentant l’opposition officielle au Parlement fédéral et certaines organisations féministes, dont la Fédération des femmes du Québec (FFQ), ont salué cette décision comme étant nuancée, d’autant plus qu’elle va permettre aux femmes musulmanes de faire appel à la justice canadienne en toute sécurité. C’est vous dire comme les groupes islamistes qui défendent eux aussi le niqab doivent se réjouir de cette victoire.

Comment l’islam se manifeste-t-il ?

Les salles de prières sont une autre façon de donner une vitrine à l’islam. En 2003 au Québec, des étudiants musulmans appuyés par des islamistes ont entrepris une action légale contre une  université montréalaise dans le but d’obtenir une salle de prières sur le campus. Suite au jugement, l’université a dû leur fournir une salle de prières, ouverte à toutes les confessions, et devinez qui la fréquente… Depuis ce temps, les salles de prières se multiplient dans des universités pourtant laïques.

À l’école publique Valley Park de Toronto, il y a même un imam qui fait la prière du vendredi dans la cafétéria, transformée pour l’occasion en «mosquetéria». Reproduisant l’espace non-mixte de la mosquée, on y place les garçons au premier rang, puis les filles viennent derrière alors que celles qui sont menstruées se tiennent tout au fond de la cafétéria et ne peuvent prier puisqu’elles sont supposément impures selon ce qui est écrit dans le Coran.

Y a-t-il dans le pays des  « accommodements raisonnables » un phénomène du Halal dans les cantines scolaires, etc. ?

Bien sûr, l’islam s’invite aussi dans notre assiette. Pour accroître leur part de marché, de plus en plus d’abattoirs s’enquièrent de la certification halal et plusieurs garderies sur l’île de Montréal ont même retiré le porc de leur menu et ne servent que des repas halal à tous les enfants, qu’ils soient musulmans ou non. À la demande de parents musulmans, il est même arrivé que dans les écoles, des enfants soient privés de yogourts parce qu’ils contiennent de la gélatine. Dans les garderies, on traite les demandes religieuses au même titre que les allergies alimentaires. Les repas halal sont aussi fournis dans les établissements pénitenciers.

L’alimentation halal ne faisant pas l’unanimité dans la population, en octobre dernier a eu lieu à l’Université du Québec à Montréal un colloque sur le halal visant à mieux outiller les intellectuels qui se portent à sa défense. Des islamistes étaient parmi les conférenciers, et une vidéo de Tariq Ramadan y a été présentée. Il faut aussi comprendre que la régionalisation progressive de l’immigration au Québec suppose la possibilité pour les musulmans de pouvoir manger halal en régions.

À Montréal, en classe de maternelle, on a même accommodé des parents musulmans qui demandaient à ce que leur fillette porte un casque d’insonorisation lorsque les enfants entonneront des chansons. Probablement le plus loufoque de tous les accommodements.

Quant au refus de la mixité, lors de l’examen pour l’obtention du permis de conduire, des demandes sont faites pour que les femmes musulmanes et les hommes juifs passent leur examen avec une personne de leur sexe. Ce que l’on accepte si l’organisation  du travail le permet.

Des cliniques de sang d’Héma-Québec accommodent même des femmes musulmanes en leur permettant de ne relever leur manche qu’en présence d’une infirmière et derrière un paravent.

Des demandes ont aussi été faites à des piscines publiques par des juifs et des musulmans pour avoir des plages horaires réservées exclusivement pour leur communauté. On leur a finalement accordé des plages horaires séparées en fonction des sexes. Quant aux cours de natation dans les écoles, il n’est pas rare d’avoir des demandes d’exemption pour les jeunes filles musulmanes.

Durant la période du ramadan, dans les écoles, des demandes de report d’examen sont de plus en plus fréquentes. Il arrive même que certains ne veuillent pas suivre le cours de natation, craignant d’avaler de l’eau. Depuis quelques années, le début et la fin du ramadan avec la fête de l’Aïd al-Fitr est médiatisé tout comme la fête de l’Aïd el Kébir (fête du sacrifice) et le premier ministre du Canada en profite pour offrir publiquement ses vœux à tous les musulmans. Dans les écoles, on fournit même aux professeurs un calendrier multiculturel qui leur permettra de planifier leurs évaluations en tenant compte des fêtes culturelles ou religieuses.

Tout comme les Juifs, le personnel musulman des écoles publiques a droit à des congés supplémentaires payés pour ses fêtes religieuses, en plus des congés fériés habituels, ce qui occasionne des tensions parmi le personnel.

Bref, c’est ni plus ni moins que la politique des petits pas qui est pratiquée dans le but d’imposer progressivement l’islam à l’ensemble de la société canadienne.

Et ce tour d’horizon serait incomplet sans parler du modèle de Peace Village, une enclave musulmane située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Toronto. Les habitants y sont tous musulmans, des musulmans ahmadis. Ce sont des Pakistanais pour la plupart qui ont émigré au Canada parce qu’ils étaient persécutés dans leur pays. À Peace Village toutes les rues convergent vers la mosquée, avec des femmes voilées et des hommes portant les vêtements traditionnels. Les restaurants sont halal et des maisons «halal» sont pourvues de cloisons amovibles permettant de séparer les hommes des femmes, sans oublier le cimetière réservé exclusivement aux musulmans. Ce village est en quelque sorte l’exemple parfait du multiculturalisme canadien qui loin de favoriser l’intégration encourage plutôt le communautarisme.

Selon Statistiques Canada, d’ici vingt ans, la croissance démographique du Canada dépendra dans une proportion de 80 % de son immigration. Cette prévision a de quoi nous faire réfléchir.

Entrevue publiée le 7 mars 2013 sur le site Enquête et débat

Mars 2013 

 

 

 

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