Réplique à Lise Ravary et compagnie

Un article magistral de Pierre Lacerte en réponse à l’attaque vicieuse de Lise Ravary à mon égard, le 7 mars dernier, à propos de la «taxe cachère». Attaque qui a été relayée par la suite par le vice-président du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CERJI) et le directeur national de la ligue anti-diffamation.

Une question demeure entière: Pourquoi cette attaque est-elle survenue alors que je me présentais dans Gouin sous la bannière du Parti Québécois?

LE SILENCE DES AGNEAUX par Pierre Lacerte

Le 29 mars 2012, sur les ondes de Télé-Québec, Marie-France Bazzo a animé une table ronde sur la place de la religion dans nos assiettes. On y retrouvait les journalistes Antoine Robitaille et Josée Boileau, le chroniqueur Joseph Facal, les profs de philo Daniel Weinstock et Louise Mailloux, ainsi que l’acteur et chanteur Stéphane Archambault.

Sur le site de Bazzo.TV, on avait mis la table en rappelant que la religion effectuait un retour en passant par les cantines scolaires, les tablettes des épiceries, les casse-croûte et le comptoir des boucheries. Après le voile, le kirpan et les cours de musique à la maternelle, pouvait-on lire, certains hôpitaux et CPE préfèrent ne servir que de la viande halal ou cachère plutôt que de cuisiner deux repas distincts. Dans sa narration d’introduction, Mme Bazzo disait même que les «aliments religieusement modifiés sont une belle occasion d’affaires».

Les Daniel Weinstock et Louise Mailloux avaient alors débattu de la question. Invité à commenter la controverse sur le poulet halal, Weinstock y était allé d’une analogie aussi loufoque que réductrice. « Si j’apprenais, demain, que dans mon Provigo local, un prêtre s’amusait à faire des signes de la croix autour des aliments que je mangeais, ça me ferait plus rire qu’autre chose. » Quand on sait ce qu’implique la certification religieuse des aliments et autres produits, la parabole de Weinstock est une véritable insulte à l’intelligence.

Louise Mailloux – qui venait de publier son livre La Laïcité, ça s’impose - avait expliqué que ces certifications sont loin d’être banales, ne serait-ce que sur le plan économique. Elle soutenait que pour accorder leurs certifications, les imams et les rabbins faisaient payer plusieurs milliers de dollars aux entreprises. Des frais qui, en fin de compte, étaient refilés aux consommateurs.

À la suite de cette émission, est-ce que Bazzo, Télé-Québec, Mailloux ou les panélistes ont été vilipendés, blâmés ou poursuivis pour avoir tenu (ou ne pas avoir dénoncé) des propos racistes, diffamatoires, antireligieux ? Pensez donc. Daniel Weinstock a même opiné du bonnet (visionner le court extrait vidéo) lorsque Louise Mailloux a raconté aux téléspectateurs qu’il y avait beaucoup de sous en jeu derrière la cachérisation et la «halalisation».

Alors dites-moi ce qui s’est passé de nouveau depuis lors pour que Lise Ravary pète une coche le 7 mars dernier, entraînant une réaction en chaîne du vice-président duCentre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (cerji) et du directeur national de la ligue anti-diffamation?

En parlant quasi exclusivement de la nourriture halal, Mme Mailloux aurait-elle fait de l’ombre à la certification cachère? Peut-être que Mme Ravary n’aime pas la prose de la prof de philo? À moins que cela ait été perçu comme trop radical pour l’ex-rédactrice en chef de magazines féminins qui s’était convertie à l’intégrisme hassidique.

Mailloux ne fait peut-être pas dans la dentelle, mais ce n’est certainement pas faire preuve de nuance que de soutenir qu’elle fait écho à une théorie du complot propagée par le Ku Klux Klan et diffusée par plusieurs autres groupes racistes et néonazis.

On respire par le nez, s’il vous plaît. Le 9 avril 2013, Yves Boisvert nous rappelait sur les ondes de Radio-Canada qu’aux États-Unis, c’est le KKK qui a fait jurisprudence pour le port de masques durant les manifestations. A-t-on,pour autant, accusé Projet Montréal d’être le suppôt du KKK parce qu’il était favorable au port du masque dans les manifestations? Bien sûr que non.

Vous souvenez-vous des hauts cris lancés par une organisation juive lorsque le salut nazi avait été brandi par certains étudiants lors d’une des manifestations de 2012? Selon les dires de cette organisation, le geste, destiné à dénoncer la brutalité des interventions du Service de police de la Ville de Montréal, avait «souillé la mémoire de l’holocauste». 

En revanche, je ne me rappelle pas avoir entendu Lise Ravary (ni personne d’autre, d’ailleurs) s’insurger contre l’amalgame haineux fait contre le PQ durant la récente campagne électorale. Associer Pauline Marois à Adolph Hitler serait-il considéré de bon aloi? Ça ne souille pas la mémoire de l’holocauste, peut-être? À mon sens, c’est une insulte pour les victimes des camps d’extermination et pour l’ensemble des démocrates québécois!

Certains, comme ce lecteur du site ultraorthodoxe Bill 613, voient des néonazis partout et des svastikas jusque dans le logo de JPMorganChase!


Est-ce de la propagande antijuive ou antimusulmane que de soutenir que les certifications cachère et halal bénéficient financièrement à des groupes de ces confessions?

Dans un document intitulé Mythes et réalités sur la certification cachère, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (Cerji) dément catégoriquement le «mythe» voulant que les revenus du marché de l’alimentation cachère financent les activités religieuses de la communauté juive. Il prétend plutôt que les frais exigés par les organismes de certification ne servent qu’à assurer leurs inspections et leurs opérations.

Pourtant, en 2006, un an avant de rallier les rangs du journal La Presse, la journaliste Catherine Handfield signait un reportage sur la certification cachère dansMontréal Campus. Elle y écrivait ceci : «Après avoir dûment payé les inspecteurs, les cinq grands bureaux de certification casher en Amérique du Nord donnent une partie de leurs profits à des organismes de charité juifs.» Une partie des profits, hein. Il serait  intéressant de savoir où va le reste des surplus qu’engendre la certification cachère. L’histoire ne le dit pas, mais la question ne manque pas d’intérêt. 

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec réfute aussi la prétention à l’effet que la certification cachère soit une sorte de taxe religieuse. Il soutient même que la certification n’a aucune incidence sur le prix de vente des produits.

On ne demanderait pas mieux que de le croire. On pourrait même baptiser autrement ce coût de la certification si ça lui chante. Mais, ça ne changerait rien au fait que d’autres reportages réalisés au fil des ans vont tout à fait dans le sens contraire des dires du Cerji. Même M. Kevin Hart, le propriétaire de la boulangerieHomemade Kosher de l’avenue Bernard a affirmé publiquement que la routine de la certification faisait augmenter ses coûts de 5 à 7 %. Quelqu’un a-t-il songé à l’accuser d’antisémitisme?

Le 11 mai 2007, JE, l’émission de journalisme d’enquête  présentait un reportage sur la nourriture cachère. À Victoriaville, le président de Miel Labonté a soutenu devant caméra qu’en plus des frais annuels de certification, son entreprise devait débourser plus de 25 000 $ par an pour se conformer à cette norme religieuse. Il ajoute même que sans cette certification, vous pouvez oublier de voir vos produits trôner sur les étagères des épiceries grandes surfaces. 

On va nous dire que c’est de la diffamation? Vraiment? Pourtant, dans le magazine Canadian Grocer, le rabbin Saul Emanuel, directeur général de Vaad Ha’ir de Montréal a confirmé le phénomène. «Sans la certification cachère, dit-il, il est presque impossible de voir ses produits acceptés dans les épiceries américaines».

En août 2002, le magazine Protégez-vous avait, lui aussi, publié un reportage sur la nourriture cachère. Sous la plume de Fabien Deglise (aujourd’hui journaliste au Devoir), nous y apprenions qu’il était nécessaire de verser une «taxe rabbinique» pour «remercier» le rabbin de ses services et pour utiliser l’un des nombreux symboles de certification cachère. Le coût, à l’époque? De 2500 à 3000 $ par année pour une simple fromagerie artisanale. Pour sa part, un représentant des yogourts Liberté révélait que la cachérisation augmente de 0,01 ¢ le prix de vente d’un produit. Le Cerji va-t-il prétendre que le magazineProtégez-vous est un repère de chemises brunes?

Pas besoin d’être comptable agréé pour comprendre qu’un centième de cent appliqué sur plus de 110 000 produits différents vendus par centaines de milliers d’unités à des millions de consommateurs, ça fait un sacré jackpot. À côté de ça, un gagnant de la 6/49 fait figure de Ti-Coune. 

Le rabbin Yosef Wikler

Dans le très sérieux hebdomadaire américain BloombergBusinessweek du 19 décembre 2010, le rabbin Yosef Wikler,le rédacteur en chef de Kashrus Magazine, estimait qu’uniquement aux États-Unis, la certification cachère représenterait une industrie de 200 millions de dollars par année. Même si cette estimation apparaît extrêmement conservatrice, on ne peut quand même plus parler de peanuts! 

Quand des rabbins eux-mêmes admettent que les certifications religieuses sont payantes, comment peut-on accuser des citoyens qui s’informent à plusieurs sources dignes de foi d’être des adeptes du KKK? S’ils ne sont pas satisfaits de l’information qui circule, Lise Ravary et les organisations concernées devraient peut-être commencer par «briefer» les chefs spirituels qui jouent avec la nourriture terrestre qu’on nous force à avaler. Dictez-leur la bonne parole que vous aimeriez qu’ils propagent ou bâillonnez-les. En attendant, on se passera très bien des insultes.

Il y a quand même des limites à taxer (s’cusez!) de racistes, de xénophobes, d’antisémites et de néonazis tous ceux qui ne prennent pas pour du cash la doctrine des bien-pensants.

C’est d’autant plus insupportable d’être accusés d’étroitesse d’esprit et de repli sur soi quand une Ravary nous révèle, à la page 33 de son dernier bouquin Pourquoi moi? Ma vie chez les Juifs hassidiques, que «Les règles complexes [de la cacheroute] empêchent aussi la fraternisation entre juifs et non-juifs qui pourraient mener à des mariages mixtes». Ouash! Des mariages interreligieux? Avec d’autres races? Quelle horreur, n’est-ce pas? Je me demande qui cultive des relents de racisme et d’intolérance, ici.

Je ne sais pas pourquoi, mais me refait penser à cet entretien que Rima Elkouri avait eu avec le propriétaire de la célèbre boulangerie Cheskie, de l’avenue Bernard.Cheskie Weiss avait raconté que pour que le pain soit cachère, il devait nécessairement avoir été cuit par un juif. Ah! bon. Parce que si la pâte était pétrie ou mise au four par des mains noires, asiatiques ou gaspésiennes, ça serait impur? Impropres à la consommation? Toxique? Péché mortel?

Et il faudrait que l’on se taise? Ma parole! Ce n’est plus la loi du bâillon que l’on cherche à nous imposer, mais bien le silence des agneaux! Les agneaux de Saint-Jean Baptiste que l’on zigouille selon le rite halal ou cachère, s’il vous plaît.

Le blogue de Pierre Lacerte

Publié dans Articles, Laïcité, Uncategorized | Tagué , , , , , , ,

Un appui de taille à ma candidature dans Gouin

L’ex député de Gouin et ancien ministre, l’économiste Rodrigue TREMBLAY, appuie la candidature de Louise Mailloux dans Gouin.

PHOTO OFFICIELLE TREMBLAY-200dplEn tant qu’ancien député de Gouin (1976-1981), M. Tremblay rappelle aux électeurs du comté que l’élection du 7 avril décidera ou non si le Québec se dotera d’une Charte des valeurs, laquelle permettra d’encadrer les demandes d’accommodements religieux qui se sont multipliées depuis quelques années.

Madame Louise Mailloux appuie l’adoption d’une Charte des valeurs québécoises par l’Assemblée nationale, alors que son adversaire principal, Françoise David, s’oppose à son adoption et se range du côté des intégristes religieux. C’est un grave manquement de jugement de sa part.

Par conséquent, les électeurs du comté de Gouin doivent savoir qu’un vote pour Louise Mailloux est un vote en faveur de la Charte des valeurs québécoises.

Par contre un vote pour Mme David est un vote contre la Charte des valeurs québécoises.

Selon l’ancien député-ministre, il serait tragique pour l’avenir de la société québécoise que l’adoption de la Charte des valeurs québécoise, qu’une nette majorité de Québécoises et de Québécois appuient et souhaitent de tous leurs voeux, soit bloquée par l’élection de député(e)s qui y sont opposés.

Publié dans Uncategorized

Carnet de campagne, Jour 4

Aujourd’hui, au Congrès national du Parti Québécois, nous avons adopté la plateforme électorale définissant les orientations du parti pour 2014-2018.

Nous sommes déterminés à :

- adopter la Charte des valeurs (projet de loi 60);

- mettre sur pied un centre de recherche sur les crimes dits d’honneur et la lutte à l’intégrisme.

Nous sommes le seul parti politique à proposer une mesure pour lutter contre l’intégrisme, le seul parti qui veut mettre fin aux crimes d’honneur dans le but d’apporter un soutien aux filles et aux femmes du Québec.

Une bonne raison de voter pour le Parti Québécois!

Publié dans Carnet de campagne

Gouin, j’arrive!…

Je vous annonce que je me porte candidate pour le Parti Québécois dans la circonscription de Gouin pour les élections du 7 avril prochain. J’affronterai Françoise David, porte-parole de Québec Solidaire et députée sortante.

Je suis entourée d’une équipe de militants chevronnés, déterminés et enthousiastes. Ensemble, nous redonnerons au Parti Québécois la circonscription de Gouin et à ses citoyens, une députée qui reprendra avec une immense fierté le flambeau de Nicolas Girard.

Tout au long de ma campagne, je commenterai certains points d’actualité et je vous tiendrai au courant de mes différentes activités dans le comté de Gouin.

Nous avons besoin d’un gouvernement péquiste majoritaire qui aura les coudées franches pour mener à bien différents projets comme par exemple une Charte de la laïcité et un référendum sur l’indépendance du Québec.

C’est le temps de se donner une Charte… et aussi un pays!!!

Publié dans Carnet de campagne

Des affirmations trompeuses

En réplique à un article d’Elsy Fneiche, le texte suivant, dont on a retranché les deux derniers paragraphes, a été publié dans le journal La Presse du 25 février 2014. 

En voici la version intégrale:

Je souhaite ici revenir sur les propos qu’Elsy Fneiche a tenus à mon égard le 17 février 2014 dans son article intitulé «Déchirés entre deux cultures».

Elsy Fneiche affirme que j’accuse les intervenantes musulmanes de vouloir infiltrer le système pour propager l’islamisation, ce qui constitue une propagande de peur, et menace les interventions permettant aux jeunes de s’intégrer à la société québécoise. À quoi se réfère-t-elle au juste?

Lors de mon passage à la Commission parlementaire sur le projet de loi 60, j’ai présenté une photo d’Amir Khadir assistant à une rencontre de l’Association Bridges, où les hommes étaient séparés des femmes voilées, Amir Khadir étant assis du côté des hommes. J’ai précisé que cette association de jeunes musulmans, était dirigée par l’imam Ali Sbeiti du Centre communautaire musulman de Montréal, une mosquée où l’on fait prêter serment à des fillettes de 7 ans de porter le hijab.

Puis lors d’une émission de 24/60, à laquelle Elsy Fneiche et moi-même participions, j’ai affirmé qu’elle faisait partie de l’Association des jeunes libanais musulmans liée à cette même mosquée.

Ce sont des faits et non de la propagande de peur, démontrant que l’on impose le voile à des fillettes alors que l’on veut nous convaincre qu’il est un choix. Des faits qui illustrent que des militants islamistes sont actifs au Québec et que ce sont eux, et non mes révélations, qui menacent l’intégration des jeunes.

L’article laisse croire que j’accuse les intervenantes musulmanes oeuvrant en milieu scolaire alors que je n’ai jamais abordé ce sujet.

Elsy Fneiche est orthopédagogue mais lorsqu’elle s’est rendue à Hérouxville en 2007 avec une délégation de femmes et lorsqu’elle s’est retrouvée en 2009, élue au sein du comité exécutif du NPD de Montréal-Nord, ce n’était sûrement pas pour faire de l’orthopédagogie!

Malheureusement le manque de rigueur et les affirmations insidieuses d’Elsy Fneiche ont porté atteinte à ma réputation et à ma crédibilité.

Publié dans Articles, Intégrisme, Laïcité | Tagué , , , , , , ,

Conférence au «Souper du 15 février» du Rassemblement pour un pays souverain

Le projet de Charte des valeurs soulève des enjeux qui vont bien au-delà de la laïcité parce qu’il confronte directement trois fronts de résistance qui sont bien implantés dans notre société; d’abord celui du multiculturalisme qui conteste la légitimité d’un État national en limitant son pouvoir, obligeant nos élus d’être à la remorque des Chartes et des décisions des juges, de sorte que les droits individuels prime sur les droits collectifs de la nation. Julius Grey a d’ailleurs résumé ce point de vue en affirmant que : «C’est le propre des Chartes des droits que l’opinion de la majorité ne compte pas.»

Le deuxième front est celui de l’islamisme qui en imposant le voile aux femmes et aux fillettes souhaitent donner un maximum de visibilité à l’islam et nous habituer à sa présence. Le voile constitue une étape décisive dans la progression de l’islamisation de notre société, c’est pourquoi les islamistes veulent l’imposer dans nos institutions publiques, particulièrement dans les garderies et les écoles qui sont le lieu de passage obligé de chaque citoyen. On se trompe en pensant que le voile n’est pas lié à l’intégrisme puisqu’il est la première condition du contrôle de la sexualité des femmes.

Le troisième front est celui de l’interreligieux dans lequel toutes les religions sont solidaires les unes des autres, espérant ainsi ramener le religieux dans les institutions publiques et faire ainsi reculer la laïcité.

Ces trois fronts de résistance ne sont pas isolés les uns des autres et ils s’appuient mutuellement. Les multiculturalistes se servent de la religion des minorités pour diluer notre nation et minimiser notre culture alors que les islamistes utilisent le multiculturalisme qui encourage la promotion de la culture d’origine pour créer, sous prétexte d’ouverture à l’autre, une ouverture à leurs revendications religieuses et ainsi faire avancer leur agenda politique. Finalement le front de l’interreligieux qui appuie sans aucun scrupule les islamistes, fondant dans cet islam anti-laïque, un immense espoir de retour du religieux pour le Québec. Les catholiques de gauche enseignant dans les facultés de théologie ou de sciences religieuses de nos universités, ceux qui militent à Québec solidaire, à la Fédération des Femmes du Québec de même qu’à la Ligue des droits et libertés sont particulièrement actifs dans ce dossier.

En plus de se soutenir mutuellement, ces trois fronts ont en commun trois choses bien simples; la première, ils veulent tous éviter une intervention de l’État, qu’il qualifie de totalitaire parce qu’il va dire aux femmes musulmanes quoi faire, un État fasciste comme celui de Poutine ou de Franco. La seconde chose, c’est qu’ils veulent éviter l’opinion publique, cette majorité supposément tyrannique. C’est Françoise David demandant en commission parlementaire à un professeur de droit, à combien une majorité serait-elle légitime? On croirait entendre Stéphane Dion et sa loi sur la clarté. Troisièmement, ils sont tous anti-laïques.

Le projet de loi 60 propose justement ce qu’ils redoutent le plus: une intervention de l’État.

Par ce projet de loi, le gouvernement rétablit son autorité politique en matière de laïcité en précisant les principes et les valeurs qui doivent primer dans nos institutions publiques, obligeant donc les gestionnaires et leurs employés à respecter des règles claires concernant la présence du religieux dans l’espace civique.

C’est un changement radical, un virage à 180°degrés dans la culture institutionnelle à laquelle le Parti libéral nous avaient habitués, lui qui abandonnait son autorité au juridique, à la Commission des droits de la personne (CDPDJ) et aux juges de la Cour suprême.

Depuis plusieurs années des ajustements concertés pour des motifs religieux se font dans nos institutions publiques, dans nos écoles, nos hôpitaux, nos garderies. C’était d’ailleurs le souhait le plus cher exprimé dans le rapport Bouchard-Taylor, que les demandes à caractère religieux n’empruntent pas la voie juridique mais bien plutôt celle de la conciliation, c’est-à-dire du règlement au cas par cas, balisé par les Chartes. Des ajustements réalisés sur place dans les milieux de travail, loin des médias et des cours de justice, par des gestionnaires à qui on a pris soin de donner une formation préalable les disposant favorablement aux accommodements religieux.

Contrairement à ce que tout le monde pense, il ne s’est pas «rien passé» depuis Bouchard-Taylor. Il s’est même passé des choses avant Bouchard-Taylor, des choses probablement plus importantes que la commission elle-même. Et sous prétexte de n’avoir rien fait, l’ancien gouvernement libéral a fait bien plus que l’on pensait.

Pour illustrer cela, je vous propose un retour dans le passé pour élargir la perspective, ce qui va nous permettre de mieux comprendre les visées réelles du Parti libéral.

Rapportons-nous au mois de mars 2006 où la Cour d’appel du Québec ayant donné raison à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys d’interdire le kirpan à l’école, est débouté par un jugement de la Cour suprême qui va l’autoriser. L’affaire est grandement médiatisée, les Québécois sont choqués par ce jugement et il semble bien y avoir unanimité au Québec sur la condamnation de cette décision de la Cour suprême.

Les libéraux et leurs amis multiculturalistes sont inquiets, craignant que les Québécois optent pour une laïcité plus rigide, disent-ils, qui exclurait les appartenances religieuses de l’école et même de l’espace public.

Octobre 2006, Jean-Marc Fournier alors ministre de l’Éducation met sur pied un Comité consultatif sur l’intégration et l’accommodement raisonnable en milieu scolaire. Ce comité aura pour but de documenter la question de la diversité religieuse à l’école et de faire des recommandations au Ministère de l’Éducation des Loisirs et des Sports (MELS) concernant la gestion de cette diversité. L’orientation générale de ce comité allant dans le sens de la laïcité ouverte, il s’agissait ici de faciliter les accommodements religieux à l’école afin d’éviter une autre cause «kirpan» qui alerterait l’opinion publique.

Quelques mois plus tard, en janvier 2007, une invitation pour participer à trois journées d’étude est lancée à un large éventail de partisans de la prise en compte de la diversité à l’école, dans le but d’apporter une contribution significative à la Commission des droits de la personne ainsi qu’au Comité consultatif sur l’intégration formé en octobre 2006.

Ces journées d’étude prévues pour les 27-28 mars et 18 avril 2007, ont été organisées par la chaire de recherche du Canada sur l’Éducation et les rapports ethniques de l’université de Montréal dont la titulaire est Marie McAndrew et le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM) auquel McAndrew était affiliée et dont la responsable était Micheline Milot, mentor de Québec solidaire pour les questions de laïcité. Parmi la liste des partenaires financiers pour ces journées, on y retrouve le MELS et la Commission des droits de la personne.

Dans le programme d’invitation de janvier 2007, on y lit : «Comme chacun sait, la place de la diversité religieuse dans les normes et pratiques de l’école fait l’objet de nombreuses controverses au Québec, comme dans d’autres provinces canadiennes ou pays d’immigration. Qui plus est, il s’agit d’un débat récurrent souvent caractérisé par une amnésie totale ou partielle des réalisations et acquis des vingt dernières années, ainsi que par certains dérapages ethnocentriques où le caractère inachevé de la transformation pluraliste de l’identité québécoise apparaît dans toute son évidence.»

Il s’agissait ici de recentrer la mission de l’école pour l’ouvrir à la diversité religieuse et par là, reprogrammer l’ensemble de la société québécoise à une identité non pas nationale mais multiculturelle. Utiliser en quelque sorte la religion des minorités à l’école pour imposer le multiculturalisme au Québec. L’école qui est le lieu de passage obligé de chaque citoyen, celui de sa socialisation, l’endroit par excellence où l’on forge l’identité d’un peuple.

A-t-on fait des études comme l’exige Gérard Bouchard et bien d’autres à propos de la Charte des valeurs avant de choisir cette option? A-t-on consulté les élus et la population? Parlait-on de faux problème comme le font actuellement les médecins et le recteur de l’Université de Montréal? Rien. On agissait au-dessus du bon peuple avec l’appui du gouvernement libéral.

Puis l’imprévu arriva. 27 janvier 2007, Hérouxville  publie son code de vie. Et voilà, c’est reparti de plus belle. Les Québécois parlent d’accommodements religieux comme jamais. Il faut les faire taire. Traitons les gens d’Hérouxville d’arriérés et de morrons. Mais ça ne suffira pas parce que les morrons se multiplient dans tout le Québec.

Février 2007. Le premier ministre Jean Charest annonce donc la création de la commission Bouchard-Taylor. Pour redonner le monopole du discours sur les accommodements aux intellectuels pluralistes que l’on va présenter en experts, calmer le jeu et laisser croire aux Québécois que le gouvernement va prendre ses responsabilités en matière de laïcité.

26 mars 2007. Journée d’élections au Québec. Le Parti libéral est élu minoritaire et l’Action Démocratique de Mario Dumont qui avait dénoncé les accommodements raisonnables et défendu l’identité québécoise formera, à la surprise de plusieurs, l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Au lendemain des élections, c’est le début de ces fameuses journées d’étude réunissant les principaux acteurs des milieux gouvernementaux, scolaire, collégial, universitaire et communautaire. Plus de 230 participants au total, dont 15% provenaient du secteur religieux, sans compter des représentantes bien connues de lobbys politico-religieux, telles Najat Boughaba et Samira Laouni du Forum musulman canadien. Asmaa Ibnouzahir de Présence musulmane, un organisme créé par l’islamiste Tariq Ramadan et Geneviève Lepage de l’Association Musulmane Québécoise. Toutes des militantes islamistes dont certaines se retrouvent à la Fédération des femmes du Québec.

Avec des conférenciers triés sur le volet pour convaincre les participants de la pertinence de la laïcité ouverte.

Jacques Racine, le président du Comité sur les Affaires religieuses (CAR) a ouvert le colloque en insistant sur le rôle capital du cours d’éthique et de culture religieuse (ÉCR) comme pièce maîtresse pour développer une ouverture à la diversité religieuse chez les jeunes.

Jean Baubérot, historien et sociologue français, membre dissident de la commission Stasi qui en 2004 recommanda l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires chez les élèves des lycées. Baubérot en a profité pour exhorter les participants au colloque à ne pas s’inspirer du modèle français, l’expérience historique n’étant pas transférable.

Si la France n’est plus un modèle, il faut donc proposer une autre alternative et quoi de mieux qu’un conférencier de la Grande-Bretagne pour parler de l’expérience multiculturelle en Angleterre.

Était aussi invité un représentant du Conseil scolaire de Toronto qui a présenté un Guide de procédures pour les accommodements religieux conçu à l’usage des gestionnaires des écoles publiques dans lequel on va même jusqu’à exempter un élève musulman de son cours de natation en période de ramadan au cas où il pourrait avaler de l’eau.

Jocelyn Maclure qui a été conseillé-expert à la commission Bouchard-Taylor a aussi pris la parole et a qualifié de radicales les féministes qui considèrent que l’égalité des sexes doit avoir préséance sur toutes les valeurs. Entendez les valeurs religieuses…

Michel C. Auger, à l’époque journaliste au Soleil et à Cyberpresse et aujourd’hui journaliste et animateur à Radio-Canada a expliqué à propos du kirpan que les dérapages ne peuvent être expliqués uniquement par les grands médias et que nous aurions besoin pour les contenir de la participation d’intellectuels et de figures d’autorité pour faire la pédagogie du kirpan. Il a ajouté que de demeurer ouvert au hidjab ou à la kippa, n’est-ce pas également réaffirmer la mission de l’école publique québécoise en tant que lieu par excellence de l’intégration?

Quant à Marie McAndrew, elle s’est interrogée sur «Comment peut-on faire pour associer les organismes des minorités religieuses à la formation du personnel des écoles?» Le Forum musulman canadien pour former le personnel des écoles, rien de moins. Eux, qui en 2005, avaient demandé au gouvernement de retirer la motion contre les tribunaux islamiques, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale.

De toutes ces conférences se dégageait une orientation très nette en faveur d’une ouverture à la religion dans nos écoles publiques.

Suite à ces journées d’étude, des recommandations ont été formulées dont plusieurs d’entre elles se retrouveront dans le rapport du Comité consultatif sur l’intégration qui sera présenté en novembre 2007 à la Ministre de l’Éducation Michelle Courchesne. Fait remarquable, ce rapport déposé avant la fin des audiences publiques de la Commission Bouchard-Taylor a grandement inspiré le rapport Bouchard-Taylor à la fois dans son analyse et dans ses recommandations. C’est Marie McAndrew elle-même qui le confirmera en 2010.

Ce que j’essaie de vous dire ici, c’est que le rapport Bouchard-Taylor était en bonne partie déjà écrit avant même la fin des audiences publiques qui se sont tenues à l’automne 2007 et que l’orientation principale en faveur de la laïcité ouverte et les pratiques suggérées pour sa mise en application que l’on retrouve dans le rapport Bouchard-Taylor, tout cela était déjà décidé quasiment depuis 2006. La vraie consultation, c’est notre élite multiculturaliste qui s’en est chargée.

Bouchard-Taylor, c’était le show pour éteindre l’incendie d’Hérouxville et calmer le bon peuple qui va élire à nouveau le Parti libéral en décembre 2008. Majoritaire cette fois-ci. Durant tout ce temps, sous la gouverne du Parti libéral, on continuait tranquillement à faire ce que l’on avait prévu faire depuis 2006. Reprogrammer subtilement notre identité, achever sa «transformation pluraliste» en brandissant les Chartes comme si c’était la Bible ou le Coran et accommoder sur le terrain, au cas par cas, pour laisser passer le religieux. Et ça continue encore!

Il y a derrière cette façon de faire tout un projet de société qui trahit une volonté de neutraliser par le recours aux Chartes, toute volonté politique qui serait l’expression d’une majorité et d’utiliser la religion des minorités pour déliter progressivement notre nation et la laïcité de nos institutions.

C’est à cela que le projet de loi 60 s’objecte et s’il rencontre autant d’opposition, ce n’est pas seulement à cause de l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires, qui est somme toute une exigence minimale, mais bien parce qu’il heurte de plein fouet l’idéologie multiculturaliste qui a pénétré profondément les mentalités, définie les pratiques et plombée la culture de nos institutions publiques.

Si j’ai fait un rappel de ces journées d’étude et de d’autres initiatives, c’est pour illustrer la force, la profondeur, l’ampleur et l’omniprésence de l’idéologie multiculturaliste. Il existe au Québec un important réseau d’intellectuels qui sont bien implantés dans nos universités et qui font la promotion du multiculturalisme dans leurs recherches et auprès de leurs étudiants. S’adressant à notre jeunesse, ils forment l’élite de demain. Ces universitaires sont aussi présents dans les médias qui les sollicitent à titre d’experts, en plus de jouir de la confiance de la classe politique au point de se voir confier des dossiers majeurs sur lesquels ils vont conseiller les ministres.

Dans le mémoire du Centre d’études ethniques des universités montréalaises qui représentent bon nombre d’universitaires s’opposant à la Charte, on y lit ceci au tout début de leur conclusion: «La perspective adoptée dans le projet de loi no.60 constitue un renversement surprenant des politiques publiques et de l’économie du droit qui sont à la base du vivre-ensemble et de la volonté d’intégration depuis les années 1960 au Québec.» En effet, c’est un renversement surprenant qui pourrait bien sonner la fin de la récréation tout comme celle de la lune de miel avec le Parti libéral.

Le projet de loi 60 opère un renversement radical qui vient contrecarrer les plans des multiculturalistes, ceux des islamistes qui surfent sur le respect des Chartes et ceux de tous ces religieux qui se cachent derrière le voile pour défendre leur propre religion.

Il pose ainsi les premiers jalons d’un nouveau projet de société. En ce sens, il est un premier pas, essentiel et immense dans la bonne direction pour tenter de freiner ce monstre à trois têtes qu’est le multiculturalisme, l’islamisme et l’interreligieux.

Devant l’ampleur de ce qui délite progressivement notre nation, il faudra aller plus loin et cibler particulièrement l’école tout comme l’ont fait les multiculturalistes, parce que c’est là que se façonne l’identité d’une nation. On ne peut pas vouloir un projet de loi républicain sur la laïcité et inculquer en même temps à nos jeunes, à travers le cours d’éthique et de culture religieuse, une approche multiculturaliste face à la diversité religieuse.

On ne peut pas non plus vouloir un Québec laïque et continuer à subventionner des institutions privées confessionnelles tels les écoles, les établissements pré-scolaires et les garderies en milieu familial pas plus que de vouloir un État laïque ayant le devoir de protéger la liberté de conscience des enfants et qui accepte le port de signes religieux ostentatoires chez les élèves des écoles publiques.

La tâche est immense mais si nous le voulons, nous pouvons retrouver confiance en notre avenir. Les francophones sont majoritairement derrière ce projet de loi qui défend notre identité. Nous avons besoin de ce projet de loi sur la laïcité mais aussi d’un gouvernement péquiste majoritaire qui puisse avoir les coudées franches pour prendre des décisions à la mesure de ce qui s’impose. Et ce sera l’échec du multiculturalisme au Québec.

Et dites-vous bien que tant et aussi longtemps que le Québec demeurera une province canadienne, nous aurons toujours des partis fédéralistes à Québec comme à Ottawa qui travailleront sournoisement à détruire notre nation. Avec eux, nous ne serons jamais à l’abri d’un tel travail de destruction massive.

L’indépendance du Québec ne se fera pas qu’avec des chansons. Nous avons aujourd’hui dans cette Charte des valeurs, un projet de pays qui a tout pour nous ramener vers l’indépendance parce qu’il parle à notre coeur autant qu’à notre tête. Chers Québécois, le temps est venu de se retrousser les manches et de se dire «Oui» pour la dernière fois!

Publié dans Conférences | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Louise Mailloux exposant Amir Khadir

Publié dans Vidéo | Tagué , , , , , , ,

Mémoire du SPQ Libre sur le projet de loi 60

 

Mémoire présenté par le SPQ Libre sur le projet de loi 60

Publié dans Articles, Laïcité | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Présentation du mémoire du SPQ Libre à la commission parlementaire sur le projet de loi 60

Voir la video

Publié dans Athéisme, Éducation, Femmes et religions, Intégrisme, Laïcité | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Entrevue avec Alain Crevier à l’émission Second Regard du 19 janvier 2014

LouiseSecondRegard

Pour écouter l’entrevue cliquez ici

Publié dans Entrevues, Femmes et religions, Intégrisme, Laïcité | Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , ,